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« Il faut indexer les primes annuelles sur
le
taux d’inflation »
Ragui
Assaad,
directeur régional du bureau du Conseil de la population
pour la région Afrique du Nord et Asie de l’Ouest.
Al-Ahram Hebdo : La prime annuelle de 7 % appelée aussi
prime sociale peut-elle être encore considérée comme un
remède à la hausse du coût de la vie en Egypte ?
Ragui Assaad :
Le problème en Egypte est que cette prime est fixe, malgré
la variation du taux d’inflation d’une année à l’autre. Les
années où l’inflation est inférieure à 7 %, les salaires
réels, soit le pouvoir d’achat de ces salaires, augmentent
alors que les années où l’inflation dépasse ce taux, comme
aujourd’hui, les salaires réels diminuent malgré cette
prime. Il faut indexer les primes annuelles sur le taux
d’inflation sinon l’inflation continuera à affecter
négativement le niveau de vie des citoyens. Dans la majorité
des pays du monde, il y a une loi qui indexe cette prime
appelée coût d’ajustement du niveau de vie à l’inflation.
— Certains économistes mettent en cause la façon dont le
taux d’inflation est mesuré. Selon eux, même une indexation
sur la prime annuelle ne serait pas révélatrice de son
importance ...
— Le taux d’inflation officiel en Egypte a atteint 15 %.
Indexer la prime sur ce taux est déjà un pas en avant. Mais
je suis d’accord, il faut que le taux d’inflation soit plus
crédible. Il ne faut pas que le gouvernement interfère dans
son calcul. Dans la majorité des pays du monde, des
organismes gouvernementaux sont chargés de mesurer le taux
d’inflation, mais il existe des lois qui garantissent leur
autonomie. Il ne faut pas que les organismes des
statistiques suivent directement des organismes exécutifs.
— Chez nous, cette prime jouerait-elle donc un rôle
politique plutôt qu’économique ?
— En fait, oui. On a fixé une prime dans la loi parce qu’il
est politiquement plus facile d’avoir une prime fixe. Cela a
épargné le gouvernement de rentrer dans des discussions qui
accompagnent chaque changement de politique. Le terme même «
prime sociale » est un terme politique. Elle devrait être
nommée prime pour couvrir la hausse du coût de la vie. Cela
doit être aussi son rôle.
— Certains estiment même que cette prime peut causer une
hausse du taux d’inflation, puisqu’il s’agit d’une hausse
des salaires non accompagnée d’une hausse de la productivité
...
— Cette prime s’applique surtout sur les fonctionnaires. Il
est très difficile de mesurer la productivité de cette
catégorie. Cependant, on peut ne pas indexer à 100 % les
salaires et les prix, mais il faut un lien entre les deux.
Par ailleurs, la hausse des salaires n’est pas la principale
raison qui mène à la hausse du taux d’inflation. La Banque
Centrale peut adopter des politiques monétaires qui
permettent une baisse du taux d’inflation mais là, il ne
s’agit pas de choix technique, mais plutôt politique. Il ne
faut pas diminuer le taux d’inflation au détriment des
salariés dont le salaire réel est en diminution.
— Quelles mesures préconisez-vous pour améliorer le niveau
de vie des salariés en Egypte ?
— La hausse du salaire minimum est d’une grande importance.
On ne peut pas fixer un salaire minimum et le garder sans le
réviser pendant des décennies malgré la hausse du taux
d’inflation. Mais il faut aussi faire attention à ce que le
salaire minimum ne soit pas trop élevé pour ne pas affecter
le taux d’emplois.
— Des responsables du Conseil suprême des salaires parlent
d’un salaire minimum qui varie entre 350 et 400 L.E. par
mois. Alors que certains économistes et syndicalistes
parlent d’au moins 600 L.E. par mois. Quelle tranche se
rapproche-t-elle de la réalité ?
— Je pense qu’il s’agit plutôt de la première tranche. Une
hausse importante, non graduelle, du salaire minimum fera
disparaître certains emplois. D’autres seront obligés de
trouver un emploi dans le secteur informel. De plus, dans
chaque famille, il y a plus d’une personne qui travaille. On
parle de 1,5 personne par famille en moyenne. Avec un
salaire minimum de 400 L.E. et deux personnes qui
travaillent dans la famille, une famille de 5 personnes sera
en dessus du seuil de pauvreté. Mais il faut réviser le
salaire minimum périodiquement et l’indexer sur le taux
d’inflation.
Propos recueillis par
Marwa Hussein
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«
La loi sur la prime sociale doit être reformulée »
Samir
Radwan,
directeur exécutif du Conseil égyptien
de la concurrence.
Al-Ahram
Hebdo : Le taux d’inflation a considérablement augmenté ces
derniers mois. Le président de la République a promis une
augmentation de la prime sociale de 20 à 25 % cette année.
Est-ce la solution à la crise ?
Samir Radwan :
Il faut au début expliquer que les prix ont suivi deux
étapes pour atteindre ce niveau. Premièrement, ils ont connu
une hausse suite à la crise de la grippe aviaire, puis suite
à la hausse des prix des dérivés pétroliers. Mais le plus
grave est la hausse des prix sans précédent des produits
alimentaires au niveau mondial. Ces derniers ont enregistré
au cours des trois dernières années une hausse de 380 % et
dès le début de 2008, ils ont enregistré une hausse de 40 %.
Le prix du baril de pétrole atteint aujourd’hui comme vous
le savez 117 dollars. Il s’agit donc d’une véritable crise
au niveau mondial qu’une simple augmentation d’une prime de
20 à 25 % ne pourra régler. C’est un calmant sur le court
terme pour éviter que le niveau de vie du citoyen ne baisse
de manière soudaine. Mais, sur le long terme, cette solution
engendrera des effets néfastes.
— Selon vous, faudrait-il remettre à plat cette loi relative
à la prime sociale ?
— La prime annuelle ne doit pas être décidée au hasard. Il
est vrai que la loi sur le travail implique une prime
annuelle de 7 %. Mais pourquoi pas 5 % ou 10 %. La loi doit
être reformulée. Il faut plutôt créer un conseil des
salaires regroupant tous les concernés, les employeurs, le
gouvernement et les syndicats des ouvriers pour décider du
pourcentage de cette prime annuelle d’après les conditions
du marché et le taux d’inflation. On ne doit pas
attendre chaque année que le
président le précise.
— Ne craignez-vous pas qu’une augmentation de cette prime
n’entraîne plus d’inflation ?
— C’est vrai. Une prime supplémentaire de 20 % veut dire
plus de dépenses. Et par conséquent, les prix augmenteront
davantage. D’autre part, cette prime pèsera sur le budget du
gouvernement et gonflera le déficit du budget. Et cela
également mènera à la hausse des prix. C’est un cercle
vicieux. Il faut plutôt un regard plus global pour pouvoir
résoudre le problème, d’autant plus que la Banque mondiale,
la FAO et les agences spécialisées assurent que cette crise
durera, notamment à cause de la spéculation de certaines
entreprises sur les produits agricoles.
— Qu’entendez-vous par « regard plus global » ?
— Il faut élaborer une stratégie à long terme et cela
nécessite de réaliser certaines conditions. Premièrement, il
faut assurer la sécurité alimentaire et formuler une
politique pour les salaires. Par exemple, quand le blé était
moins cher sur le niveau international, nous avons décidé de
l’importer et d’exporter d’autres produits plus chers.
Maintenant, le blé nous coûte très cher, il faut donc
commencer à le cultiver en Egypte comme on le faisait à
l’ère des Romains. Les paysans ont commencé à le faire. La
superficie cultivée en blé a augmenté de 3,5 millions de
feddans cette année. On doit
également cultiver les terrains de la Nouvelle Vallée.
Deuxièmement, il faut élaborer une politique précise et bien
étudiée pour la hausse des salaires. Il faut augmenter les
revenus des citoyens d’une manière constante et n’engendrant
pas des effets inflationnistes supplémentaires. Et cela ne
se réalisera qu’à travers la hausse de la productivité de
l’économie égyptienne. Il existe donc deux défis nécessaires
à surmonter : la sécurité alimentaire et la hausse de la
productivité de l’économie.
— Le salaire minimum varie d’une source à une autre,
quelques experts et le Conseil supérieur des salaires le
situent à 250 ou 350 L.E., alors que le Syndicat des
ouvriers préconise 600 L.E. Quel est, selon vous, et quel
devrait être le salaire minimum en Egypte ?
— Oui, j’ai entendu parler d’un minimum variant entre 250 et
350 L.E. et vraiment ça, c’est ridicule. Le salaire de la
sixième classe des fonctionnaires, la plus basse dans le
pays, a atteint selon la loi 84, 266 L.E. Le salaire minimum
ne doit pas être calculé spontanément. Il doit par contre
être calculé selon le seuil de pauvreté. C’est le système
appliqué dans les 140 pays qui appliquent un salaire
minimum. Et en Egypte, pour ne pas descendre en dessous du
seuil de pauvreté, le revenu du citoyen devrait être de 1
840 L.E par an, c’est-à-dire 155 L.E. par mois. Donc si on
parle d’une famille composée de 4 personnes, le salaire
minimum mensuel de cette famille ne doit pas être inférieur
à 620 L.E. Mais, il ne faut pas non plus le multiplier par
plus de 4 pour ne pas donner une carte blanche aux citoyens
de faire plus d’enfants. Je crois que le président va
trancher l’affaire lors de la Fête du travail.
— La fixation d’un salaire minimum ne mènera-t-elle pas à
une hausse du taux de chômage ?
— Peut-être. Mais cela ne se produira pas à cause de la
fixation d’un salaire minimum, mais plutôt à cause de la
hausse des salaires des autres catégories de fonctionnaires.
Si on augmente le salaire minimum de la sixième catégorie
par exemple, cela entraînera une augmentation en chaîne des
autres catégories, et c’est ça le vrai fardeau. C’est ainsi
que le gouvernement doit être très prudent et doit élaborer
un système de salaires très structuré. Il ne faut pas
traiter cette question de la même manière avec laquelle on a
traité la question des subventions .
Propos recueillis par
Névine
Kamel |