Pakistan .
Les Talibans pakistanais viennent de rompre les négociations
avec le gouvernement en vue de parvenir à un accord de paix,
censé mettre un terme à la vague de violence que connaît le
pays.
La paix reportée
Les rapports entre le nouveau gouvernement et les Talibans
pakistanais s’annoncent tumultueux. Le chef des Talibans du
Pakistan, réputé proche d’Al-Qaëda,
a annoncé lundi qu’il rompait les négociations en cours avec
le gouvernement d’Islamabad en vue d’un accord de paix,
alors que le pays vivait depuis un mois dans une vague
meurtrière d’attentats. Baïtullah
Mehsud, un puissant chef des
zones tribales du nord-ouest du pays, a cependant décidé de
maintenir son cessez-le-feu décrété unilatéralement la
semaine dernière, mais promis de riposter à toute
provocation de l’armée, a déclaré le
maulvi Omar, porte-parole du Mouvement des Talibans
du Pakistan (TTP, Tehreek-e-Taliban
Pakistan). Mehsud accuse le
gouvernement de « refuser de retirer ses troupes des zones
tribales », selon le maulvi
Omar, ce qui a « forcé Mehsud à
rompre les négociations », a-t-il ajouté.
Les négociations entre les deux parties semblaient pourtant
en bonne voie. « Nous progressons rapidement vers un accord
de paix avec le Mouvement des Talibans du Pakistan », avait
déclaré un haut responsable des services de sécurité, sous
couvert de l’anonymat. Cet accord prévoit que « les deux
parties ne se livreront plus de combats, les militaires se
retireront de certaines zones et les combattants islamistes
cesseront d’attaquer l’armée », avait ajouté ce haut
responsable. De son côté, le principal porte-parole du
Mouvement des Talibans au Pakistan, le
maulvi Omar avait confirmé que « des négociations
étaient en cours avec le gouvernement (…). Des étapes
importantes ont été franchies, les deux parties ont accepté
la plupart des demandes de l’autre, nous espérons une
annonce positive dans quelques jours ».
Le Mouvement des Talibans du Pakistan dirigé par le chef de
tribu Baïtullah
Mehsud, qui a fait allégeance à
Al-Qaëda, est recherché par les
autorités, qui l’accusent d’être responsable de la vague
d’attentats qui fit en quinze mois plus de 1 070 morts et
notamment la mort de l’ex-premier ministre Benazir Bhutto le
27 décembre dernier.
Rompant avec la politique du président
Pervez Musharraf, le
nouveau gouvernement de coalition avait entamé des
négociations avec les Talibans du Pakistan en vue de
parvenir à un accord de paix censé mettre un terme à la
vague de violence que connaît le pays depuis plusieurs mois.
Vendredi dernier, le pays a été le théâtre d’un nouvel
attentat faisant quatre morts et plusieurs blessés. Cet
attentat à la voiture piégée, le premier depuis la formation
du nouveau gouvernement de coalition, a été revendiqué par
les Talibans pakistanais, qui était alors en pleine
négociation avec le gouvernement.
Etats-Unis très inquiets
Ces négociations n’étaient pas du goût de tout le monde. Les
Etats-Unis se montrent très inquiets craignant que cette
nouvelle alliance ne mène à de nouvelles violences à l’égard
de leurs troupes en Afghanistan voisin. « Nous sommes
inquiets et ce que nous les encourageons à faire, c’est de
continuer à combattre les terroristes et de ne perturber
aucune opération de sécurité ou opération militaire qui
serait en cours pour empêcher que les terroristes ne se
créent un refuge », a indiqué la porte-parole de la Maison
Blanche, Dana Perino.
Washington s’est empressée de rappeler que des accords de
paix semblables, et avec les mêmes protagonistes, avaient
essuyé plusieurs échecs et par conséquent avaient été rompus
en 2007. Cette rupture avait abouti au renforcement des
bases arrière d’Al-Qaëda et des
Talibans afghans dans les zones tribales. Les Talibans
pakistanais sont accusés d’appartenir à l’organisation
Al-Qaëda et d’être entre autres
très actifs dans les zones tribales du nord-ouest et à
l’initiative de nombreux attentats.
Les Etats-Unis qui sont les principaux bailleurs de fonds du
Pakistan et qui entretenaient jusqu’alors des liens
privilégiés avec le président Pervez
Musharraf voient ainsi leur
stratégie militaire en Afghanistan sérieusement remise en
cause. En effet, le général Pervez
Musharraf était jusque-là un
allié-clé dans la région, notamment en ce qui concerne la «
guerre contre le terrorisme » lancée par Bush.
L’Union Européenne (UE), qui est le premier partenaire
commercial du Pakistan, a quant à elle souligné par
l’intermédiaire de son représentant Javier
Solana qu’elle se refuse à
reconnaître ce type de négociations. Considérant cet accord
avec les Talibans comme un accord avec
Al-Qaëda, il favoriserait, selon l’UE, ces derniers à
combattre leurs troupes en Afghanistan .
Lynda
Kartout