Al-Ahram Hebdo, Economie |
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 30 avril au 4 mai 2008, numéro 712

 

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Economie

1er mai . A l’occasion de la Fête du travail, deux économistes passent au crible les causes de l’inflation et tentent d’apporter des solutions à la hausse effrénée du coût de la vie, notamment par l’augmentation de la prime sociale et du salaire minimum.


« Il faut indexer les primes annuelles sur le taux d’inflation »

Ragui Assaad, directeur régional du bureau du Conseil de la population pour la région Afrique du Nord et Asie de l’Ouest.

Al-Ahram Hebdo : La prime annuelle de 7 % appelée aussi prime sociale peut-elle être encore considérée comme un remède à la hausse du coût de la vie en Egypte ?

Ragui Assaad : Le problème en Egypte est que cette prime est fixe, malgré la variation du taux d’inflation d’une année à l’autre. Les années où l’inflation est inférieure à 7 %, les salaires réels, soit le pouvoir d’achat de ces salaires, augmentent alors que les années où l’inflation dépasse ce taux, comme aujourd’hui, les salaires réels diminuent malgré cette prime. Il faut indexer les primes annuelles sur le taux d’inflation sinon l’inflation continuera à affecter négativement le niveau de vie des citoyens. Dans la majorité des pays du monde, il y a une loi qui indexe cette prime appelée coût d’ajustement du niveau de vie à l’inflation.

— Certains économistes mettent en cause la façon dont le taux d’inflation est mesuré. Selon eux, même une indexation sur la prime annuelle ne serait pas révélatrice de son importance ...

— Le taux d’inflation officiel en Egypte a atteint 15 %. Indexer la prime sur ce taux est déjà un pas en avant. Mais je suis d’accord, il faut que le taux d’inflation soit plus crédible. Il ne faut pas que le gouvernement interfère dans son calcul. Dans la majorité des pays du monde, des organismes gouvernementaux sont chargés de mesurer le taux d’inflation, mais il existe des lois qui garantissent leur autonomie. Il ne faut pas que les organismes des statistiques suivent directement des organismes exécutifs.

— Chez nous, cette prime jouerait-elle donc un rôle politique plutôt qu’économique ?

— En fait, oui. On a fixé une prime dans la loi parce qu’il est politiquement plus facile d’avoir une prime fixe. Cela a épargné le gouvernement de rentrer dans des discussions qui accompagnent chaque changement de politique. Le terme même « prime sociale » est un terme politique. Elle devrait être nommée prime pour couvrir la hausse du coût de la vie. Cela doit être aussi son rôle.

— Certains estiment même que cette prime peut causer une hausse du taux d’inflation, puisqu’il s’agit d’une hausse des salaires non accompagnée d’une hausse de la productivité ...

— Cette prime s’applique surtout sur les fonctionnaires. Il est très difficile de mesurer la productivité de cette catégorie. Cependant, on peut ne pas indexer à 100 % les salaires et les prix, mais il faut un lien entre les deux. Par ailleurs, la hausse des salaires n’est pas la principale raison qui mène à la hausse du taux d’inflation. La Banque Centrale peut adopter des politiques monétaires qui permettent une baisse du taux d’inflation mais là, il ne s’agit pas de choix technique, mais plutôt politique. Il ne faut pas diminuer le taux d’inflation au détriment des salariés dont le salaire réel est en diminution.

— Quelles mesures préconisez-vous pour améliorer le niveau de vie des salariés en Egypte ?

— La hausse du salaire minimum est d’une grande importance. On ne peut pas fixer un salaire minimum et le garder sans le réviser pendant des décennies malgré la hausse du taux d’inflation. Mais il faut aussi faire attention à ce que le salaire minimum ne soit pas trop élevé pour ne pas affecter le taux d’emplois.

— Des responsables du Conseil suprême des salaires parlent d’un salaire minimum qui varie entre 350 et 400 L.E. par mois. Alors que certains économistes et syndicalistes parlent d’au moins 600 L.E. par mois. Quelle tranche se rapproche-t-elle de la réalité ?

— Je pense qu’il s’agit plutôt de la première tranche. Une hausse importante, non graduelle, du salaire minimum fera disparaître certains emplois. D’autres seront obligés de trouver un emploi dans le secteur informel. De plus, dans chaque famille, il y a plus d’une personne qui travaille. On parle de 1,5 personne par famille en moyenne. Avec un salaire minimum de 400 L.E. et deux personnes qui travaillent dans la famille, une famille de 5 personnes sera en dessus du seuil de pauvreté. Mais il faut réviser le salaire minimum périodiquement et l’indexer sur le taux d’inflation.

Propos recueillis par
 Marwa Hussein

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


« La loi sur la prime sociale doit être reformulée » 

Samir Radwan, directeur exécutif du Conseil égyptien de la concurrence.

Al-Ahram Hebdo : Le taux d’inflation a considérablement augmenté ces derniers mois. Le président de la République a promis une augmentation de la prime sociale de 20 à 25 % cette année. Est-ce la solution à la crise ?

Samir Radwan : Il faut au début expliquer que les prix ont suivi deux étapes pour atteindre ce niveau. Premièrement, ils ont connu une hausse suite à la crise de la grippe aviaire, puis suite à la hausse des prix des dérivés pétroliers. Mais le plus grave est la hausse des prix sans précédent des produits alimentaires au niveau mondial. Ces derniers ont enregistré au cours des trois dernières années une hausse de 380 % et dès le début de 2008, ils ont enregistré une hausse de 40 %. Le prix du baril de pétrole atteint aujourd’hui comme vous le savez 117 dollars. Il s’agit donc d’une véritable crise au niveau mondial qu’une simple augmentation d’une prime de 20 à 25 % ne pourra régler. C’est un calmant sur le court terme pour éviter que le niveau de vie du citoyen ne baisse de manière soudaine. Mais, sur le long terme, cette solution engendrera des effets néfastes.

— Selon vous, faudrait-il remettre à plat cette loi relative à la prime sociale ?

— La prime annuelle ne doit pas être décidée au hasard. Il est vrai que la loi sur le travail implique une prime annuelle de 7 %. Mais pourquoi pas 5 % ou 10 %. La loi doit être reformulée. Il faut plutôt créer un conseil des salaires regroupant tous les concernés, les employeurs, le gouvernement et les syndicats des ouvriers pour décider du pourcentage de cette prime annuelle d’après les conditions du marché et le taux d’inflation. On ne doit pas attendre chaque année que le président le précise.

— Ne craignez-vous pas qu’une augmentation de cette prime n’entraîne plus d’inflation ?

— C’est vrai. Une prime supplémentaire de 20 % veut dire plus de dépenses. Et par conséquent, les prix augmenteront davantage. D’autre part, cette prime pèsera sur le budget du gouvernement et gonflera le déficit du budget. Et cela également mènera à la hausse des prix. C’est un cercle vicieux. Il faut plutôt un regard plus global pour pouvoir résoudre le problème, d’autant plus que la Banque mondiale, la FAO et les agences spécialisées assurent que cette crise durera, notamment à cause de la spéculation de certaines entreprises sur les produits agricoles.

— Qu’entendez-vous par « regard plus global » ?

— Il faut élaborer une stratégie à long terme et cela nécessite de réaliser certaines conditions. Premièrement, il faut assurer la sécurité alimentaire et formuler une politique pour les salaires. Par exemple, quand le blé était moins cher sur le niveau international, nous avons décidé de l’importer et d’exporter d’autres produits plus chers. Maintenant, le blé nous coûte très cher, il faut donc commencer à le cultiver en Egypte comme on le faisait à l’ère des Romains. Les paysans ont commencé à le faire. La superficie cultivée en blé a augmenté de 3,5 millions de feddans cette année. On doit également cultiver les terrains de la Nouvelle Vallée.

Deuxièmement, il faut élaborer une politique précise et bien étudiée pour la hausse des salaires. Il faut augmenter les revenus des citoyens d’une manière constante et n’engendrant pas des effets inflationnistes supplémentaires. Et cela ne se réalisera qu’à travers la hausse de la productivité de l’économie égyptienne. Il existe donc deux défis nécessaires à surmonter : la sécurité alimentaire et la hausse de la productivité de l’économie.

— Le salaire minimum varie d’une source à une autre, quelques experts et le Conseil supérieur des salaires le situent à 250 ou 350 L.E., alors que le Syndicat des ouvriers préconise 600 L.E. Quel est, selon vous, et quel devrait être le salaire minimum en Egypte ?

— Oui, j’ai entendu parler d’un minimum variant entre 250 et 350 L.E. et vraiment ça, c’est ridicule. Le salaire de la sixième classe des fonctionnaires, la plus basse dans le pays, a atteint selon la loi 84, 266 L.E. Le salaire minimum ne doit pas être calculé spontanément. Il doit par contre être calculé selon le seuil de pauvreté. C’est le système appliqué dans les 140 pays qui appliquent un salaire minimum. Et en Egypte, pour ne pas descendre en dessous du seuil de pauvreté, le revenu du citoyen devrait être de 1 840 L.E par an, c’est-à-dire 155 L.E. par mois. Donc si on parle d’une famille composée de 4 personnes, le salaire minimum mensuel de cette famille ne doit pas être inférieur à 620 L.E. Mais, il ne faut pas non plus le multiplier par plus de 4 pour ne pas donner une carte blanche aux citoyens de faire plus d’enfants. Je crois que le président va trancher l’affaire lors de la Fête du travail.

— La fixation d’un salaire minimum ne mènera-t-elle pas à une hausse du taux de chômage ?

— Peut-être. Mais cela ne se produira pas à cause de la fixation d’un salaire minimum, mais plutôt à cause de la hausse des salaires des autres catégories de fonctionnaires. Si on augmente le salaire minimum de la sixième catégorie par exemple, cela entraînera une augmentation en chaîne des autres catégories, et c’est ça le vrai fardeau. C’est ainsi que le gouvernement doit être très prudent et doit élaborer un système de salaires très structuré. Il ne faut pas traiter cette question de la même manière avec laquelle on a traité la question des subventions .

Propos recueillis par
Névine
Kamel

 

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