Al-Ahram Hebdo, Afrique | La justice à la rescousse
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 Semaine du 9 au 15 avril 2008, numéro 709

 

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Afrique

Zimbabwe. L’opposition du Mouvement pour le changement démocratique a impliqué la justice dans la bataille électorale, afin de couper court à toute manipulation des résultats par le parti du président Robert Mugabe. 

La justice à la rescousse 

C’est désormais entre les mains de la justice, qui statue ce mardi sur le recours de l’opposition demandant la publication immédiate des résultats de la présidentielle du 29 mars. Dimanche, pendant environ quatre heures, un tribunal de Harare avait entendu les arguments des deux partis qui s’opposent sur la nécessité de publier rapidement les résultats du scrutin présidentiel, toujours inconnus dix jours après l’élection. Le Mouvement pour le changement démocratique (MDC, opposition) a demandé au juge d’obliger la commission électorale du Zimbabwe à publier immédiatement ces résultats, arguant qu’ils étaient connus depuis une semaine. « Les résultats du scrutin présidentiel ont été affichés à l’extérieur des bureaux de vote de chaque circonscription (...) et étaient disponibles dès le 30 mars », avait plaidé Me Alec Muchadehama, avocat du MDC.

Le principal parti d’opposition, qui revendique la victoire dès le premier tour de son candidat Morgan Tsvangirai, craint que la commission, dont la direction a été nommée par le président Robert Mugabe, ne se serve de ces délais pour manipuler les résultats. « Les peurs du demandeur sont infondées », avait rétorqué l’avocat de cette institution, George Chikumbirike, en expliquant que la commission avait besoin de temps pour vérifier les décomptes qui lui parviennent des différentes circonscriptions. Il avait également plaidé qu’il n’était pas du ressort de la justice d’ordonner la publication des résultats.

Le parti au pouvoir, l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF) a, quant à lui, réclamé que l’organe électoral officiel « recompte et examine tout le matériel relatif au scrutin présidentiel », invoquant des « erreurs et des mauvais calculs dans la compilation des résultats ».

Pour l’instant, seule l’issue des législatives et des sénatoriales, organisées simultanément, a été publiée. Aux législatives, le Zanu-PF a perdu sa majorité de 28 ans à la chambre des députés, où l’opposition dispose désormais de 109 sièges sur 210. Aux sénatoriales, le Zanu-PF et le MDC ont remporté chacun l’exacte moitié des 60 sièges disputés.

Le parti de Mugabe, qui a refusé dimanche toute idée de gouvernement d’union nationale, a perdu une majorité de 28 ans à la chambre des députés. Il accuse l’opposition de vouloir annuler la redistribution des terres aux Noirs, thème récurrent dans le discours gouvernemental qui aime à brandir le spectre d’une recolonisation. Des vétérans de la guerre d’indépendance ont d’ailleurs envahi ce week-end certaines des dernières fermes appartenant à des Blancs dans la province de Masvingo (sud-est). La plupart ont été dispersés par la police, à l’exception de deux exploitations. Dans la capitale, les Zimbabwéens suivaient avec anxiété le moindre rebondissement d’une situation inédite où le pouvoir est mis en difficulté pour la première fois depuis l’indépendance (1980).

En attendant la décision de la commission électorale, le chef du MDC, Morgan Tsvangirai, qui a revendiqué samedi la victoire dès le premier tour de la présidentielle, était lundi en Afrique du Sud pour des « entretiens privés ». Dans une tribune publiée lundi par le quotidien britannique The Guardian, Tsvangirai estime venu « le temps pour une action forte », et demande au Fonds monétaire international de retenir 2 milliards de dollars sur l’aide au développement au Zimbabwe.

Le Zimbabwe, dont l’économie est en ruine, dépend pour sa survie de l’aide internationale. Selon des associations de défense des droits de l’homme, c’est là la seule raison pour laquelle le pouvoir continue à organiser des élections.

L’inflation annuelle dépasse l’entendement à plus de 100 000%, ce qui signifie que les prix des rares produits encore disponibles doublent ou triplent plusieurs fois par jour. Certains observateurs affirment que la Banque Centrale a épuisé toutes ses réserves en devises étrangères pour émettre la monnaie nécessaire à la tenue du scrutin. Le Zanu-PF n’a pas non plus les moyens d’aller à un second tour, a fait valoir une source diplomatique occidentale.

Ce week-end, Tsvangirai avait tendu la main au régime de Mugabe et appelé le chef de l’Etat au « dialogue », assurant en outre aux forces de l’ordre, pilier du régime, qu’il n’y aurait « ni châtiment ni volonté de vengeance » s’il parvenait au pouvoir. « J’appelle le président Mugabe à entamer un dialogue avec moi afin de lancer le processus d’une transition pacifique, ordonnée et démocratique », a-t-il ajouté. Une approche qui était complètement rejetée par le Zanu-PF. « Nous ne pouvons pas travailler avec le MDC car nos objectifs politiques et nos aspirations sont aussi différentes que le jour et la nuit », a affirmé Patrick Chinamasa, un haut responsable du parti, Zanu-PF.

Maha Salem

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