Sécurité.
Le gouvernement cherche à contrôler les nuisances provoquées
par les jeunes opposants qui trouvent dans l’Internet et les
SMS des moyens d’expression rassembleurs.
Le casse-tête du high-tech
Simple
procédure de routine ou principe de précaution ? Les usagers
de téléphone portable ont été surpris cette semaine par un
SMS inhabituel : « Veuillez nous contacter au plus vite pour
mettre à jour les informations vous regardant ». Les usagers
sont priés de le faire « dans les plus brefs délais » sous
peine de se voir couper leurs lignes. Chez l’un des
opérateurs de téléphonie portable, on affirme que ces
messages ont été envoyés « sur ordre de l’Organisme des
télécommunications » afin de vérifier les informations
personnelles des usagers qui comprennent des erreurs ou des
imprécisions. Une décision qui intervient quelques jours
seulement après un nouvel appel à la grève générale le 4 mai
lancé sur Internet par un groupe d’activistes ralliés par
des militants du mouvement d’opposition Kéfaya afin de
protester contre la hausse des prix des denrées alimentaires
et la détérioration des conditions économiques (voir aussi
p. 6). Il s’agit en fait du deuxième appel à la grève après
celui du 6 avril (lancé par les mêmes protagonistes) et qui
avait donné lieu à des accrochages entre manifestants et
forces de l’ordre dans la ville industrielle de Mahallah.
Cet appel à la grève avait été diffusé sur Internet et par
SMS.
La décision de vérifier les informations personnelles des
usagers est a priori une mesure de précaution qui donne aux
appareils de sécurité la possibilité de poursuivre les «
incitateurs à la grève ». Les données relatives aux usagers
des téléphones portables sont en effet loin d’être
complètes. Quiconque, notamment les mineurs sans papiers
d’identité, peut en effet acheter une ligne de portable au
nom d’une autre personne. Or, l’Etat cherche à contrôler les
portables et Internet, devenus une source de nuisance. « La
stratégie de l’Etat consiste d’une part à renforcer le
contrôle direct sur ces moyens de communication et d’autre
part à faire peur aux usagers qui se joignent à des
mouvements de grève en brandissant l’épouvantail de la
prison », analyse Diaa Rachwan, chercheur au Centre des
Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Le cas
d’Israa Abdel-Fattah, cette jeune fille de 28 ans, qui avait
lancé l’appel à la grève du 6 avril sur le site Facebook est
frappant. Accusée « d’incitation aux troubles », elle a été
arrêtée et placée en détention pendant 18 jours avant d’être
finalement libérée par les services de sécurité après que sa
mère en avait fait la demande directement au président de la
République. « Je ne recommencerai plus ce genre de chose
pour ne pas inquiéter ma famille qui s’est battue pour
obtenir ma libération », a déclaré Israa après sa
libération. Outre Israa, six usagers du Facebook avaient été
arrêtés à l’issue de la grève du 6 avril. George Ishaq, un
des fondateurs du mouvement Kéfaya, avait lui aussi été
inculpé d’incitation à la violence et a été détenu pendant
deux jours.
Mesures de rétorsion
Les jeunes internautes égyptiens trouvent dans le Facebook,
les blogs et autres sites personnels, de nouvelles formes de
contestation. Slogan anti-gouvernement, affiches aux allures
révolutionnaires et appels au boycot de la presse
gouvernementale et des transports publics, circulent sur ces
sites qui reçoivent la visite de dizaines de milliers d’Egyptiens.
« Nous ne sommes pas un mouvement politique coordonné. Nous
sommes seulement des Egyptiens qui ont envie de liberté et
n’ont plus confiance dans ce gouvernement. Nous perdrons si
nous nous unifions. Le gouvernement égyptien est plus fort
que n’importe quel mouvement organisé. Il est facile de
corrompre des chefs, mais face à une multitude de petits
groupes indépendants, il ne pourra rien faire » affirme
Al-Masri, qui dirige un groupe sur le Facebook. Et
d’expliquer : « Pour le 6 avril, il y a eu en quelques
semaines 64 000 Egyptiens qui se sont inscrits sur le
Facebook et le mouvement de protestation a été suivi d’une
manière sporadique à travers le pays ». Un potentiel de
mobilisation incroyable qui inquiète les autorités. Les
internautes égyptiens craignent désormais des mesures de
rétorsion par le gouvernement avant la grève du 4 mai.
« Il n’est pas exclu que le gouvernement coupe Internet ce
jour-là ou donne des instructions aux fournisseurs d’accès
pour ralentir le réseau. Je crois aussi que le gouvernement
a mis la pression sur ces derniers pour ne pas distribuer de
photos et de vidéos des manifestions », affirme Khaled
Gouda, un des activistes sur le Facebook.
D’autres craignent que l’Etat ait recours à une nouvelle
réglementation à l’égard des fournisseurs d’accès, à
l’instar de celle qui a été établie pour les chaînes
satellites, afin de resserrer l’étau autour de cette
nouvelle forme d’opposition. « L’Etat viole tous les
principes de protection de la vie privée des citoyens »,
dénonce Bahieddine Hassan, directeur du centre du Caire pour
les études des droits de l’homme. L’organisation
Journalistes sans frontières a placé l’Egypte, avec 12
autres pays, sur sa liste noire à cause des violations de la
liberté d’expression sur Internet .
Ola
Hamdi