Evénement .
Musiciens, danseurs et écrivains de 8 pays donnent le ton à
la troisième édition du Festival printanier de la fondation
Ressource culturelle, qui se déroule cette année en Egypte
et au Liban. Du 1er au 23 mai.
De l’Azerbaïdjan à la Palestine
Le
festival bisannuel se déroule pour la première fois
simultanément au Caire et à Beyrouth, en collaboration avec
l’Association culturelle libanaise Shams. Cherchant à se
libérer du préétabli, il touche à un univers sonore nouveau.
Si sa deuxième édition a été marquée par la présence d’interprètes-compositeurs
comme le Libanais Marcel Khalifé et le Tunisien Anouar
Brahem, cette année, il nous fait découvrir d’autres
horizons avec le chanteur soufi azerbaïdjanais Alim Qassimov
et le compositeur palestinien Simon Chahine.
Sept scènes cairotes accueilleront les festivités débutant
le 1er mai. A l’Institut de la musique arabe, c’est le
chanteur soufi Azerbaïdjanais Alim Qassimov qui sera au
rendez-vous, avec les membres de son ensemble Tariq Al-Hayat
(le chemin de la vie). Qassimov, auréolé de multiples prix
internationaux, est l’un des plus célèbres chanteurs du
maugham azerbaïdjanais. Ce genre musical, le plus compliqué
et le plus classique du Caucase, est agrémenté de poèmes
persans, arabes et azéris, sous la forme de longues mélodies
d’amour sur des mélodies improvisées. Une seule
improvisation de maugham peut durer entre trente minutes et
deux heures.
Au même institut, (le 8 mai), c’est Simon Chahine, le
compositeur et luthiste palestinien, lauréat du prix de la
Maison Blanche pour l’héritage culturel qui se produira. Ses
œuvres puisent, en effet, dans le patrimoine de la musique
arabe, notamment celui de Mohamad Abdel-Wahab, Wadie Al-Safi
et Sabah Fakhri. Cela fait six ans environ qu’il consacre la
plupart de son temps au groupe Qantara (pont) qu’il a fondé
aux Etats-Unis, où il a parachevé ses études. Il s’agit
d’une bande musicale, fusionnant musique arabe, jazz,
musique classique et latinos.
D’un pays voisin, le Liban, nous provient Yalda Younès, qui
présentera le 4 mai au Théâtre Gomhouriya, No, un spectacle
de danse électroacoustique, dédié à la mémoire du
journaliste libanais Samir Qassir, assassiné en 2005. Ayant
effectué plusieurs séjours en Espagne, Yalda Younès utilise
le flamenco pour aborder les rivages de la création
contemporaine. Elle puise dans le matériau de la mémoire, de
la guerre, de la peur et de la fascination que le
compositeur, Zad Moultaka, transmet sous les pas de la
danse. Une dimension tragique qui renforce le sentiment
d’une liberté inaliénable. Juste après, sur les mêmes
planches, la danseuse espagnole, Pastora Galvan, présentera
son spectacle de flamenco. D’une brutale et joyeuse
sensualité féminine, elle incarne le fantasme d’une Carmen,
franchement sexuelle.Autres soirées de flamenco prévues dans
le cadre du festival, celles de la chanteuse gitane
Esperenza Fernandez, le 2 mai au théâtre Al-Guéneina.
Toujours au théâtre Gomhouriya, on aura le plaisir de
découvrir la troupe marocaine assez originale, Cie 2k_farm,
fondée en 2004 par le chorégraphe Khaled Ben Gharib. Le 17
mai, elle présentera son spectacle de danse moderne La Smala
B. B., donné au festival de Montpellier 2006. Mêlant
tragédie et comédie, la chorégraphie aborde la violence et
l’absurdité du quotidien, plaçant l’expression physique en
dehors de son contexte habituel.
Sur les planches du théâtre Al-Guéneina, jouera en solo (le
10 mai),l’Iranien Kayhan Kalhor. D’origine kurde, Kalhor est
un maître incontesté du kamantché, un délicat petit violon
iranien qu’il fait danser sur ses genoux. En fait, Kalhor
s’impose comme l’héritier de la pure tradition musicale
persane.
Pour la soirée du 16 mai, au même théâtre, se présentera la
troupe folklorique africaine Freshly Ground. Fondée en 2002,
elle s’est fait connaître de par ses chansons jazzy Jika
Jika et Doo Be Doo. Nommée meilleure troupe africaine de
l’an 2006, au MTV European Music Award, Freshly Ground a été
récemment choisie par l’Association sud-africaine de
football, en tant qu’ambassadeur culturel, durant la Coupe
du monde prévue en 2010.
Quant au théâtre Rawabet, il accueillera deux musiciens
arabes : le jeune luthiste palestinien Nizar Rohana (le 23
mai) et le percussionniste libanais Rony Barrak (le 9 mai).
Ayant reçu la médaille d’or de la compétition organisée par
la chaîne LBC, Barrak, joueur de darbouka, transcende les
genres à travers ses compositions très hybrides. Il a
souvent recours aux bonjos, Clay Pot, cymbales ou
carrosserie de voitures pour créer ses mélanges.
Parlant justement de mélanges, le festival marie dans sa
programmation textes et musiques, poèmes et prose. C’est la
consigne. Cela dit, outre les concerts susmentionnés,
auteurs et poètes seront conviés afin de faire part de leurs
idées. Ainsi, l’académicien et islamologue Nasr Hamed
Abou-Zeid traitera de l’art et des tabous dans le discours
religieux, le 3 mai à l’Université américaine (Oriental
Hall).
Plusieurs autres manifestations se placeront sous le signe
de la Palestine, commémorant les 60 ans de la nakba. Ahdaf
Souef, écrivaine égyptienne d’expression anglaise et vivant
en Grande-Bretagne, abordera le 23 mai à Rawabet, le thème
suivant : Palestine, mémoires et découvertes. Le jour
précédent, se tiendra au même endroit la remise des prix de
la meilleure caricature inspirée de la nakba de 1948,
annoncée par un jury composé des dessinateurs : Mohieddine
Al-Labbad, Youssef Abdelké et Emad Hajjaj. Le lauréat
recevra 500 dollars et les trois meilleurs dessins seront
imprimés en cartes postales, distribuées durant le festival.
Ensuite, se déroulera une rencontre de plusieurs jeunes
intellectuels palestiniens, sous le titre de « L’écriture
pour un jour nouveau », avec Alaa Hlehel, Asmaa Azaizeh,
Hala Al-Shorouf et Khaled Abdallah. L’histoire de ce peuple
en détresse depuis voilà 60 ans sera lue en images grâce à
l’exposition de photos, La Palestine d’avant 1948, à partir
du 15 mai à Rawabet .
Névine Lameï
*Voir Calendrier pour la programmation détaillée.