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 Semaine du 30 avril au 4 mai 2008, numéro 712

 

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Pakistan . Les Talibans pakistanais viennent de rompre les négociations avec le gouvernement en vue de parvenir à un accord de paix, censé mettre un terme à la vague de violence que connaît le pays.

La paix reportée

Les rapports entre le nouveau gouvernement et les Talibans pakistanais s’annoncent tumultueux. Le chef des Talibans du Pakistan, réputé proche d’Al-Qaëda, a annoncé lundi qu’il rompait les négociations en cours avec le gouvernement d’Islamabad en vue d’un accord de paix, alors que le pays vivait depuis un mois dans une vague meurtrière d’attentats. Baïtullah Mehsud, un puissant chef des zones tribales du nord-ouest du pays, a cependant décidé de maintenir son cessez-le-feu décrété unilatéralement la semaine dernière, mais promis de riposter à toute provocation de l’armée, a déclaré le maulvi Omar, porte-parole du Mouvement des Talibans du Pakistan (TTP, Tehreek-e-Taliban Pakistan). Mehsud accuse le gouvernement de « refuser de retirer ses troupes des zones tribales », selon le maulvi Omar, ce qui a « forcé Mehsud à rompre les négociations », a-t-il ajouté.

Les négociations entre les deux parties semblaient pourtant en bonne voie. « Nous progressons rapidement vers un accord de paix avec le Mouvement des Talibans du Pakistan », avait déclaré un haut responsable des services de sécurité, sous couvert de l’anonymat. Cet accord prévoit que « les deux parties ne se livreront plus de combats, les militaires se retireront de certaines zones et les combattants islamistes cesseront d’attaquer l’armée », avait ajouté ce haut responsable. De son côté, le principal porte-parole du Mouvement des Talibans au Pakistan, le maulvi Omar avait confirmé que « des négociations étaient en cours avec le gouvernement (…). Des étapes importantes ont été franchies, les deux parties ont accepté la plupart des demandes de l’autre, nous espérons une annonce positive dans quelques jours ».

Le Mouvement des Talibans du Pakistan dirigé par le chef de tribu Baïtullah Mehsud, qui a fait allégeance à Al-Qaëda, est recherché par les autorités, qui l’accusent d’être responsable de la vague d’attentats qui fit en quinze mois plus de 1 070 morts et notamment la mort de l’ex-premier ministre Benazir Bhutto le 27 décembre dernier.

Rompant avec la politique du président Pervez Musharraf, le nouveau gouvernement de coalition avait entamé des négociations avec les Talibans du Pakistan en vue de parvenir à un accord de paix censé mettre un terme à la vague de violence que connaît le pays depuis plusieurs mois. Vendredi dernier, le pays a été le théâtre d’un nouvel attentat faisant quatre morts et plusieurs blessés. Cet attentat à la voiture piégée, le premier depuis la formation du nouveau gouvernement de coalition, a été revendiqué par les Talibans pakistanais, qui était alors en pleine négociation avec le gouvernement.

 

Etats-Unis très inquiets

Ces négociations n’étaient pas du goût de tout le monde. Les Etats-Unis se montrent très inquiets craignant que cette nouvelle alliance ne mène à de nouvelles violences à l’égard de leurs troupes en Afghanistan voisin. « Nous sommes inquiets et ce que nous les encourageons à faire, c’est de continuer à combattre les terroristes et de ne perturber aucune opération de sécurité ou opération militaire qui serait en cours pour empêcher que les terroristes ne se créent un refuge », a indiqué la porte-parole de la Maison Blanche, Dana Perino.

Washington s’est empressée de rappeler que des accords de paix semblables, et avec les mêmes protagonistes, avaient essuyé plusieurs échecs et par conséquent avaient été rompus en 2007. Cette rupture avait abouti au renforcement des bases arrière d’Al-Qaëda et des Talibans afghans dans les zones tribales. Les Talibans pakistanais sont accusés d’appartenir à l’organisation Al-Qaëda et d’être entre autres très actifs dans les zones tribales du nord-ouest et à l’initiative de nombreux attentats.

Les Etats-Unis qui sont les principaux bailleurs de fonds du Pakistan et qui entretenaient jusqu’alors des liens privilégiés avec le président Pervez Musharraf voient ainsi leur stratégie militaire en Afghanistan sérieusement remise en cause. En effet, le général Pervez Musharraf était jusque-là un allié-clé dans la région, notamment en ce qui concerne la « guerre contre le terrorisme » lancée par Bush.

L’Union Européenne (UE), qui est le premier partenaire commercial du Pakistan, a quant à elle souligné par l’intermédiaire de son représentant Javier Solana qu’elle se refuse à reconnaître ce type de négociations. Considérant cet accord avec les Talibans comme un accord avec Al-Qaëda, il favoriserait, selon l’UE, ces derniers à combattre leurs troupes en Afghanistan .

Lynda Kartout

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