Sondage .
Une enquête réalisée par le Centre d’informations et de
prise de décisions du Conseil des ministres montre l’absence
de culture politique chez les jeunes.
Les jeunes boudent la politique
Ils étaient 925 jeunes âgés de 18 à 35 ans et représentatifs
de la société à faire partie de ce sondage réalisé par le
centre d’informations et de prise de décisions du Conseil
des ministres. Le sondage, réalisé en février dernier, avait
pour objectif de mesurer le degré de participation des
jeunes à la vie politique et leur connaissance dans ce
domaine. Les résultats qui viennent d’être publiés sont
étonnants. Seul 1 % des jeunes connaissent le nombre de
partis politiques en Egypte. 7 % sont membres de partis
politiques (notamment le Parti National Démocrate, PND, au
pouvoir, qui rallie l’écrasante majorité). En réponse à la
question : Quel est le rôle que les partis politiques
doivent accomplir dans le domaine du développement ? 20 %
des jeunes indiquent que c’est la lutte contre le chômage.
18 % estiment que c’est la hausse des prix et 5 % pensent
que c’est la protection sociale. 4 % réclament une
amélioration du système éducatif. Deux tiers des jeunes,
soit 61 %, n’ont jamais pensé devenir membre d’un parti
politique, quelle que soit sa tendance. Toutefois, près de
30 % se déclarent prêts à adhérer aux partis. En ce qui
concerne les raisons de non adhésion aux partis politiques :
41 % des jeunes affirment que c’est à cause du manque de
temps. 24 % ne s’intéressent pas à la politique, 6 % pensent
que les partis ne jouent pas de rôle efficace dans la
société. 5 % des femmes refusent l’exercice de la politique
parce que leurs traditions ne le leur permettent pas. 5 % ne
sont pas sensibilisés aux activités des partis et 22 % ne
donnent aucune raison.
Ces chiffres révèlent un état de désintérêt total par
rapport à la politique chez cette catégorie des jeunes âgés
entre 18 et 35 ans. Cette catégorie représente 33 % de la
population. « Il y a un dicton qui dit Qui a faim ne fait
pas de politique. Ce dicton est parfaitement approprié pour
expliquer cette indifférence des jeunes par rapport à la
politique. Avec un taux de chômage élevé et la pauvreté qui
sévit, les jeunes ont d’autres préoccupations que de faire
de la politique. Les jeunes sont accablés par les multiples
crises économiques et les problèmes sociaux comme la hausse
des prix incessante et le chômage », analyse Amr Hachem
Rabie, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et
Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Mais cela n’explique pas
tout. Certains pays pauvres ont en effet connu une évolution
démocratique positive. « Le problème en Egypte est que le
climat général n’est pas de nature à inciter les gens à
faire de la politique, qu’ils soient jeunes ou pas.
L’hégémonie exercée par le PND sur la vie politique et les
entraves posées aux partis d’opposition y sont pour beaucoup
», explique Walid Sayed, secrétaire des jeunes au parti du
Rassemblement. Les partis d’opposition ne sont pas en mesure
d’organiser des réunions populaires ni de lancer des projets
en faveur des jeunes.
Une sensibilisation qui coûte cher
Pour surmonter cet obstacle, le parti du Rassemblement a eu
recours à une initiative qui lui coûte cher. Il organise des
stages et des ateliers de travail pour sensibiliser les
jeunes politiquement dans des hôtels cinq étoiles et des
sites touristiques, où le séjour est assumé par le parti. «
Ceci impose un lourd fardeau à notre budget, déjà minime »,
lâche Walid Sayed, qui dévoile que son parti a recours
parfois à des dons versés par les membres du parti afin de
ne pas perdre ces jeunes. Toutefois, le nombre de jeunes
adhérants au parti du Rassemblement a atteint péniblement
les 300 personnes.
Récemment, plusieurs centaines de jeunes ont participé à des
manifestations organisées contre le pouvoir et la politique
du gouvernement. « C’est parce que nous ne trouvons pas
d’autres moyens pour exprimer notre colère », lance Bahaa
Mahmoud, un jeune qui a obtenu sa licence de la faculté des
lettres il y a 5 ans et qui ne trouve pas d’emploi. Il a
participé aux manifs, cependant il refuse d’adhérer à un
parti d’opposition. « L’opposition en Egypte c’est de
l’encre sur papier. Sa priorité est d’accéder au pouvoir.
Ils ne s’intéressent pas à nos problèmes, nous les jeunes.
Ils se justifient souvent par l’hégémonie du PND pour ne pas
dévoiler leur faiblesse. La preuve en est que les Frères
musulmans lancent sans cesse des projets sociaux malgré les
contraintes que les autorités leur imposent »,
s’insurge-t-il. En effet, la situation sur la scène
politique égyptienne est plus que désolante. D’un côté, il y
a le PND avec son hégémonie, de l’autre des partis
d’opposition affaiblis et déchirés par les conflits
internes. « Il existe aujourd’hui 24 partis politiques en
Egypte. Cependant, seul le PND peut attirer les jeunes.
Certains jeunes craignent d’être sous la loupe de la
sécurité s’ils sont membres d’un parti d’opposition ou de ne
pas pouvoir facilement décrocher un emploi dans le secteur
gouvernemental. D’autres sont convaincus qu’être membre du
PND signifie la fin de leurs problèmes », affirme Ragab
Hilal Hémeida, du parti d’Al-Ghad.
Tareq Hassan, responsable du site Internet du PND, fait la
promotion du slogan de son parti : La Réforme politique ne
se réalise qu’avec la sensibilisation des jeunes. « Nous
avons aujourd’hui au PND 60 % de jeunes. Ce chiffre émane de
la bonne politique qu’il adopte dans le domaine de la
jeunesse. Le parti a créé le petit Parlement pour leur
donner l’occasion de traiter les événements politiques
parallèlement à l’Assemblée du peuple, sans compter les
camps d’été à prix réduits où un haut responsable les
rencontre et où on échange des opinions ». Des camps d’été
qui, après visite, ont pour seul objectif le divertissement,
bien loin des débats politiques inhérents à une démocratie .
Héba
Nasreddine