Al-Ahram Hebdo, Idées | Louqsor fait valoir sa culture
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 30 avril au 4 mai 2008, numéro 712

 

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Idées

Patrimoine. La 1re édition du Festival culturel de Thèbes s’est tenue à Louqsor la semaine dernière sous le label de la culture populaire.

Louqsor fait valoir sa culture

Relier l’événement culturel au rythme de la ville semble être la devise du premier Festival culturel de Thèbes qui s’est tenu du 22 au 24 avril à Louqsor. L’organisation étant déjà partagée entre la présidence honorifique du Conseil suprême de la ville de Louqsor orchestrée par Samir Farag et l’Union des écrivains égyptiens avec à sa tête Mohamed Salmawy, le secrétaire général de l’Union des hommes de lettres et écrivains arabes. Le tout étant de raviver le patrimoine culturel dans cette terre riche en contes comme ceux d’Abou-Hajjaj Al-Oqsori et d’Abou-Zeid Al-Hélali. A un moment où la ville qui détient le tiers des sites archéologiques du monde connaît un essor et entame un virage vers la modernité avec une volonté de devenir un pôle culturel.

Et c’est dans ce contexte que la conférence, qui se tenait depuis 1989 d’une manière irrégulière, s’est transformée cette année en événement international. Ainsi, pendant trois jours, le rythme de la ville s’est enchevêtré avec les activités du festival, une petite exposition des arts artisanaux accompagne l’ouverture du festival, une soirée nubienne et musique arabe animée en plein espace d’Abou-Hajjaj en face du temple de Louqsor. Une visite du temple de Karnak a précédé les séances des études sur le patrimoine culturel. Tandis qu’une soirée poétique a clôturé le festival.

Faire revivre le patrimoine populaire à l’heure actuelle s’est avéré une ligne directrice dans les études présentées pendant le festival. Salah Al-Rawi, professeur de littérature populaire, souligne dans son étude L’Inspiration artistique du patrimoine populaire la différence entre patrimoine populaire et sagesse populaire. Tandis que le premier réfère à la culture populaire ancienne ou dépassée, la seconde propose la culture populaire vivante.

Le chercheur libanais Waguih Fanous choisit de braquer la lumière sur l’expérience de Salama Al-Rassi qui a, selon lui, réussi à sortir le patrimoine populaire du cadre des musées. Son œuvre s’est intéressée aux petites gens et à leurs récits. Il dépasse l’équation selon laquelle le patrimoine populaire est porté par les masses et rejeté par l’élite, et lorsqu’il s’élève au niveau de la théorie, il est bien accueilli par l’élite et humilié par les gens. « L’œuvre d’Al-Rassi reste l’exemple qui a réconcilié l’intellectuel avec les petites gens », conclut-il. Dans cette même lignée, Abdel-Hamid Hawwas, spécialiste du patrimoine culturel au Centre des études folkloriques, propose d’aborder le récit populaire en tant qu’art du spectacle, un art qui déborde de l’espace livresque pour englober la structure narrative, la voix du conteur et sa manière d’être, etc.

La séance d’ouverture a rendu hommage aux écrivains originaires de Louqsor comme Maamoun Al-Hajjaji, Hussein Khalifa, Mohamad Gadel Mawla et Hussein Al-Qabbahi. Deux grands spécialistes dans le patrimoine populaire, Abdel-Hamid Ibrahim et Ahmad Chamseddine Al-Hajjaji, aux côtés des grands romanciers Bahaa Taher, fils de Louqsor et Gamal Al-Ghitani, originaire du sud également.

La présence de Dominique Baudis, président de l’Institut du Monde arabe à Paris, et invité d’honneur du festival, était une occasion pour celui-ci de proposer au gouverneur aussi bien qu’à Mohamed Salmawy de coopérer avec eux pour les prochaines éditions du Festival de Thèbes. Un autre atout, qui n’est pas moins important est l’annonce de Bahaa Taher, lauréat du prix Booker du roman arabe, de consacrer un prix qui sera lancé de Louqsor pour les jeunes romanciers. L’auteur de L’Oasis du coucher, qui a affirmé en recevant l’hommage qui lui est rendu au Festival de Thèbes que le vrai hommage est dans son village natal, a fait un don à la ville d’un terrain pour y construire une maison de culture.

Quant aux recommandations finales du festival, le comité a annoncé la candidature de Farouk Hosni, ministre de la Culture, à la présidence de l’Unesco, et a invité les représentants des pays arabes à soutenir cette candidature. De même, le comité a réclamé d’accorder plus d’intérêt au projet des archives du folklore arabe afin de sauvegarder le patrimoine populaire arabe .

Dina Kabil


 

Invité d’honneur du premier Festival culturel de Thèbes, Dominique Baudis, président de l’Institut du Monde Arabe à Paris, revient sur le rôle joué par l’IMA.

 « L’Expédition de Bonaparte a ses ombres et ses lumières »

Al-Ahram Hebdo : Vous avez proposé la coopération entre l’Institut du monde arabe et le Festival de Thèbes dans les prochaines éditions. Quels en sont les moyens concrets ?

Dominique Baudis : Je vais proposer plusieurs sujets d’exposition comme l’exposition que nous allons inaugurer à l’Institut et qui peut se déplacer pour le Festival, une exposition de tous les artistes contemporains du monde arabe, nous avons une grande collection de 400 œuvres, on peut présenter aussi une exposition sur l’âge d’or des sciences dans le monde arabe, les grandes découvertes scientifiques de l’humanité dans tous les domaines : astronomie, mathématiques, etc. Sur trois ans, on peut organiser chaque année une grande exposition, faire la communication et organiser à l’avance.

— Qu’en est-il de la grande manifestation Bonaparte en Egypte et comment justifiez-vous ce choix ?

— Nous aurons trois expositions qui ont été préparées avec l’Egypte : l’exposition Oum Kalsoum puisque les objets les plus importants viendront du musée d’Oum Kalsoum du Caire. Une deuxième exposition des œuvres de peinture de Farouk Hosni, et la troisième est Bonaparte en Egypte. C’est la première fois qu’une exposition soit préparée conjointement et à part égale par des Egyptiens et des Français. Nous travaillons sur cette grande exposition depuis plus d’un an, j’en avais parlé avec le président Chirac et avec le président Moubarak. Nous insistons dans cet événement à avoir le regard égyptien et le regard français, pas simplement le regard des Français. Le comité scientifique qui organise l’exposition est partagé, la moitié du comité est française, et l’autre moitié égyptienne comme l’universitaire Nelly Hanna, le président de la Bibliotheca Alexandrina, Ismaïl Serraguedine, le rédacteur en chef d’Al-Ahram Hebdo, Mohamed Salmawy, de même que des écrivains, des professeurs d’université, des historiens et des scientifiques égyptiens et français. C’est un événement important dans l’Histoire des deux pays, l’Expédition de Bonaparte. C’est un événement qui a ses ombres et ses lumières, il y a eu des massacres, des incendies, des Egyptiens ont été tués. C’est une agression de la France contre l’Egypte, c’est certain. C’est aussi certain que cette rencontre des Egyptiens et des Français s’est faite dans la guerre et la violence et elle s’est faite aussi dans la reconnaissance mutuelle et le début d’une relation passionnelle très forte entre l’Egypte et la France.

L’expédition est à la fois une agression militaire mais aussi le début d’une grande aventure intellectuelle.

— Vous présidez l’IMA depuis 2007, quelle politique adoptez-vous ?

— La politique nouvelle que j’ai pu développer depuis que je suis arrivé est de développer les activités de l’IMA en dehors de notre bâtiment. C’est un très beau bâtiment conçu par l’architecte Jean Nouvelle et on accueille chaque année un million de visiteurs. Mais tout le monde dans le monde arabe, en France, en Europe ne peut pas venir à Paris, donc je me suis donné pour politique de présenter les expositions de l’Institut du monde arabe dans les pays arabes et dans différentes villes en Europe. Par exemple, l’an dernier nous avons présenté trois expositions à Alger, cette année nous allons présenter une exposition à Damas et une à Abou-Dhabi. Voilà pourquoi j’ai proposé au gouverneur de Louqsor de présenter une exposition pour le prochain festival. 

— En tant que connaisseur du monde arabe pendant votre parcours comme journaliste à la radio et à la télévision françaises couvrant la région, comment agissez-vous contre les attaques perpétuelles contre l’islam ?

— Notre mission est de présenter au public français et européen l’image vraie du monde arabe, de sa culture, des religions qui y sont pratiquées pour combattre les caricatures des idées préconçues, les préjugés. Nous pensons que contre les préjugés, il faut faire progresser la connaissance. La meilleure façon de lutter contre les préjugés et les idées déformées c’est d’apprendre à se connaître. Quand on se connaît, c’est le début de la  reconnaissance et du respect.

Parmi les activités que nous organisons à l’IMA, la 60e commémoration du premier exil des Palestiniens en 1948. Avec l’aide de Hind Khouri, représentante de l’Autorité palestinienne en France, on organise plusieurs soirées pour expliquer l’Histoire de la Palestine et présenter la culture palestinienne, avec auteurs et poètes pendant toute l’année 2008.

— Et quelle était votre position en tant que représentant de la voix arabe face à Israël, invité d’honneur du Salon de Paris ?

— Nous n’avons pas été demandés, mais simplement nous n’avons pas développé d’activités avec le Salon du livre en raison de cette situation. Normalement, il y a des soirées en parallèle avec des écrivains arabes, mais cette année nous n’avons rien organisé. Puisque beaucoup d’auteurs du monde arabe ont refusé de participer au Salon du livre de Paris.

Propos recueillis par D. K.

 

 




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