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 Semaine du 30 avril au 4 mai 2008, numéro 712

 

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Opinion
 

La traduction et le dialogue des civilisations

Mohamed Salmawy

Si le dialogue des civilisations se limite aux conférences qui se tiennent de temps à autre entre les intellectuels de l’Orient et de l’Occident, il s’avère alors inutile. Les intellectuels des deux bords sont les seuls connaisseurs de leurs cultures réciproques et donc ils n’ont pas besoin de ces conférences.

En réalité, la signification véritable du dialogue des civilisations concerne toute la société dans la mesure où le citoyen ordinaire a accès à la pensée, à la culture et aux arts de l’autre. Ceci ne pourrait pas voir le jour sans un mouvement actif et continu de traduction de la production intellectuelle, politique et sociale des deux mondes, celui de l’Orient et de l’Occident.

La capitale britannique a été témoin la semaine dernière d’une importante manifestation culturelle qu’est le Salon du livre de Londres qui a accueilli pour la première fois le monde arabe comme invité d’honneur. Parmi les activités du salon qui a eu lieu au lendemain de l’inauguration, nous pouvons retenir le colloque sur « la traduction et le dialogue des civilisations » à laquelle j’ai pris part, ainsi que Dr Nasser Al-Ansari, président de l’Organisme égyptien du livre, l’ingénieur Ibrahim Al-Moallem, président de l’Union des éditeurs et PDG de Dar Al-Chorouq, ainsi qu’un grand nombre d’invités étrangers et arabes, dont Dr David Browning, du Centre d’Oxford pour les études islamiques, Peter Ribkin, directeur des relations extérieures, à la Foire internationale du livre de Francfort, Guy Gabriel, le conseiller d’Arab Media Watch, le site médiatique n°1 en Grande-Bretagne en ce qui concerne les questions arabes. Il y avait également Antonio Badini, l’ex-ambassadeur italien au Caire et son épouse marocaine Dounia Abou-Rachid, présidente du Prix de la Méditerranée pour le livre.

Dans mon intervention, j’ai débattu de certains points en soulignant que malgré les efforts de traduction de l’arabe vers les langues européennes, il n’existe pas un mouvement organisé de traduction reflétant la réalité culturelle des deux bords. La traduction dans la plupart des cas ne provient que de choix sélectifs confirmant les idées toutes faites sur l’autre et quelquefois, elle n’a d’autres objectifs que des raisons purement lucratives.

J’ai établi une comparaison entre la traduction qui a lieu de l’arabe vers les langues européennes et celle ayant lieu entre les langues européennes elles-mêmes en démontrant que le livre qui paraît par exemple en Angleterre est publié simultanément dans les autres langues européennes. Ainsi, les éditeurs européens entretiennent des relations entre eux quels que soient les pays. D’habitude, ils leur envoient les premières versions des livres qu’ils sont sur le point de publier, leur proposant les droits de traduction dans leurs langues. Ainsi, les œuvres des grands écrivains et penseurs sont disponibles dans toutes les langues européennes. Les ouvrages des écrivains tels que Umberto Ecco d’Italie, Günter Grass d’Allemagne, Haorld Pinter de Grande-Bretagne et José Saramago du Portugal peuvent être alors lus dans n’importe quelle langue vivante. Même chose pour les penseurs et philosophes comme Michel Foucault, Derrida ou Wiettgenstein.

Toutefois, à cause de la crise de la traduction, celui qui, dans le monde arabe, veut prendre connaissance de la pensée et de la culture en Occident doit recourir aux livres parus dans les langues étrangères. Ce qui justifie le phénomène qui a pris de l’ampleur chez nous aujourd’hui avec l’existence de nombreuses librairies qui vendent des livres étrangers. De telles librairies ne sont pas nombreuses en Occident parce qu’elles sont inutiles. N’importe quel livre d’importance est traduit au moment de sa parution dans la langue locale. Si vous cherchez à Londres une librairie vendant des livres français, vous n’en trouverez pas. Même chose pour les librairies vendant les livres allemands en Italie ou espagnols en Autriche.

J’avais déjà parlé du projet initié par l’Union générale des écrivains arabes consistant à traduire 100 romans arabes vers les langues étrangères et dont la première phase a été achevée. Au cours de cette dernière, ces romans sont sortis en russe et en chinois. La deuxième phase est sur le point d’être lancée, et les versions paraîtront en anglais et en français. Les romans choisis sont parmi les plus importants parus dans le monde arabe, et ils ne sont pas encore traduits jusqu’à présent. Ceci prouve le caractère sélectif du mouvement de la traduction des deux côtés. J’avais également déclaré que cela compensait la carence occidentale en matière de traduction, parce que l’union, à travers ce projet, comble la lacune de l’éditeur étranger.

Cependant, la solution réside dans les éditeurs qui doivent coopérer davantage entre eux que ce soit au niveau panarabe ou avec les étrangers. Ceci afin que chacun d’entre eux soit conscient de ce que publie l’autre. Il est indispensable que des accords de coopération soient conclus entre eux permettant l’échange de leur production et l’obtention des droits de traduction. Cette coopération, en prenant de l’ampleur, élargit le cercle de traductions des deux côtés. De là émane l’importance des Foires internationales du livre dont l’objectif serait de vendre les droits littéraires de traduction et de publication aux étrangers et en acheter des droits semblables de ces derniers. Ceci nécessite que chaque éditeur arabe se dirige vers la foire accompagné d’un catalogue en langue étrangère comportant toutes ses publications. Il donnera à l’éditeur étranger une copie complète et claire des livres publiés dans le monde arabe. Il ne suffit pas de se contenter de louer un pavillon dans lequel nous rangeons les livres parus en arabe. Chose que l’éditeur étranger est incapable de comprendre. Un prolongement de la Foire du livre du Caire que nous n’avons pas quittée. Ainsi revenons-nous avec ce que nous avons transporté sans que notre périple nous ait rien ajouté. Le véritable critère du succès de nos participations répétées aux foires internationales est le nombre de droits de publications et de traductions vendus aux éditeurs étrangers. Sans cela, la traduction sera toujours cantonnée à une opération sélective non-organisée. Sans un mouvement solide et continu, tout discours sur les civilisations sera limité aux conférences spécialisées auxquelles ne prend pas part la société au sens large du terme. Participation limitée qui est loin de compter les véritables lecteurs des livres traduits qui, seuls, contribuent à comprendre la mentalité de l’autre, sa pensée et sa culture.

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