Al-Ahram Hebdo, Egypte | Les jeunes boudent la politique
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 30 avril au 4 mai 2008, numéro 712

 

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Egypte

Sondage . Une enquête réalisée par le Centre d’informations et de prise de décisions du Conseil des ministres montre l’absence de culture politique chez les jeunes.

Les jeunes boudent la politique

Ils étaient 925 jeunes âgés de 18 à 35 ans et représentatifs de la société à faire partie de ce sondage réalisé par le centre d’informations et de prise de décisions du Conseil des ministres. Le sondage, réalisé en février dernier, avait pour objectif de mesurer le degré de participation des jeunes à la vie politique et leur connaissance dans ce domaine. Les résultats qui viennent d’être publiés sont étonnants. Seul 1 % des jeunes connaissent le nombre de partis politiques en Egypte. 7 % sont membres de partis politiques (notamment le Parti National Démocrate, PND, au pouvoir, qui rallie l’écrasante majorité). En réponse à la question : Quel est le rôle que les partis politiques doivent accomplir dans le domaine du développement ? 20 % des jeunes indiquent que c’est la lutte contre le chômage. 18 % estiment que c’est la hausse des prix et 5 % pensent que c’est la protection sociale. 4 % réclament une amélioration du système éducatif. Deux tiers des jeunes, soit 61 %, n’ont jamais pensé devenir membre d’un parti politique, quelle que soit sa tendance. Toutefois, près de 30 % se déclarent prêts à adhérer aux partis. En ce qui concerne les raisons de non adhésion aux partis politiques : 41 % des jeunes affirment que c’est à cause du manque de temps. 24 % ne s’intéressent pas à la politique, 6 % pensent que les partis ne jouent pas de rôle efficace dans la société. 5 % des femmes refusent l’exercice de la politique parce que leurs traditions ne le leur permettent pas. 5 % ne sont pas sensibilisés aux activités des partis et 22 % ne donnent aucune raison.

Ces chiffres révèlent un état de désintérêt total par rapport à la politique chez cette catégorie des jeunes âgés entre 18 et 35 ans. Cette catégorie représente 33 % de la population. « Il y a un dicton qui dit Qui a faim ne fait pas de politique. Ce dicton est parfaitement approprié pour expliquer cette indifférence des jeunes par rapport à la politique. Avec un taux de chômage élevé et la pauvreté qui sévit, les jeunes ont d’autres préoccupations que de faire de la politique. Les jeunes sont accablés par les multiples crises économiques et les problèmes sociaux comme la hausse des prix incessante et le chômage », analyse Amr Hachem Rabie, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Mais cela n’explique pas tout. Certains pays pauvres ont en effet connu une évolution démocratique positive. « Le problème en Egypte est que le climat général n’est pas de nature à inciter les gens à faire de la politique, qu’ils soient jeunes ou pas. L’hégémonie exercée par le PND sur la vie politique et les entraves posées aux partis d’opposition y sont pour beaucoup », explique Walid Sayed, secrétaire des jeunes au parti du Rassemblement. Les partis d’opposition ne sont pas en mesure d’organiser des réunions populaires ni de lancer des projets en faveur des jeunes.

 

Une sensibilisation qui coûte cher

Pour surmonter cet obstacle, le parti du Rassemblement a eu recours à une initiative qui lui coûte cher. Il organise des stages et des ateliers de travail pour sensibiliser les jeunes politiquement dans des hôtels cinq étoiles et des sites touristiques, où le séjour est assumé par le parti. « Ceci impose un lourd fardeau à notre budget, déjà minime », lâche Walid Sayed, qui dévoile que son parti a recours parfois à des dons versés par les membres du parti afin de ne pas perdre ces jeunes. Toutefois, le nombre de jeunes adhérants au parti du Rassemblement a atteint péniblement les 300 personnes.

Récemment, plusieurs centaines de jeunes ont participé à des manifestations organisées contre le pouvoir et la politique du gouvernement. « C’est parce que nous ne trouvons pas d’autres moyens pour exprimer notre colère », lance Bahaa Mahmoud, un jeune qui a obtenu sa licence de la faculté des lettres il y a 5 ans et qui ne trouve pas d’emploi. Il a participé aux manifs, cependant il refuse d’adhérer à un parti d’opposition. « L’opposition en Egypte c’est de l’encre sur papier. Sa priorité est d’accéder au pouvoir. Ils ne s’intéressent pas à nos problèmes, nous les jeunes. Ils se justifient souvent par l’hégémonie du PND pour ne pas dévoiler leur faiblesse. La preuve en est que les Frères musulmans lancent sans cesse des projets sociaux malgré les contraintes que les autorités leur imposent », s’insurge-t-il. En effet, la situation sur la scène politique égyptienne est plus que désolante. D’un côté, il y a le PND avec son hégémonie, de l’autre des partis d’opposition affaiblis et déchirés par les conflits internes. « Il existe aujourd’hui 24 partis politiques en Egypte. Cependant, seul le PND peut attirer les jeunes. Certains jeunes craignent d’être sous la loupe de la sécurité s’ils sont membres d’un parti d’opposition ou de ne pas pouvoir facilement décrocher un emploi dans le secteur gouvernemental. D’autres sont convaincus qu’être membre du PND signifie la fin de leurs problèmes », affirme Ragab Hilal Hémeida, du parti d’Al-Ghad.

Tareq Hassan, responsable du site Internet du PND, fait la promotion du slogan de son parti : La Réforme politique ne se réalise qu’avec la sensibilisation des jeunes. « Nous avons aujourd’hui au PND 60 % de jeunes. Ce chiffre émane de la bonne politique qu’il adopte dans le domaine de la jeunesse. Le parti a créé le petit Parlement pour leur donner l’occasion de traiter les événements politiques parallèlement à l’Assemblée du peuple, sans compter les camps d’été à prix réduits où un haut responsable les rencontre et où on échange des opinions ». Des camps d’été qui, après visite, ont pour seul objectif le divertissement, bien loin des débats politiques inhérents à une démocratie .

Héba Nasreddine

 

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