Al-Ahram Hebdo, Egypte | Remake pour le 4 mai
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 30 avril au 4 mai 2008, numéro 712

 

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Egypte

Protestation.  De jeunes activistes sur Internet, ralliés par le mouvement d’opposition Kéfaya, ont lancé un nouvel appel à la grève générale le 4 mai, contre les mauvaises conditions économiques.

Remake pour le 4 mai

Le gouvernement vient à peine d’en finir avec la grève du 6 avril et les événements de Mahalla qu’un nouvel appel à la grève générale est lancé. Le scénario est presque le même. Comme le 6 avril, ce sont de jeunes activistes réunis sur Internet qui lancent l’appel. Objectif : poursuivre le mouvement de protestation contre la hausse des prix et la détérioration des conditions de vie des citoyens. L’appel est rapidement repris par le mouvement d’opposition Kéfaya. Et cette fois-ci c’est la date symbolique du 4 mai (qui marque l’anniversaire du président de la République) qui a été choisie. « Nous devons maintenir la pression sur le gouvernement pour qu’il reconsidère sa politique économique. Nous appelons les Egyptiens à rester chez eux le 4 mai, à porter des vêtements noirs en guise de deuil pour la démocratie, à boycotter les moyens de transports publics et à sortir ensuite dans des manifestations pacifiques », lance Abdel-Wahab Al-Mésseiri, coordinateur général du mouvement Kéfaya. En effet, l’Egypte a connu au cours des derniers mois une hausse démesurée des prix des principales denrées alimentaires comme l’huile, le riz et le sucre. Or, ces hausses ne vont pas de pair avec les augmentations de salaires. Cet appel à la grève intervient quelques semaines seulement après celui du 6 avril. Bien que ce dernier ait été peu suivi, il avait donné lieu à des accrochages dans la ville de Mahalla entre des manifestants et les forces de l’ordre. Accrochages qui ont fait deux morts et plusieurs dizaines de blessés.

La plupart des partis d’opposition ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils n’y participeraient pas. Le parti du Rassemblement, le néo-Wafd, le Parti nassérien ont définitivement rejeté la possibilité de rallier cet appel à la grève ou de le soutenir par n’importe quel moyen. « Nous ne nous rejoignons pas à de tels appels lancés par des anonymes. C’est de l’adolescence politique. Le parti du Rassemblement possède une histoire, une idéologie, il ne se mêlera pas à ce jeu incalculé », a affirmé Réfaat Al-Saïd, président du parti du Rassemblement. Et d’ajouter que le moteur de telles grèves doit être le peuple lui-même et non pas des inconnus. « Qui appelle à cette grève ? Si l’on veut y participer, avec qui peut-on négocier ? Avec des fantômes ? Les jeunes motivés par des slogans et  qui manquent d’expérience politique sont descendus dans la rue sans but précis et la conséquence a été les événements tragiques de Mahalla », déclare Al-Saïd. Même son de cloche au néo-Wafd. Mounir Fakhri Abdel-Nour, secrétaire général du parti, affirme qui cet appel est voué à l’échec puisqu’il ne part pas d’une base solide ni de données politiques réalistes.

Ni le Rassemblement ni le néo-Wafd n’avaient participé à la grève du 6 avril. Celle-ci était intervenue deux jours seulement avant les élections municipales. Or, on sait qu’un « marché » a été conclu entre l’Etat et les principaux partis d’opposition (dont le Wafd et le Rassemblement), conformément auquel le gouvernement a cédé à l’opposition certains sièges aux municipales, en échange desquels cette dernière s’est engagée à ne pas critiquer le déroulement des élections. Outre le Rassemblement, et le Wafd, les Frères musulmans ont affirmé qu’ils ne prendraient pas part à un tel appel. Les Frères, engagés dans un bras de fer avec l’Etat et faisant face à une campagne d’intimidation sans précédent ne peuvent s’engager dans une telle grève qui risque de leur coûter cher. « Nous ne sommes pas contre les grèves pacifiques qui constituent une sorte de pression sur l’Etat pour relancer la réforme politique et économique. Nous ne sommes pas contre la participation à titre individuel des membres de la confrérie à de telles grèves », s’est contenté d’affirmer Abdel-Hamid Al-Ghazali, conseiller politique du guide spirituel de la confrérie.

Seul le parti du Front démocratique (qui a décidé d’ouvrir ses sièges pour des sit-in pacifiques) et le projet de parti d’Al-Karama ont décidé de participer à la grève du 4 mai. « Le peuple n’a plus d’autres choix. Il doit se battre pour son gagne-pain et lutter contre le monopole du pouvoir. L’Etat fait la sourde oreille et c’est pourquoi il faut lui transmettre un message : l’Egypte appartient au peuple et celui-ci n’abandonnera pas ses droits », lance Hamdine Sabbahi d’Al-Karama.

Pour certains, les partis d’opposition ont perdu ce qui reste de leur crédibilité en refusant de se joindre, même symboliquement, au mouvement de contestation sociale. C’est ce que pense Amr Al-Chobaki, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. « Ces partis font partie de la légitimité du régime. Ils appellent à l’alternance pacifique du pouvoir à travers les élections mais n’osent jamais se heurter au régime avec lequel ils concluent des transactions de temps en temps », indique Al-Chobaki.

L’appel à la grève le 4 mai pourrait ne pas être suivi. Mais les derniers événements ont montré qu’il y avait désormais un nouvel acteur sur la scène. Ce sont ces jeunes militants qui opèrent sur Internet et qui forment un nouveau mouvement de protestation qui prend de l’ampleur. « Ces groupes d’activistes et les partis d’opposition appartiennent à deux mondes tout à fait différents et c’est pourquoi il est difficile qu’ils se rencontrent. Les partis d’opposition qui n’ont pas de base populaire véritable craignent d’être éclipsés par ces nouveaux groupes », pense Al-Chobaki.

Avis partagé par Nabil Abdel-Fattah, politologue, qui conclut que les appels aux grèves du 6 avril et du 4 mai ont ruiné l’image des partis d’opposition et dévoilé leur faiblesse.

May Al-Maghrabi

 

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