Patrimoine. La 1re
édition du Festival culturel de Thèbes s’est tenue à Louqsor la semaine
dernière sous le label de la culture populaire.
Louqsor fait valoir sa culture
Relier
l’événement culturel au rythme de la ville semble être la devise du premier Festival
culturel de Thèbes qui s’est tenu du 22 au 24 avril à Louqsor. L’organisation
étant déjà partagée entre la présidence honorifique du Conseil suprême de la
ville de Louqsor orchestrée par Samir Farag et l’Union des écrivains égyptiens
avec à sa tête Mohamed Salmawy, le secrétaire général de l’Union des hommes de
lettres et écrivains arabes. Le tout étant de raviver le patrimoine culturel
dans cette terre riche en contes comme ceux d’Abou-Hajjaj Al-Oqsori et
d’Abou-Zeid Al-Hélali. A un moment où la ville qui détient le tiers des sites
archéologiques du monde connaît un essor et entame un virage vers la modernité
avec une volonté de devenir un pôle culturel.
Et
c’est dans ce contexte que la conférence, qui se tenait depuis 1989 d’une
manière irrégulière, s’est transformée cette année en événement international. Ainsi,
pendant trois jours, le rythme de la ville s’est enchevêtré avec les activités
du festival, une petite exposition des arts artisanaux accompagne l’ouverture
du festival, une soirée nubienne et musique arabe animée en plein espace
d’Abou-Hajjaj en face du temple de Louqsor. Une visite du temple de Karnak a
précédé les séances des études sur le patrimoine culturel. Tandis qu’une soirée
poétique a clôturé le festival.
Faire
revivre le patrimoine populaire à l’heure actuelle s’est avéré une ligne
directrice dans les études présentées pendant le festival. Salah Al-Rawi,
professeur de littérature populaire, souligne dans son étude L’Inspiration
artistique du patrimoine populaire la différence entre patrimoine populaire et
sagesse populaire. Tandis que le premier réfère à la culture populaire ancienne
ou dépassée, la seconde propose la culture populaire vivante.
Le
chercheur libanais Waguih Fanous choisit de braquer la lumière sur l’expérience
de Salama Al-Rassi qui a, selon lui, réussi à sortir le patrimoine populaire du
cadre des musées. Son œuvre s’est intéressée aux petites gens et à leurs
récits. Il dépasse l’équation selon laquelle le patrimoine populaire est porté
par les masses et rejeté par l’élite, et lorsqu’il s’élève au niveau de la
théorie, il est bien accueilli par l’élite et humilié par les gens. « L’œuvre
d’Al-Rassi reste l’exemple qui a réconcilié l’intellectuel avec les petites
gens », conclut-il. Dans cette même lignée, Abdel-Hamid Hawwas, spécialiste du
patrimoine culturel au Centre des études folkloriques, propose d’aborder le
récit populaire en tant qu’art du spectacle, un art qui déborde de l’espace
livresque pour englober la structure narrative, la voix du conteur et sa manière
d’être, etc.
La
séance d’ouverture a rendu hommage aux écrivains originaires de Louqsor comme
Maamoun Al-Hajjaji, Hussein Khalifa, Mohamad Gadel Mawla et Hussein Al-Qabbahi.
Deux grands spécialistes dans le patrimoine populaire, Abdel-Hamid Ibrahim et
Ahmad Chamseddine Al-Hajjaji, aux côtés des grands romanciers Bahaa Taher, fils
de Louqsor et Gamal Al-Ghitani, originaire du sud également.
La
présence de Dominique Baudis, président de l’Institut du Monde arabe à Paris,
et invité d’honneur du festival, était une occasion pour celui-ci de proposer
au gouverneur aussi bien qu’à Mohamed Salmawy de coopérer avec eux pour les
prochaines éditions du Festival de Thèbes. Un autre atout, qui n’est pas moins
important est l’annonce de Bahaa Taher, lauréat du prix Booker du roman arabe,
de consacrer un prix qui sera lancé de Louqsor pour les jeunes romanciers. L’auteur
de L’Oasis du coucher, qui a affirmé en recevant l’hommage qui lui est rendu au
Festival de Thèbes que le vrai hommage est dans son village natal, a fait un
don à la ville d’un terrain pour y construire une maison de culture.
Quant
aux recommandations finales du festival, le comité a annoncé la candidature de
Farouk Hosni, ministre de la Culture, à la présidence de l’Unesco, et a invité
les représentants des pays arabes à soutenir cette candidature. De même, le
comité a réclamé d’accorder plus d’intérêt au projet des archives du folklore
arabe afin de sauvegarder le patrimoine populaire arabe .
Dina Kabil