Invité d’honneur du premier Festival culturel de Thèbes,
Dominique Baudis,
président de l’Institut du Monde Arabe à Paris,
revient sur le rôle joué par l’IMA.
« L’Expédition de Bonaparte a ses ombres et
ses lumières »
Al-Ahram
Hebdo : Vous avez proposé la coopération entre l’Institut du
monde arabe et le Festival de Thèbes dans les prochaines
éditions. Quels en sont les moyens concrets ?
Dominique Baudis :
Je vais proposer plusieurs sujets d’exposition comme
l’exposition que nous allons inaugurer à l’Institut et qui
peut se déplacer pour le Festival, une exposition de tous
les artistes contemporains du monde arabe, nous avons une
grande collection de 400 œuvres, on peut présenter aussi une
exposition sur l’âge d’or des sciences dans le monde arabe,
les grandes découvertes scientifiques de l’humanité dans
tous les domaines : astronomie, mathématiques, etc. Sur
trois ans, on peut organiser chaque année une grande
exposition, faire la communication et organiser à l’avance.
— Qu’en est-il de la grande manifestation Bonaparte en
Egypte et comment justifiez-vous ce choix ?
— Nous aurons trois expositions qui ont été préparées avec
l’Egypte : l’exposition Oum
Kalsoum puisque les objets les
plus importants viendront du musée d’Oum
Kalsoum du Caire. Une deuxième
exposition des œuvres de peinture de Farouk Hosni, et la
troisième est Bonaparte en
Egypte. C’est la première fois qu’une exposition soit
préparée conjointement et à part égale par des Egyptiens et
des Français. Nous travaillons sur cette grande exposition
depuis plus d’un an, j’en avais parlé avec le président
Chirac et avec le président Moubarak. Nous insistons dans
cet événement à avoir le regard égyptien et le regard
français, pas simplement le
regard des Français. Le comité scientifique qui organise
l’exposition est partagé, la moitié du comité est française,
et l’autre moitié égyptienne comme l’universitaire Nelly
Hanna, le président de la Bibliotheca
Alexandrina, Ismaïl
Serraguedine, le rédacteur en
chef d’Al-Ahram Hebdo, Mohamed
Salmawy, de même que des
écrivains, des professeurs d’université, des historiens et
des scientifiques égyptiens et français. C’est un événement
important dans l’Histoire des deux pays, l’Expédition de
Bonaparte. C’est un événement qui a ses ombres et ses
lumières, il y a eu des massacres, des incendies, des
Egyptiens ont été tués. C’est une
agression de la France contre l’Egypte, c’est certain. C’est
aussi certain que cette rencontre des Egyptiens et des
Français s’est faite dans la guerre et la violence et elle
s’est faite aussi dans la reconnaissance mutuelle et le
début d’une relation passionnelle très forte entre l’Egypte
et la France.
L’expédition est à la fois une agression militaire mais
aussi le début d’une grande aventure intellectuelle.
— Vous présidez l’IMA depuis 2007, quelle politique
adoptez-vous ?
— La politique nouvelle que j’ai pu développer depuis que je
suis arrivé est de développer les activités de l’IMA en
dehors de notre bâtiment. C’est un très beau bâtiment conçu
par l’architecte Jean Nouvelle et on accueille chaque année
un million de visiteurs. Mais tout le monde dans le monde
arabe, en France, en Europe ne peut pas venir à Paris, donc
je me suis donné pour politique de présenter les expositions
de l’Institut du monde arabe dans les pays arabes et dans
différentes villes en Europe. Par exemple, l’an dernier nous
avons présenté trois expositions à Alger, cette année nous
allons présenter une exposition à Damas et une à
Abou-Dhabi. Voilà pourquoi j’ai
proposé au gouverneur de Louqsor de présenter une exposition
pour le prochain festival.
— En tant que connaisseur du monde arabe pendant votre
parcours comme journaliste à la radio et à la télévision
françaises couvrant la région, comment agissez-vous contre
les attaques perpétuelles contre l’islam ?
— Notre mission est de présenter au public français et
européen l’image vraie du monde arabe, de sa culture, des
religions qui y sont pratiquées pour combattre les
caricatures des idées préconçues, les préjugés. Nous pensons
que contre les préjugés, il faut faire progresser la
connaissance. La meilleure façon de lutter contre les
préjugés et les idées déformées c’est d’apprendre à se
connaître. Quand on se connaît, c’est le début de la
reconnaissance et du respect.
Parmi les activités que nous organisons à l’IMA, la 60e
commémoration du premier exil des Palestiniens en 1948. Avec
l’aide de Hind
Khouri, représentante de
l’Autorité palestinienne en France, on organise plusieurs
soirées pour expliquer l’Histoire de la Palestine et
présenter la culture palestinienne, avec auteurs et poètes
pendant toute l’année 2008.
— Et quelle était votre position en tant que représentant de
la voix arabe face à Israël, invité d’honneur du Salon de
Paris ?
— Nous n’avons pas été demandés, mais simplement nous
n’avons pas développé d’activités avec le Salon du livre en
raison de cette situation. Normalement, il y a des soirées
en parallèle avec des écrivains arabes, mais cette année
nous n’avons rien organisé. Puisque beaucoup d’auteurs du
monde arabe ont refusé de participer au Salon du livre de
Paris.
Propos recueillis par D. K.