Libération du Syndicat
Salama A. Salama
La
décision prise par le conseil du Syndicat des journalistes
de déférer devant un conseil de discipline les personnes à
l’origine des événements qui ont empêché la tenue du
colloque « Egyptiens contre la discrimination » pourrait
peut-être effacer l’affront qu’ont subi tous les
journalistes. Ces événements présagent un avenir inquiétant
pour la presse en Egypte.
Comment un membre a-t-il pu saper le colloque déjà approuvé
par le syndicat ? Comment s’est-il permis de verrouiller les
portes du syndicat ? Et qui sont ces journalistes qui l’ont
élu comme représentant ?
Ceux qui se plaignent de la poigne de fer et de
l’intransigeance des organismes de sécurité et de la police
qui assiégeaient le bâtiment du syndicat comprendront assez
vite qu’on récolte ce qu’on sème et que celui qui manque de
respect pour soi n’est respecté de nul autre.
Le plus dangereux est cette régression de la pensée chez
certains journalistes à l’esprit restreint, qui portent
atteinte à la profession. Ceux-là mêmes qui sont censés être
les hérauts des lumières et les messagers de la liberté, de
l’égalité et de la non-discrimination entre les fils d’une
même patrie. Les antagonistes voient que la tenue du
colloque met en avant le problème de la discrimination
confessionnelle qui inquiète la société et qui alimente
l’opinion internationale contre l’Egypte. Ils s’appuient sur
des arguments parfaitement insensés selon lesquels les
organisateurs du colloque sont des bahaïs et des forces
hostiles à l’islam.
D’évidence, des idées rétrogrades s’emparent des mentalités
des secteurs qu’ont sécrétées les programmes d’éducation
défaillants, ne se souciant pas des principes
constitutionnels ou éthiques. Telle que l’égalité de tous
devant les droits et les devoirs. Ces gens n’ont aucune
considération pour le principe de la liberté de culte dicté
par toutes les religions célestes dans l’objectif de
répandre les idéaux d’équité et d’amour entre les gens.
Lorsque de tels éléments atteignent les cercles d’influence
dans les syndicats et les rassemblements, ils se
transforment en un outil de
rigidité et de pensée réactionnaire.
Le Dr Fouad Abdel-Moneim Riyad, juge international de
renommée, renvoie les origines de ce fossé, qui s’élargit de
plus en plus, entraînant ces pratiques, dont souffre
actuellement la société égyptienne, à la disparition de la
classe moyenne et celle des intellectuels qui sont les
porte-voix des valeurs universelles. Parmi ces pratiques,
l’ignorance du principe de l’égalité dans les divers
domaines législatifs, dont l’absence de participation à la
prise de décision politique et la fragile présence copte
dans plusieurs domaines. Selon lui, ceci a engendré un vide
qui a été comblé par les idées des ignorants et des nouveaux
riches. L’un des aspects de cette ignorance c’est le
phénomène de l’anarchie des fatwas qui a gangrené la société
et qui a eu pour résultat des accusations en série
d’apostasie.
A mon sens, c’est l’actuelle donne politique, sociale et
culturelle dans son ensemble, avec toutes ses
contradictions, qui a donné naissance à ces éléments dénués
de tout esprit, ignorants en culture et en politique et qui
a permis leur ascension aux postes de commandements
professionnels.