Zimbabwe.
L’opposition du Mouvement pour le changement démocratique a
impliqué la justice dans la bataille électorale, afin de
couper court à toute manipulation des résultats par le parti
du président Robert Mugabe.
La justice à la rescousse
C’est
désormais entre les mains de la justice, qui statue ce mardi
sur le recours de l’opposition demandant la publication
immédiate des résultats de la présidentielle du 29 mars.
Dimanche, pendant environ quatre heures, un tribunal de
Harare avait entendu les arguments des deux partis qui
s’opposent sur la nécessité de publier rapidement les
résultats du scrutin présidentiel, toujours inconnus dix
jours après l’élection. Le Mouvement pour le changement
démocratique (MDC, opposition) a demandé au juge d’obliger
la commission électorale du Zimbabwe à publier immédiatement
ces résultats, arguant qu’ils étaient connus depuis une
semaine. « Les résultats du scrutin présidentiel ont été
affichés à l’extérieur des bureaux de vote de chaque
circonscription (...) et étaient disponibles dès le 30 mars
», avait plaidé Me Alec Muchadehama, avocat du MDC.
Le principal parti d’opposition, qui revendique la victoire
dès le premier tour de son candidat Morgan Tsvangirai,
craint que la commission, dont la direction a été nommée par
le président Robert Mugabe, ne se serve de ces délais pour
manipuler les résultats. « Les peurs du demandeur sont
infondées », avait rétorqué l’avocat de cette institution,
George Chikumbirike, en expliquant que la commission avait
besoin de temps pour vérifier les décomptes qui lui
parviennent des différentes circonscriptions. Il avait
également plaidé qu’il n’était pas du ressort de la justice
d’ordonner la publication des résultats.
Le parti au pouvoir, l’Union nationale africaine du
Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF) a, quant à lui, réclamé
que l’organe électoral officiel « recompte et examine tout
le matériel relatif au scrutin présidentiel », invoquant des
« erreurs et des mauvais calculs dans la compilation des
résultats ».
Pour l’instant, seule l’issue des législatives et des
sénatoriales, organisées simultanément, a été publiée. Aux
législatives, le Zanu-PF a perdu sa majorité de 28 ans à la
chambre des députés, où l’opposition dispose désormais de
109 sièges sur 210. Aux sénatoriales, le Zanu-PF et le MDC
ont remporté chacun l’exacte moitié des 60 sièges disputés.
Le parti de Mugabe, qui a refusé dimanche toute idée de
gouvernement d’union nationale, a perdu une majorité de 28
ans à la chambre des députés. Il accuse l’opposition de
vouloir annuler la redistribution des terres aux Noirs,
thème récurrent dans le discours gouvernemental qui aime à
brandir le spectre d’une recolonisation. Des vétérans de la
guerre d’indépendance ont d’ailleurs envahi ce week-end
certaines des dernières fermes appartenant à des Blancs dans
la province de Masvingo (sud-est). La plupart ont été
dispersés par la police, à l’exception de deux
exploitations. Dans la capitale, les Zimbabwéens suivaient
avec anxiété le moindre rebondissement d’une situation
inédite où le pouvoir est mis en difficulté pour la première
fois depuis l’indépendance (1980).
En attendant la décision de la commission électorale, le
chef du MDC, Morgan Tsvangirai, qui a revendiqué samedi la
victoire dès le premier tour de la présidentielle, était
lundi en Afrique du Sud pour des « entretiens privés ». Dans
une tribune publiée lundi par le quotidien britannique The
Guardian, Tsvangirai estime venu « le temps pour une action
forte », et demande au Fonds monétaire international de
retenir 2 milliards de dollars sur l’aide au développement
au Zimbabwe.
Le Zimbabwe, dont l’économie est en ruine, dépend pour sa
survie de l’aide internationale. Selon des associations de
défense des droits de l’homme, c’est là la seule raison pour
laquelle le pouvoir continue à organiser des élections.
L’inflation annuelle dépasse l’entendement à plus de 100
000%, ce qui signifie que les prix des rares produits encore
disponibles doublent ou triplent plusieurs fois par jour.
Certains observateurs affirment que la Banque Centrale a
épuisé toutes ses réserves en devises étrangères pour
émettre la monnaie nécessaire à la tenue du scrutin. Le
Zanu-PF n’a pas non plus les moyens d’aller à un second
tour, a fait valoir une source diplomatique occidentale.
Ce week-end, Tsvangirai avait tendu la main au régime de
Mugabe et appelé le chef de l’Etat au « dialogue », assurant
en outre aux forces de l’ordre, pilier du régime, qu’il n’y
aurait « ni châtiment ni volonté de vengeance » s’il
parvenait au pouvoir. « J’appelle le président Mugabe à
entamer un dialogue avec moi afin de lancer le processus
d’une transition pacifique, ordonnée et démocratique »,
a-t-il ajouté. Une approche qui était complètement rejetée
par le Zanu-PF. « Nous ne pouvons pas travailler avec le MDC
car nos objectifs politiques et nos aspirations sont aussi
différentes que le jour et la nuit », a affirmé Patrick
Chinamasa, un haut responsable du parti, Zanu-PF.
Maha
Salem