Protestation.
De jeunes activistes sur Internet, ralliés par le mouvement
d’opposition Kéfaya, ont lancé un nouvel appel à la grève
générale le 4 mai, contre les mauvaises conditions
économiques.
Remake pour le 4 mai
Le
gouvernement vient à peine d’en finir avec la grève du 6
avril et les événements de Mahalla qu’un nouvel appel à la
grève générale est lancé. Le scénario est presque le même.
Comme le 6 avril, ce sont de jeunes activistes réunis sur
Internet qui lancent l’appel. Objectif : poursuivre le
mouvement de protestation contre la hausse des prix et la
détérioration des conditions de vie des citoyens. L’appel
est rapidement repris par le mouvement d’opposition Kéfaya.
Et cette fois-ci c’est la date symbolique du 4 mai (qui
marque l’anniversaire du président de la République) qui a
été choisie. « Nous devons maintenir la pression sur le
gouvernement pour qu’il reconsidère sa politique économique.
Nous appelons les Egyptiens à rester chez eux le 4 mai, à
porter des vêtements noirs en guise de deuil pour la
démocratie, à boycotter les moyens de transports publics et
à sortir ensuite dans des manifestations pacifiques », lance
Abdel-Wahab Al-Mésseiri, coordinateur général du mouvement
Kéfaya. En effet, l’Egypte a connu au cours des derniers
mois une hausse démesurée des prix des principales denrées
alimentaires comme l’huile, le riz et le sucre. Or, ces
hausses ne vont pas de pair avec les augmentations de
salaires. Cet appel à la grève intervient quelques semaines
seulement après celui du 6 avril. Bien que ce dernier ait
été peu suivi, il avait donné lieu à des accrochages dans la
ville de Mahalla entre des manifestants et les forces de
l’ordre. Accrochages qui ont fait deux morts et plusieurs
dizaines de blessés.
La plupart des partis d’opposition ont d’ores et déjà fait
savoir qu’ils n’y participeraient pas. Le parti du
Rassemblement, le néo-Wafd, le Parti nassérien ont
définitivement rejeté la possibilité de rallier cet appel à
la grève ou de le soutenir par n’importe quel moyen. « Nous
ne nous rejoignons pas à de tels appels lancés par des
anonymes. C’est de l’adolescence politique. Le parti du
Rassemblement possède une histoire, une idéologie, il ne se
mêlera pas à ce jeu incalculé », a affirmé Réfaat Al-Saïd,
président du parti du Rassemblement. Et d’ajouter que le
moteur de telles grèves doit être le peuple lui-même et non
pas des inconnus. « Qui appelle à cette grève ? Si l’on veut
y participer, avec qui peut-on négocier ? Avec des fantômes
? Les jeunes motivés par des slogans et qui manquent
d’expérience politique sont descendus dans la rue sans but
précis et la conséquence a été les événements tragiques de
Mahalla », déclare Al-Saïd. Même son de cloche au néo-Wafd.
Mounir Fakhri Abdel-Nour, secrétaire général du parti,
affirme qui cet appel est voué à l’échec puisqu’il ne part
pas d’une base solide ni de données politiques réalistes.
Ni le Rassemblement ni le néo-Wafd n’avaient participé à la
grève du 6 avril. Celle-ci était intervenue deux jours
seulement avant les élections municipales. Or, on sait qu’un
« marché » a été conclu entre l’Etat et les principaux
partis d’opposition (dont le Wafd et le Rassemblement),
conformément auquel le gouvernement a cédé à l’opposition
certains sièges aux municipales, en échange desquels cette
dernière s’est engagée à ne pas critiquer le déroulement des
élections. Outre le Rassemblement, et le Wafd, les Frères
musulmans ont affirmé qu’ils ne prendraient pas part à un
tel appel. Les Frères, engagés dans un bras de fer avec l’Etat
et faisant face à une campagne d’intimidation sans précédent
ne peuvent s’engager dans une telle grève qui risque de leur
coûter cher. « Nous ne sommes pas contre les grèves
pacifiques qui constituent une sorte de pression sur l’Etat
pour relancer la réforme politique et économique. Nous ne
sommes pas contre la participation à titre individuel des
membres de la confrérie à de telles grèves », s’est contenté
d’affirmer Abdel-Hamid Al-Ghazali, conseiller politique du
guide spirituel de la confrérie.
Seul le parti du Front démocratique (qui a décidé d’ouvrir
ses sièges pour des sit-in pacifiques) et le projet de parti
d’Al-Karama ont décidé de participer à la grève du 4 mai. «
Le peuple n’a plus d’autres choix. Il doit se battre pour
son gagne-pain et lutter contre le monopole du pouvoir. L’Etat
fait la sourde oreille et c’est pourquoi il faut lui
transmettre un message : l’Egypte appartient au peuple et
celui-ci n’abandonnera pas ses droits », lance Hamdine
Sabbahi d’Al-Karama.
Pour certains, les partis d’opposition ont perdu ce qui
reste de leur crédibilité en refusant de se joindre, même
symboliquement, au mouvement de contestation sociale. C’est
ce que pense Amr Al-Chobaki, chercheur au Centre des Etudes
Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. « Ces partis
font partie de la légitimité du régime. Ils appellent à
l’alternance pacifique du pouvoir à travers les élections
mais n’osent jamais se heurter au régime avec lequel ils
concluent des transactions de temps en temps », indique
Al-Chobaki.
L’appel à la grève le 4 mai pourrait ne pas être suivi. Mais
les derniers événements ont montré qu’il y avait désormais
un nouvel acteur sur la scène. Ce sont ces jeunes militants
qui opèrent sur Internet et qui forment un nouveau mouvement
de protestation qui prend de l’ampleur. « Ces groupes
d’activistes et les partis d’opposition appartiennent à deux
mondes tout à fait différents et c’est pourquoi il est
difficile qu’ils se rencontrent. Les partis d’opposition qui
n’ont pas de base populaire véritable craignent d’être
éclipsés par ces nouveaux groupes », pense Al-Chobaki.
Avis partagé par Nabil Abdel-Fattah, politologue, qui
conclut que les appels aux grèves du 6 avril et du 4 mai ont
ruiné l’image des partis d’opposition et dévoilé leur
faiblesse.
May
Al-Maghrabi