Iran .
Dominé par les conservateurs, le nouveau Parlement pourrait
pourtant rendre la tâche plus difficile au président Mahmoud
Ahmadinejad, en raison de divisions croissantes qui
déchirent son bloc.
Victoire sous tensions
Sans
grande surprise, le second tour des législatives iraniennes,
qui a eu lieu vendredi dernier, s’est soldé par un
renforcement des conservateurs au Parlement. Au total, 82
sièges étaient en jeu lors de ce second tour après la nette
victoire au premier tour le 14 mars des conservateurs qui
ont remporté les deux tiers des sièges sur un total de 290.
Selon les chiffres officiels publiés samedi, le bloc
conservateur a remporté la majorité des 82 sièges, récoltant
au total 69 % des 287 sièges du Majlis, soit environ 200
sièges, les réformistes n’ont décroché que 16,4 % des
sièges, environ 47 députés, et les indépendants 14,2 %, soit
40 sièges. Ce n’est qu’en province que les réformistes ont
réalisé un score supérieur à leurs espérances, la capitale
Téhéran restant toujours favorable aux conservateurs.
Vaincus et marginalisés, les réformistes, virulents
détracteurs du président, ont estimé, dimanche, que le
scrutin était biaisé parce que le Conseil des gardiens,
instance non élue chargée de vérifier l’adhésion des
candidats aux principes islamiques, avait empêché nombre
d’entre eux de se présenter. En effet, plus de 2 000
candidats ont été disqualifiés, parmi lesquels de nombreux
réformistes, pour ce scrutin qui a lieu tous les quatre ans.
Loin de soulager un président conservateur qui voit son
Parlement dominé par son courant politique, ce scrutin est
venu perturber de plus en plus le sommeil d’Ahmadinejad.
Selon les analystes, ces élections, qui ont eu lieu sur fond
de guerre politique interne relative au programme économique
du gouvernement d’Ahmadinejad, devraient néanmoins confirmer
la division qui sévit aujourd’hui entre ceux qui soutiennent
à tout prix le président ultra-conservateur et ceux qui se
rangent derrière ses concurrents tels l’ex-négociateur du
nucléaire Ali Larijani, le maire de Téhéran Mohammad Baqer
Qalibaf, et surtout l’ayatollah Rafsandjani. « En effet, la
majorité conservatrice au Majlis est loin d’être unie
derrière le président ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad.
Aujourd’hui, un courant assez fort a pris naissance au sein
du bloc conservateur, c’est celui des conservateurs modérés
qui prônent une ligne moins dure que celle adoptée par le
président, multipliant de plus en plus les attaques et les
diatribes contre la politique ultra-conservatrice du
président, surtout dans le domaine de l’économie », explique
le Dr Hicham Ahmad, professeur à la faculté de sciences
politiques et économiques de l’Université du Caire.
En effet, Ahmadinejad, élu à la présidence en 2005 après
avoir promis un partage plus équitable de la manne
pétrolière, fait l’objet de pressions croissantes de
l’opinion publique, des conservateurs modérés et des
personnalités religieuses pour n’avoir pas réussi à juguler
l’inflation qui dépasse maintenant 20 %. Chaque jour, la
pauvreté, la cherté de la vie et le chômage sévissent de
plus en plus dans le pays et exacerbent la colère du peuple.
Déjà, l’abstention populaire relativement forte lors des
législatives est une preuve irréfutable des critiques
croissantes au sein de l’opinion publique envers un
président dont, outre la mauvaise gestion économique, la
politique extérieure et le programme nucléaire suscitent
certains scepticismes.
Violente diatribe
Cette colère du peuple vient inquiéter les conservateurs
modérés qui critiquent également M. Ahmadinejad pour ses
discours provocateurs et les changements répétitifs au sein
du gouvernement, surtout après le départ la semaine dernière
du ministre de l’Economie, Davoud Danesh-Jafari, qui a
durement critiqué l’amateurisme de l’entourage du président.
La dernière salve de critique envers M. Ahmadinejad est
intervenue cette semaine dans la bouche du chef de
l’Autorité judiciaire, l’ayatollah Mahmoud Hachémi Shahroudi,
qui a dénoncé ses déclarations sur la mafia économique.
Croisant publiquement le fer avec ses adversaires
politiques, le président a lancé la semaine dernière une
violente diatribe contre ses opposants qui appartiennent au
camp conservateur, et qu’il a accusés de contrôler une mafia
économique l’empêchant d’appliquer son programme. La semaine
dernière, Ahmadinejad a accusé ouvertement le président du
Parlement, Gholam Ali Hadad-Adel, d’avoir pris des décisions
« contraires à la loi », en faisant publier des textes de
loi avant que le président ne les promulgue. « Cette colère
des conservateurs modérés pourrait les inciter à s’allier
aux réformateurs autour de certains dossiers tels que la
mauvaise gestion de l’économie et les déclarations
provocatrices du président sur le nucléaire, qui ont coûté
au pays plusieurs séries de sanctions internationales. Ceci
dit, le front anti-président se fortifiera dans le pays avec
les jours », pronostique le Dr Hicham Ahmad.
Cette guerre féroce qui déchire le camp conservateur n’est
pas sans lien avec la prochaine présidentielle de 2009.
Déjà, des personnalités conservatrices ne cachent pas viser
le poste de M. Ahmadinejad. Ce qui pourrait bien amenuiser
les chances de sa réélection à la tête du pays l’année
prochaine, s’il ne réussit pas vite à se rattraper et à
unifier le bloc conservateur autour de lui. Autant que les
antagonismes s’exacerbent, l’avenir politique du président
iranien sera mis en cause .
Maha
Al-Cherbini