Télécommunications .
Une deuxième société de téléphonie fixe devrait
prochainement entrer sur le marché, mettant fin au monopole
de l’opérateur public Telecom Egypt.
Du nouveau sur le marché
«
Trois nouvelles sociétés de télécommunications, la suédoise
Ericsson, la saoudienne Farah et la koweïtienne Nour ont
également acheté le cahier des charges de la deuxième ligne
de téléphone fixe. Le nombre de candidats est donc passé à
10 », a annoncé le 23 avril, Amr Badawi, président de
l’Organisme régulateur des télécommunications. La liste des
candidats comprend de grandes sociétés dans le domaine des
télécommunications telles que l’émiratie Etisalat,
l’égyptienne Alkan, et la saoudienne Atheeb.
Le lancement d’une deuxième licence de téléphonie fixe,
après 150 ans de monopole exercé par la société publique
Telecom Egypt (TE), ouvre la porte pour la première fois
dans ce domaine à une concurrence en faveur du consommateur.
« Contrairement à toutes les prévisions, TE sera le premier
bénéficiaire du lancement de la deuxième licence de
téléphonie fixe qui entraînera la hausse de ses revenus »,
assure Moustapha Al-Gabali, expert en télécommunications. «
Il sera très difficile au nouvel opérateur de créer de
nouvelles infrastructures pour créer des réseaux similaires
à ceux de TE. Et ce à cause de la hausse de leurs coûts qui
varient entre 10 et 15 milliards de L.E. Il sera donc obligé
au début de son activité de louer les infrastructures de TE
et d’essayer d’offrir une nouvelle qualité de services »,
renchérit-il.
Amr Badawi le confirme. « L’Organisme régulateur des
télécommunications va procurer à la nouvelle société les
facilités nécessaires pour offrir ses services même dans les
zones où il ne possède pas de réseaux, en louant les réseaux
de TE », souligne-t-il.
Créée en 1998 comme une société publique après avoir
remplacé l’Organisme national des télécommunications (Arento),
Telecom Egypt possède un large réseau d’infrastructures de
téléphone fixe couvrant les 28 gouvernorats de la
République. Il est le plus grand fournisseur de services de
téléphone fixe de la région de la MENA (Région Moyent-Orient
et Afrique du Nord) avec plus de 11,23 millions d’abonnés en
décembre 2007 en Egypte. La société offre aussi un large
éventail de services d’appels locaux, internationaux et
d’Internet. En 2006, elle a commencé à offrir les services
du téléphone mobile en achetant 44,5 % de Vodafone. Ses
profits nets ont augmenté de 4,4 % pour atteindre 2.5
milliards de L.E. en décembre 2007 suite à la hausse de ses
revenus de 5 % pour s’aligner à 10 milliards de L.E. « Cette
hausse revient en grande partie de l’augmentation des
revenus provenant de Vodafone (soit 45 %), alors que les
revenus des appels ne représentent que le tiers seulement »,
explique Mohamad Hamdi.
TE prend les devants
Pour attirer le maximum d’abonnés avant l’arrivée du second
opérateur, TE a lancé l’année dernière une large campagne de
réduction des frais de mise en fonctionnement du téléphone
fixe de plus de 75 %. « En 3 mois seulement, TE a réussi à
attirer 200 000 abonnés, soit la moitié du chiffre réalisé
en une année », souligne Mohamad Hamdi, un analyste de
télécoms auprès de la société de courtage CI Capital, qui
écarte toute idée de concurrence entre TE et le nouvel
opérateur à court terme. « La nouvelle société ne pourra
posséder que 3 % du marché du téléphone fixe jusqu’en 2011,
soit deux ans après son fonctionnement, car le nouvel
opérateur sera obligé d’offrir des prix compétitifs par
rapport à TE qui offre déjà des tarifs très réduits. Par
exemple, la première minute d’un téléphone fixe à un autre
fixe ne coûte que 6 piastres », commente-t-il, en ajoutant
que la nouvelle société devrait viser les régions isolées et
lointaines non couvertes par Telecom Egypt en créant des
réseaux sans fil. « Malheureusement, ces zones se
caractérisent par des niveaux de revenus très bas non
encourageants », souligne-t-il. Opinion partagée par Amr
Al-Alfi, directeur du département de recherches au sein de
la société CI Capital qui explique que « l’introduction de
la nouvelle société dans le domaine des appels
internationaux n’aura aucun effet sur TE. D’après la
licence, la nouvelle société va obtenir un portail pour les
appels internationaux qui ne servira que ses propres
clients. Ce qui pourra menacer TE, c’est la victoire de l’émiratie
Etisalat sur la licence. Car à ce moment-là, elle aura
l’avantage de présenter les deux services, portable et fixe
», avertit-il.
Le cahier des charges de la deuxième licence de téléphone
fixe comprend l’introduction de nouvelles technologies
telles que les services « Triple Play » permettant l’accès à
Internet, la TV et les communications à travers le téléphone
fixe. « Par l’introduction de ces services, les
institutions, les hôpitaux et les grandes sociétés seront
les clients de la nouvelle société dans la première phase de
fonctionnement et ensuite les particuliers qui seront
capables de payer les tarifs de ces services. Car le client
pourra télécharger les films à travers un appareil lié au
téléphone fixe au lieu de s’abonner aux chaînes satellites
qui coûtent cher », explique Al-Gabali, en ajoutant que ce
domaine représente notamment un champ de concurrence entre
TE, la nouvelle société et les chaînes satellites. Opinion
partagée par Nagui Anis, membre de la Chambre des
télécommunications auprès de l’Union égyptienne des
industries qui ajoute : « avec l’arrivée d’un nouvel
opérateur qui n’aura d’autre objectif que la hausse de ses
profits, la concurrence va engendrer une sorte de
libéralisation des tarifs de la souscription et des appels
locaux. Par exemple, la ligne coûte 1 500 L.E., alors
qu’elle se vend au client à 280 L.E. seulement. Donc, la
hausse des prix entraînera la hausse des revenus de la
société ».
Le 19 juin est la date fixée pour présenter les offres
techniques et financières des candidats. En attendant
l’arrivée du deuxième opérateur qui changera la face de la
téléphonie fixe dans le pays.
Gilane Magdi