Al-Ahram Hebdo,Arts | Abraham Ségal, « Mon film n’est pas fait pour rassurer »
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 Semaine du 30 avril au 4 mai 2008, numéro 712

 

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Arts

Cinéma . La Politique et Dieu, documentaire du Français Abraham Ségal, récemment projeté au CFCC, brasse sans colère les contours du fondamentalisme appuyé sur la religion. Entretien. 

« Mon film n’est pas fait pour rassurer » 

Al-Ahram Hebdo : Jérusalem occupe une place centrale dans votre film, et vous semblez très critique à l’égard du fondamentalisme sioniste ...

Abraham Ségal : Comme je suis d’origine juive, je suis plus sensible aux aberrations israéliennes. Je conteste ce que configure Israël, un Etat qui en opprime et occupe un autre. Je désapprouve l’utilisation de la religion pour multiplier les colonies juives sur les terres palestiniennes. Dans le film, parlant de Jérusalem, un fondamentaliste sioniste dit : « Je suis prêt à me tuer et tuer les autres pour conserver ce bout de terre sacrée ». La question de l’appropriation du sacré occupe une place essentielle dans mon travail. A partir du moment où l’on se bat pour accaparer un lieu, ou s’emparer d’un rocher, excluant les autres, les conflits et les guerres guettent. Le fondamentalisme sioniste est révolutionnaire. C’est une tension qui travaille la religion au mépris des aspirations des autres. Il ne résiste pas à la radicalité religieuse. L’attachement à un lieu ne doit pas être mortifère. Ma démarche consiste à pousser les murs politiques et à construire des ponts pour rapprocher les gens. Nous devons agir ensemble pour nous rapprocher. Chacun doit balayer devant la porte de sa communauté. C’est un effort d’humanisme et de lucidité.

— Votre film s’attaque aussi aux fondamentalismes de tous bords. Quelle a été votre démarche ?

— Dans mon film, je montre différents personnages représentatifs du fondamentalisme : clergé, enseignants, fidèles ou encore hommes politiques, mettant en exergue leur endoctrinement.

La poussée du fondamentalisme tous azimuts va de pair avec l’uniformisation des discours. Les fondamentalistes interprètent les Textes comme ça les arrange pour ne pas faire place aux autres. Ils fouillent les textes pour conférer une légitimité à leurs actes. Certains s’empêchent de penser et leur délèguent la responsabilité de leur dicter leur conduite. C’est catastrophique, car cela s’oppose nettement à l’évolution de la pensée critique de l’homme. Par une prétendue parfaite connaissance des Textes, les fondamentalistes se sentent débarrassés de leurs opposants qui peuvent leur faire de l’ombre, ou venir briser leur bel édifice d’uniformité. Or, mon film les met en état de questionnement, de vacillement, d’intranquillité. Il y a beaucoup de gens, la majorité même qui n’aime pas avoir peur de penser et de comprendre en dehors de tout discours aliénant. Mon film n’est pas fait pour rassurer.

— Mais les tenants de ce fondamentalisme ont recours à l’idée du retour aux fondements. Etes-vous contre ce retour également ?

— Le retour aux fondements est une manière de se pencher sur les Textes sacrés, les prendre pour référence et réfléchir sur les questions de la vie courante, car la religion n’apporte pas des solutions à tout. Elle ouvre simplement la voie à la réflexion et la méditation. La foi est quelque chose que l’on recherche et que l’on conquiert.

— Et qu’en est-il du fondamentalisme musulman ?

— Je ne critique pas trop ou pas assez le fondamentalisme musulman, mais je pense qu’il faudrait distinguer entre spiritualité et victimisation. Dire on est plus dans la vérité en étant plus victime confère au martyr une valeur religieuse. Or, la spiritualité est toute autre. Dans la spiritualité soufie, l’idée du martyr est évacuée, car les choses se jouent  au-delà de la mort.

— L’absence d’un projet de société basé sur la justice dans cette mondialisation irrationnelle n’est-elle pas responsable de la poussée des fondamentalismes ?

— Il est certain que les fondamentalismes poussent sur le terrain de la défaillance des systèmes politiques et des misères économiques. Je reconnais que face aux injustices, naît le repli d’une communauté dans la religion où elle croit détenir la vérité. Je suis favorable à la conception et la mise en place d’un projet de société humain et juste pour réunir les hommes à condition qu’il respecte leur diversité et leurs différences. Tous les gens ne sont pas pareils, sans contradictions. Les oppositions doivent pouvoir exister sans devenir pour autant meurtrières. L’autre ne doit pas me ressembler pour qu’on s’entende. A la base, l’attirance entre un homme et une femme est celle de l’autre différent de soi. Il ne s’agit pas de fuir devant les différences mais de vivre ensemble, de penser notre monde.

— Comment votre film a-t-il été financé et à quel public s’adresse-t-il ?

— Il a été financé par une chaîne de télévision française et s’adresse en premier lieu au public local. Mais, il est initialement conçu pour être destiné à tout public. Il vient développer une recherche que je mène depuis tant d’années sur la question de l’appropriation de l’espace sacré. Je vous avoue que je fus séduit par les réactions du public égyptien qui fait preuve de maturité. Ses remarques pertinentes inspireront mes prochains projets .

Propos recueillis par Amina Hassan

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