Contre le maux de la bureaucratie
Morsi Attalla
Il
va sans dire que tout le monde s’attend à ce que la première
préoccupation des nouveaux gouverneurs nommés lors du
dernier remaniement soit de résoudre les problèmes du public
et de mettre fin à toutes les formes de la routine
gouvernementale.
Il faut reconnaître que le poids croissant de la
bureaucratie dans les institutions gouvernementales est dû
aux nombreux maux qui ont touché l’appareil gouvernemental
pendant de longues années. Le plus important de ces maux est
le surplus d’effectif qui cause la complication du cycle du
travail, puisque le travail qui peut être fait par deux
employés est fait par dix.
Cette pléthore revient en partie à de bonnes intentions
visant à régler le problème du chômage. Mais en réalité, ce
phénomène est surtout le résultat direct d’une absence de
vision scientifique capable de lier les nécessités réelles
du travail à l’effectif disponible. Or, il est surprenant
que ce nombre élevé de l’effectif travaillant dans les
institutions gouvernementales n’ait aucune répercussion
positive sur les départements qui ont une relation directe
avec le public. Les queues restent trop longues et les
citoyens souffrent pour obtenir un certificat de naissance
ou un permis de conduire. Ceci signifie que la main-d’œuvre
est mal employée et mal distribuée.
Le phénomène de la bureaucratie et de la routine revient
aussi à l’ambiguïté dans les statuts et les lois qui gèrent
le cycle de travail. Par exemple, il est courant qu’un
employé reçoit des lois ou des instructions promulguées par
une institution centrale et qui ne conviennent pas
parfaitement à la nature de son travail.
Là, il se trouve devant deux choix : appliquer les textes de
ces lois à la lettre, ce qui signifie ralentir et compliquer
le travail et se faire accuser de bureaucrate. Ou bien
exprimer peu de flexibilité et là il peut être traîné en
justice pour avoir pratiqué des pouvoirs plus larges que ses
prérogatives.
Il faut reconnaître que ces deux contradictions représentent
un des côtés du mal bureaucratique dans l’administration
égyptienne.
Il est normal donc de voir autant d’infractions aux lois
face à autant de complications. Et cela mène par conséquent
à des réactions violentes de la part du public qui maudit la
bureaucratie et la routine.
A mon avis, l’unique moyen de se débarrasser de ce phénomène
et d’entamer une réforme administrative est de régler avant
tout le problème du surplus de l’effectif dans les
administrations gouvernementales. Il sera alors tout à fait
normal d’entendre dire que ce n’est pas le bon moment
d’ouvrir ce dossier alors que le pays connaît une crise
grave de chômage et qu’une vision pareille manque de sagesse
politique et sociale. Or, il n’est pas ici question de
licencier le surplus de la main-d’œuvre, mais d’en faire une
redistribution de façon à pouvoir profiter de chaque
employé.