Al-Ahram Hebdo, Egypte | Le casse-tête du high-tech
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 30 avril au 4 mai 2008, numéro 712

 

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Egypte

Sécurité. Le gouvernement cherche à contrôler les nuisances provoquées par les jeunes opposants qui trouvent dans l’Internet et les SMS des moyens d’expression rassembleurs.

Le casse-tête du high-tech

Simple procédure de routine ou principe de précaution ? Les usagers de téléphone portable ont été surpris cette semaine par un SMS inhabituel : « Veuillez nous contacter au plus vite pour mettre à jour les informations vous regardant ». Les usagers sont priés de le faire « dans les plus brefs délais » sous peine de se voir couper leurs lignes. Chez l’un des opérateurs de téléphonie portable, on affirme que ces messages ont été envoyés « sur ordre de l’Organisme des télécommunications » afin de vérifier les informations personnelles des usagers qui comprennent des erreurs ou des imprécisions. Une décision qui intervient quelques jours seulement après un nouvel appel à la grève générale le 4 mai lancé sur Internet par un groupe d’activistes ralliés par des militants du mouvement d’opposition Kéfaya afin de protester contre la hausse des prix des denrées alimentaires et la détérioration des conditions économiques (voir aussi p. 6). Il s’agit en fait du deuxième appel à la grève après celui du 6 avril (lancé par les mêmes protagonistes) et qui avait donné lieu à des accrochages entre manifestants et forces de l’ordre dans la ville industrielle de Mahallah. Cet appel à la grève avait été diffusé sur Internet et par SMS.

La décision de vérifier les informations personnelles des usagers est a priori une mesure de précaution qui donne aux appareils de sécurité la possibilité de poursuivre les « incitateurs à la grève ». Les données relatives aux usagers des téléphones portables sont en effet loin d’être complètes. Quiconque, notamment les mineurs sans papiers d’identité, peut en effet acheter une ligne de portable au nom d’une autre personne. Or, l’Etat cherche à contrôler les portables et Internet, devenus une source de nuisance. « La stratégie de l’Etat consiste d’une part à renforcer le contrôle direct sur ces moyens de communication et d’autre part à faire peur aux usagers qui se joignent à des mouvements de grève en brandissant l’épouvantail de la prison », analyse Diaa Rachwan, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Le cas d’Israa Abdel-Fattah, cette jeune fille de 28 ans, qui avait lancé l’appel à la grève du 6 avril sur le site Facebook est frappant. Accusée « d’incitation aux troubles », elle a été arrêtée et placée en détention pendant 18 jours avant d’être finalement libérée par les services de sécurité après que sa mère en avait fait la demande directement au président de la République. « Je ne recommencerai plus ce genre de chose pour ne pas inquiéter ma famille qui s’est battue pour obtenir ma libération », a déclaré Israa après sa libération. Outre Israa, six usagers du Facebook avaient été arrêtés à l’issue de la grève du 6 avril. George Ishaq, un des fondateurs du mouvement Kéfaya, avait lui aussi été inculpé d’incitation à la violence et a été détenu pendant deux jours.

 

Mesures de rétorsion

Les jeunes internautes égyptiens trouvent dans le Facebook, les blogs et autres sites personnels, de nouvelles formes de contestation. Slogan anti-gouvernement, affiches aux allures révolutionnaires et appels au boycot de la presse gouvernementale et des transports publics, circulent sur ces sites qui reçoivent la visite de dizaines de milliers d’Egyptiens. « Nous ne sommes pas un mouvement politique coordonné. Nous sommes seulement des Egyptiens qui ont envie de liberté et n’ont plus confiance dans ce gouvernement. Nous perdrons si nous nous unifions. Le gouvernement égyptien est plus fort que n’importe quel mouvement organisé. Il est facile de corrompre des chefs, mais face à une multitude de petits groupes indépendants, il ne pourra rien faire » affirme Al-Masri, qui dirige un groupe sur le Facebook. Et d’expliquer : « Pour le 6 avril, il y a eu en quelques semaines 64 000 Egyptiens qui se sont inscrits sur le Facebook et le mouvement de protestation a été suivi d’une manière sporadique à travers le pays ». Un potentiel de mobilisation incroyable qui inquiète les autorités. Les internautes égyptiens craignent désormais des mesures de rétorsion par le gouvernement avant la  grève du 4 mai. « Il n’est pas exclu que le gouvernement coupe Internet ce jour-là ou donne des instructions aux fournisseurs d’accès pour ralentir le réseau. Je crois aussi que le gouvernement a mis la pression sur ces derniers pour ne pas distribuer de photos et de vidéos des manifestions », affirme Khaled Gouda, un des activistes sur le Facebook.

D’autres craignent que l’Etat ait recours à une nouvelle réglementation à l’égard des fournisseurs d’accès, à l’instar de celle qui a été établie pour les chaînes satellites, afin de resserrer l’étau autour de cette nouvelle forme d’opposition. « L’Etat viole tous les principes de protection de la vie privée des citoyens », dénonce Bahieddine Hassan, directeur du centre du Caire pour les études des droits de l’homme. L’organisation Journalistes sans frontières a placé l’Egypte, avec 12 autres pays, sur sa liste noire à cause des violations de la liberté d’expression sur Internet .

Ola Hamdi

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3 questions à
Une source au ministère de l’Intérieur,
ayant requis l’anonymat, explique la politique du gouvernement à l’égard des jeunes opposants opérant sur Internet.

« Nous sommes pour une liberté responsable »

Al-Ahram Hebdo : L’organisation Journalistes sans frontières a placé l’Egypte parmi les pays qui violent le plus la liberté d’expression sur Internet. Comment justifiez-vous l’arrestation de plusieurs internautes notamment Israa Abdel-Fattah qui a passé 18 jours en détention ?

La source sécuritaire : Ces personnes dont vous parlez ont été arrêtées pour incitation aux troubles. C’est un délit puni par la loi. Nous ne sommes pas contre le droit de grève qui est garanti par la loi. Mais il y a une différence entre un appel à la grève par les ouvriers et un appel au soulèvement et aux troubles. Ce sont deux choses totalement différentes. Il y a eu plusieurs grèves dans les milieux ouvriers ces derniers mois et personne n’a rien dit car ces grèves ont été organisées par les ouvriers de manière légale.

— Mais doit-on punir et mettre en prison pour avoir  exprimé une opinion ?

— Vous parlez de liberté. Mais permettez-moi de vous dire que la liberté doit être exercée de manière responsable. De nombreux jeunes se retrouvent sur le site du Facebook et autres blogs parce que c’est simplement devenu une mode. Ils se laissent entraîner et manipuler par des personnes qui se trouvent sur le réseau et dont on ignore tout. C’est là le danger.

— Est-il vrai que le ministère de l’Intérieur s’oriente vers un contrôle direct de l’Internet et des téléphones portables pour resserrer l’étau sur ces jeunes qui opèrent sur le net ?

— Il est difficile de contrôler le Net. Cependant nous voulons sensibiliser les jeunes. Les parents ne doivent pas laisser leurs enfants opérer sur de tels sites. Ce fut le cas d’Israa Abdel-Fattah. Nous appelons donc les familles à contrôler leurs enfants .

Propos recueillis par Chérine Abdel-Azim

 




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