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 Semaine du 30 avril au 4 mai 2008, numéro 712

 

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Iraq . Retour au calme à Bassorah et des sunnites au gouvernement, le premier ministre recueille les fruits de sa campagne contre le chef radical chiite Moqtada Sadr.

Maliki marque des points

Alors que les combats se poursuivent sans relâche à Sadr City, bastion du chef radical chiite Moqtada Sadr, au nord-est de Bagdad, où s’affrontent depuis plus d’un mois des troupes américano-iraqiennes et des milices chiites, le gouvernement de Nouri Al-Maliki semble marquer des points contre l’Armée du Mahdi, bras armé des Sadristes. Sur la défensive, Moqtada Sadr, qui avait menacé d’une « guerre ouverte » le 19 avril si les attaques contre ses partisans se poursuivaient, est revenu vendredi sur ses propos en appelant à ce que cessent les affrontements avec l’armée et la police iraqienne. Il a assuré que sa seule cible était l’armée américaine qu’il considère comme une force d’occupation. Mais pour autant, il n’a pas explicitement annulé un cessez-le-feu unilatéral en vigueur depuis la fin du mois d’août. Son mouvement a toutefois rejeté dimanche les conditions posées par le premier ministre Nouri Al-Maliki — qui équivaudraient à ses yeux à une capitulation — pour un arrêt des combats.

Ce dernier, déterminé à désarmer les Sadristes et à en finir avec les milices armées, a avancé samedi quatre exigences pour mettre fin aux campagnes lancées par les troupes régulières iraqiennes. Nouri Al-Maliki a déclaré que les miliciens devaient rendre les armes lourdes et moyennes et cesser d’interférer dans les affaires de l’Etat ainsi que dans celles des forces de sécurité. Il a également demandé qu’ils remettent aux autorités toutes les personnes recherchées et qu’ils présentent la liste des noms des personnes impliquées dans les violences. Les Sadristes considèrent qu’ils sont les seuls visés par ces demandes et que Maliki veut les affaiblir, voire les éliminer, avant des élections régionales cruciales au mois d’octobre. Un porte-parole des Sadristes à Najaf (sud de Bagdad), Salah Al-Obeidi, a assuré que son mouvement rejetait ces exigences, reprochant au gouvernement de s’arroger « le droit de faire tout ce qu’il veut ». M. Obeidi a toutefois précisé lundi que les contacts n’étaient pas rompus entre Maliki et Moqtada Sadr. « Il y a une série de médiations, l’une est menée par le président Jalal Talabani », a dit le porte-parole. Selon lui, une réunion « à haut niveau » avec une délégation sadriste en présence de Maliki est « en cours de préparation ».

Les combats se concentrent désormais autour du chantier d’un haut mur de béton dont les soldats américains ont entrepris la construction la semaine dernière à l’intérieur de Sadr City. Cet ouvrage doit traverser d’est en ouest ce quartier chiite, et séparer son tiers sud des deux tiers restant, au nord. Il est censé prévenir l’infiltration de combattants chiites qui viennent se positionner à distance de tir pour faire pleuvoir roquettes et obus de mortiers sur la « zone verte », l’enclave fortifiée au centre de Bagdad qui abrite les institutions iraqiennes et l’ambassade des Etats-Unis. Mais avant même qu’il ne démontre son utilité, le mur est devenu un nouveau casus belli pour les miliciens sadristes farouchement opposés à l’occupation américaine, et qui voient le déploiement d’unités blindées américaines dans leur secteur comme des provocations insupportables. Depuis le début des affrontements contre les miliciens chiites, le bilan est l’un des plus meurtriers. Il porte le chiffre des morts iraqiens à au moins 439, incluant des civils et des combattants.

Alors que les combats se poursuivent à Bagdad, un retour à la normale se met en place dans le grand port méridional de Bassorah, un mois après une offensive des troupes régulières iraqiennes contre l’Armée du Mahdi. Le gouvernement affirme faire régner la loi et l’ordre dans cette ville cruciale pour la richesse du pays. « Tous les secteurs de la ville sont sous le contrôle des forces de sécurité », a assuré le porte-parole du ministère de l’Intérieur, le général Abdel-Karim Khalaf. « Plus aucun quartier n’est sous la coupe des éléments armés. La police iraqienne est déployée dans toutes les rues de Bassorah », a-t-il ajouté. Et des habitants de la ville assurent qu’ils se sentent plus en sécurité depuis l’opération « La Charge des chevaliers », supervisée par le premier ministre Nouri Al-Maliki du 25 au 30 mars. Les marchés ont rouvert et les services publics ont été rétablis dans cette ville de 1,6 million d’habitants, cœur de la zone pétrolifère la plus riche d’Iraq et débouché vers le Golfe de la quasi-totalité des exportations iraqiennes d’or noir. Les cassettes et les C.D. ont fait leur réapparition dans les échoppes des marchands de musique, qui avaient dû renoncer à leur commerce devant la montée du fondamentalisme des miliciens chiites. Les écoles de Bassorah ont repris les cours le 6 avril et des classes se tiennent le samedi pour rattraper le temps perdu. Les lycées et les universités ont recommencé le 20 avril.

Bassorah, occupée par les Britanniques jusqu’en décembre 2007, a été pendant longtemps le théâtre d’une lutte d’influence entre formations chiites concurrentes, qui faisaient assaut de rigorisme religieux pour justifier leur présence. Les combattants de l’Armée du Mahdi y régnaient pourtant en maîtres. Le contrôle des ressources de cette ville, et de sa région, qui alimentent les caisses de l’Etat est un enjeu de taille, qui est au cœur de la lutte ouverte avant les élections régionales d’octobre.

Conséquence « collatérale » de la campagne gouvernementale menée contre les partisans de Moqtada Sadr, les partis politiques sunnites qui avaient quitté le gouvernement ont accepté de revenir en son sein. Le Front de la concorde, principale formation sunnite du pays qui boude le gouvernement depuis huit mois, a annoncé jeudi dernier qu’il proposerait une liste de « ministrables » à Maliki « dans les prochains jours ».

Le Front de la concorde avait quitté le gouvernement l’été dernier, à un moment critique où les violences intercommunautaires entre chiites et sunnites étaient à leur comble. Avec le déclin de ce type d’affrontements enregistré ces derniers mois et la vaste opération menée par le gouvernement contre les Sadristes, la formation sunnite s’est peu à peu rapprochée de Maliki, persuadée de la nécessité de revenir aux affaires .

Hicham Mourad

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