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Aides aux exportations .
Le prochain budget de l’Etat leur réserve une importante
somme, mais ces subventions publiques sont jugées mal
distribuées ou insuffisantes par les petits producteurs. De
quoi déclencher une polémique sur l’objectivité du soutien
apporté.
Le gâteau de la discorde
Deux milliards de L.E. C’est le montant consacré au Fonds de
développement des exportations, selon le projet de loi du
budget 2008-2009. Il s’agit d’un fonds de soutien aux
exportations d’industries prometteuses confrontées à une
situation difficile. L’aide maximale ne peut dépasser 10 %
de leur chiffre d’exportation, et elle concerne
essentiellement 3 secteurs : le prêt-à-porter, les produits
alimentaires et l’agriculture qui s’emparent de 50 %. 26
autres secteurs se partagent le reste.
Mais la semaine dernière, le ministre du Commerce et de
l’Industrie, Rachid Mohamad Rachid, a déclaré vouloir
soutenir, pour une période de 6 ans, une nouvelle industrie
de matières de construction, celle des matières d’isolation.
Et ce, pour améliorer davantage la compétitivité des
exportations égyptiennes. Mais l’objectif est-il en cours de
réalisation ?
Les
chiffres officiels le confirment. Les exportations des
secteurs soutenus par le fonds sont passées de 1,3 milliard
de dollars en 2002/03 à 12 milliards de dollars en 2007/08.
Selon le ministère du Commerce et de l’Industrie, cela
s’explique par les 29 secteurs ayant profité du soutien.
Citons à titre d’exemple les exportations de produits
agricoles qui ont atteint 1,1 milliard de dollars en 2007,
contre 368 millions de dollars en 2002. « L’Egypte a fait le
choix du commerce libre. Donc, les exportations sont
devenues parmi les éléments principaux de la relance de
l’économie », explique Chérif Al-Maghrabi, président du
Conseil de l’exportation des denrées agricoles. Et d’ajouter
que c’est ainsi que le Fonds pour le développement des
exportations est devenu une nécessité. « Il nous permet de
créer une présence internationale, notamment avant la
libéralisation complète du marché. Parlons de l’agriculture
: l’offre dépasse actuellement la demande. Il nous faut
exporter une bonne partie de cette production pour alléger
la pression sur les agriculteurs et maintenir l’équilibre
des prix. Et pour exporter nos produits, leur qualité doit
être améliorée et diversifiée pour se créer une place
internationale ? », explique-t-il en assurant que les
exportations agricoles ont enregistré une hausse de 90 %
depuis la création du fonds en 2002, ce qui a multiplié les
capacités d’investissements de ces entreprises
exportatrices. « Les soutiens perçus se traduisent donc en
investissements supplémentaires », estime Al-Maghrabi.
Choix des bénéficiaires
Mais si ce fonds consiste à relancer les exportations, il
suscite aussi une forte opposition en raison des sommes qui
lui sont consacrées et surtout du choix des bénéficiaires,
pour la plupart des grandes industries déjà exportatrices.
Selon une étude effectuée par Abdel-Fattah Al-Guébali,
directeur de l’unité économique du Centre des études
stratégiques d’Al-Ahram, subventionner les exportations
comme cela est fait actuellement implique une forte
discrimination touchant les plus faibles. « Les exportations
ne doivent pas figurer sur la liste des subventions. Elles
ne sont pas une priorité. Les grands producteurs profitent
déjà d’un bon nombre de privilèges : terrain gratuit,
énergie subventionnée, employés sous-payés d’après les
normes mondiales. Ils n’ont donc pas besoin de subventions
supplémentaires », explique-t-il. Pour lui, il vaut mieux
favoriser le consommateur qui croule sous les dépenses de
son quotidien. Pire, ce programme porte également atteinte à
d’autres industries, comme celle de la filature et du
textile. « Le gouvernement a accordé des subventions de 8 %
à cette industrie en 2002. En même temps, il a réduit les
tarifs douaniers imposés sur cette industrie de 12 à 5 % en
2004. Et c’est ainsi que les importations sont devenues
beaucoup moins chères que les produits locaux. N’est-ce donc
pas de l’argent jeté par la fenêtre ? ». Avis partagé par
Mohamad, petit exportateur : « le fonds soutient des
industries traditionnelles qui existent déjà sur les marchés
internationaux comme les oranges. Il aurait fallu tenter de
s’introduire sur de nouveaux marchés extérieurs ». Ce qui
mène à des dérives puisque quelques petits exportateurs du
secteur du prêt-à-porter ont présenté des factures
falsifiées pour obtenir un soutien du fonds. Avant d’être
mis en prison.
C’est pourtant le prêt-à-porter, les produits alimentaires
et l’agriculture qui décrochent seuls presque la moitié du
budget du fonds avec 26 %, 17 % et 14 % successivement. Dans
chacun de ces secteurs, 5 ou 6 entreprises s’emparent de la
grande part de la somme allouée, et les autres se partagent
les miettes. Dans le secteur du prêt-à-porter, pour ne citer
que lui, 350 entreprises profitent du programme et 5
seulement reçoivent 90 % du soutien. Mohamad Ragui,
président du Fonds pour le développement des exportations,
réfute ces accusations, car des mécanismes empêchent les
abus des exportateurs. « Chaque exportateur doit présenter
un certificat indiquant ses exportations, en valeur et en
quantité, une copie de la facture commerciale, un historique
bancaire révélant la valeur des produits exportés. De même,
chaque exportateur bénéficiant du soutien du fonds doit
réaliser un certain taux de croissance dans ses
exportations, sous peine d’être privé de soutien. Et quand
l’entreprise commence à se redresser, le fonds cesse de
verser les subventions », explique Ragui. Il admet qu’un
petit nombre d’entreprises s’emparent de 90 % des sommes
allouées au prêt-à-porter et des produits alimentaires, mais
nie toute accusation de manque de transparence. «
D’habitude, ce sont les grandes entités qui exportent le
plus. Comment accorder des subventions à des entreprises qui
n’exportent pas ? », dit-il. De même, il s’attaque aux
exportateurs disant ne pas recevoir de subventions malgré
leur dépôt de dossier. « Le fonds ne peut refuser une
subvention aux entreprises qui exportent, surtout si leur
dossier est bon. Et pourquoi refuser une subvention si je
possède un surplus de 500 millions de dollars à ce jour ? »,
se défend Ragui.
En somme, malgré les déclarations des responsables, les
concernés maintiennent les accusations. Un ex-responsable
gouvernemental assure même avoir assisté à un versement de
pots-de-vin pour faire accepter de faux documents. La vérité
reste encore à trouver .
Névine Kamel
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Les
fonds consacrés au soutien de l’exportation sont passés de 500 millions de L.E.
en 2002/03 à 2 milliards de L.E. en 2008/09. Mais cette évolution ne s’est pas
traduite par un nombre accru de bénéficiaires. Car près d’une vingtaine
d’entreprises se partagent la moitié de ces sommes, alors qu’environ 1 millier
d’autres se partagent le reste.
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4 questions à
Tareq
Tewfiq,
président de la Chambre des produits alimentaires auprès de
l’Union des industries et PDG de Farm
Frites.
« Ce soutien n’est pas un luxe, c’est plutôt
un droit dont on a déjà payé le prix »
Al-Ahram
Hebdo : Que pensez-vous de l’action du Fonds de
développement de l’exportation ?
Tareq
Tewfiq :
La présence d’un fonds pour soutenir les exportations n’est
pas une invention égyptienne. Cette expérience a déjà été
appliquée dans plusieurs pays et leur a permis de se faire
une place sur les marchés extérieurs. Il est temps de
subventionner la production au lieu de continuer à
subventionner la consommation. Subventionner une industrie
veut dire ouvrir de nouveaux marchés, relancer l’industrie
et l’investissement et le plus important engendrer un grand
nombre d’emplois. Il suffit de noter que les exportations
des produits alimentaires ont été multipliées de plus de 20
fois de 2002 à 2007, passant de 60 millions de dollars à 1,3
milliard. Leurs investissements ont atteint en 2007 8
milliards de L.E. De nouvelles industries ont réussi à
exporter, notamment l’industrie du mobilier, qui a pu cette
année pour la première fois exporter pour un total de 2
millions de dollars, et les produits d’ingénierie plus de 2
milliards de dollars. N’est-ce pas un succès ?
— Mais les producteurs reçoivent déjà bon nombre de
privilèges et on avance qu’ils ne méritent pas ces
subventions prises sur la part du consommateur égyptien ...
— Ce n’est pas vrai. Premièrement, ce soutien n’est pas un
don de la part du gouvernement. En revanche, c’est une
petite récompense pour compenser les fardeaux qu’assument
les exportateurs. Nous payons par exemple une taxe sur les
ventes des produits. Nous assumons les
frais de transport et d’infrastructure. Les pertes subies
par les produits agricoles, nous en assumons le coût. Ce
soutien n’est pas un luxe, c’est plutôt un droit dont on a
déjà payé le prix. Et nous le rendons à travers les impôts
que nous payons et les devises étrangères que nous injectons
sur le marché. En somme, cela ne représente que 2 milliards
de L.E. Le gouvernement consacre par exemple aux subventions
du pain 17 milliards de L.E.
— Mais le secteur industriel reçoit déjà de nombreux
avantages comme l’énergie subventionnée, les terrains
gratuits ...
— Ecoutez, il existe deux genres de subventions :
productives et consommatrices. L’Etat dépense des milliards
chaque année pour le pain et l’énergie entre autres, mais
sans contrepartie. Par contre, les subventions accordées à
l’industrie ont apporté des fruits. Le secteur de
l’alimentaire a reçu dès le début du programme quelque 800
millions de L.E. et engendré des investissements qui
dépassent les 10 milliards de L.E., ainsi que l’embauche de
milliers de personnes.
— Il est dit que seule une petite dizaine d’entreprises
profitent de 90 % des subventions et que malheureusement
elles en profitent pour multiplier les profits et non
accroître la compétitivité. Qu’en dites-vous ?
— Ce n’est pas vrai. Le fonds a permis d’accroître le nombre
d’exportateurs. Parlons de mon secteur, les produits
alimentaires, il est vrai qu’au début, une dizaine
d’entreprises recevaient des subventions. Mais aujourd’hui,
250 en profitent et une centaine d’entre elles exportent
davantage. 40 % des entreprises de produits alimentaires
engendrent 70 % d’exportations. De même, il est faux de dire
que les entreprises utilisent le fonds pour multiplier leurs
profits. Ce fonds m’a encouragé à m’introduire sur de
nouveaux marchés très importants comme ceux d’Amérique du
nord et d’Afrique de Sud. Il suffit de noter qu’au début
Farm Frites exportait seulement
dans 15 pays contre 40 aujourd’hui.
J’ai des chiffres pour étayer ces propos, ceux qui les
contestent n’ont pas de preuves. S’ils en ont, qu’ils les
présentent .
Propos recueillis par N. K.
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