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 Semaine du 30 avril au 4 mai 2008, numéro 712

 

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Iran . Dominé par les conservateurs, le nouveau Parlement pourrait pourtant rendre la tâche plus difficile au président Mahmoud Ahmadinejad, en raison de divisions croissantes qui déchirent son bloc.

Victoire sous tensions

Sans grande surprise, le second tour des législatives iraniennes, qui a eu lieu vendredi dernier, s’est soldé par un renforcement des conservateurs au Parlement. Au total, 82 sièges étaient en jeu lors de ce second tour après la nette victoire au premier tour le 14 mars des conservateurs qui ont remporté les deux tiers des sièges sur un total de 290. Selon les chiffres officiels publiés samedi, le bloc conservateur a remporté la majorité des 82 sièges, récoltant au total 69 % des 287 sièges du Majlis, soit environ 200 sièges, les réformistes n’ont décroché que 16,4 % des sièges, environ 47 députés, et les indépendants 14,2 %, soit 40 sièges. Ce n’est qu’en province que les réformistes ont réalisé un score supérieur à leurs espérances, la capitale Téhéran restant toujours favorable aux conservateurs. Vaincus et marginalisés, les réformistes, virulents détracteurs du président, ont estimé, dimanche, que le scrutin était biaisé parce que le Conseil des gardiens, instance non élue chargée de vérifier l’adhésion des candidats aux principes islamiques, avait empêché nombre d’entre eux de se présenter. En effet, plus de 2 000 candidats ont été disqualifiés, parmi lesquels de nombreux réformistes, pour ce scrutin qui a lieu tous les quatre ans.

Loin de soulager un président conservateur qui voit son Parlement dominé par son courant politique, ce scrutin est venu perturber de plus en plus le sommeil d’Ahmadinejad. Selon les analystes, ces élections, qui ont eu lieu sur fond de guerre politique interne relative au programme économique du gouvernement d’Ahmadinejad, devraient néanmoins confirmer la division qui sévit aujourd’hui entre ceux qui soutiennent à tout prix le président ultra-conservateur et ceux qui se rangent derrière ses concurrents tels l’ex-négociateur du nucléaire Ali Larijani, le maire de Téhéran Mohammad Baqer Qalibaf, et surtout l’ayatollah Rafsandjani. « En effet, la majorité conservatrice au Majlis est loin d’être unie derrière le président ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad. Aujourd’hui, un courant assez fort a pris naissance au sein du bloc conservateur, c’est celui des conservateurs modérés qui prônent une ligne moins dure que celle adoptée par le président, multipliant de plus en plus les attaques et les diatribes contre la politique ultra-conservatrice du président, surtout dans le domaine de l’économie », explique le Dr Hicham Ahmad, professeur à la faculté de sciences politiques et économiques de l’Université du Caire.

En effet, Ahmadinejad, élu à la présidence en 2005 après avoir promis un partage plus équitable de la manne pétrolière, fait l’objet de pressions croissantes de l’opinion publique, des conservateurs modérés et des personnalités religieuses pour n’avoir pas réussi à juguler l’inflation qui dépasse maintenant 20 %. Chaque jour, la pauvreté, la cherté de la vie et le chômage sévissent de plus en plus dans le pays et exacerbent la colère du peuple. Déjà, l’abstention populaire relativement forte lors des législatives est une preuve irréfutable des critiques croissantes au sein de l’opinion publique envers un président dont, outre la mauvaise gestion économique, la politique extérieure et le programme nucléaire suscitent certains scepticismes.

 

Violente diatribe

Cette colère du peuple vient inquiéter les conservateurs modérés qui critiquent également M. Ahmadinejad pour ses discours provocateurs et les changements répétitifs au sein du gouvernement, surtout après le départ la semaine dernière du ministre de l’Economie, Davoud Danesh-Jafari, qui a durement critiqué l’amateurisme de l’entourage du président. La dernière salve de critique envers M. Ahmadinejad est intervenue cette semaine dans la bouche du chef de l’Autorité judiciaire, l’ayatollah Mahmoud Hachémi Shahroudi, qui a dénoncé ses déclarations sur la mafia économique.

Croisant publiquement le fer avec ses adversaires politiques, le président a lancé la semaine dernière une violente diatribe contre ses opposants qui appartiennent au camp conservateur, et qu’il a accusés de contrôler une mafia économique l’empêchant d’appliquer son programme. La semaine dernière, Ahmadinejad a accusé ouvertement le président du Parlement, Gholam Ali Hadad-Adel, d’avoir pris des décisions « contraires à la loi », en faisant publier des textes de loi avant que le président ne les promulgue. « Cette colère des conservateurs modérés pourrait les inciter à s’allier aux réformateurs autour de certains dossiers tels que la mauvaise gestion de l’économie et les déclarations provocatrices du président sur le nucléaire, qui ont coûté au pays plusieurs séries de sanctions internationales. Ceci dit, le front anti-président se fortifiera dans le pays avec les jours », pronostique le Dr Hicham Ahmad.

Cette guerre féroce qui déchire le camp conservateur n’est pas sans lien avec la prochaine présidentielle de 2009. Déjà, des personnalités conservatrices ne cachent pas viser le poste de M. Ahmadinejad. Ce qui pourrait bien amenuiser les chances de sa réélection à la tête du pays l’année prochaine, s’il ne réussit pas vite à se rattraper et à unifier le bloc conservateur autour de lui. Autant que les antagonismes s’exacerbent, l’avenir politique du président iranien sera mis en cause .

Maha Al-Cherbini

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