Festival des Arts Médiatiques .
Cleotronica (janvier-mai 2008), organisé par l’ACAF à
Alexandrie, tente de présenter une nouvelle formule
comme un processus artistique en continu.
Défense et illustration de l’ultramoderne
Alexandrie,
au quartier Azarita, il suffit de demander où se tient le
festival Cleotronica ou bien où se trouve l’ACAF (le forum
d’Alexandrie pour les arts contemporains) pour qu’on vous
réponde promptement : « Vous cherchez l’endroit où
travaillent les artistes étrangers, c’est tout près ». Dans
un ancien immeuble alexandrin de la rue Hussein Hassab, l’ACAF
occupe le deuxième étage.
Géré par de jeunes artistes, il organise depuis le mois de
janvier Cleotronica, un festival pluridisciplinaire consacré
aux arts médiatiques. Le titre par lui-même est assez
significatif. Cleo est dérivé de Cléopâtre, et tronica
d’électronique. (Ceci dit, c’est un festival d’art, de
technologie et de société, à l’instar de ceux tenus en
Turquie, en Allemagne ou autres). Mais il est clair que dans
sa version égyptienne, il tente de se doter une identité
locale. « L’ACAF est spécialisé dans l’art contemporain,
plus en rapport avec la société. Car on a souvent tendance à
taxer les arts plastiques d’élitisme. Mais à mon avis, l’art
aujourd’hui a acquis un concept beaucoup plus social. Il est
censé constituer un dialogue avec la société, usant des
moyens disponibles et contemporains », indique Bassam
Al-Barouni, initiateur du festival. Et d’ajouter : « Ces
derniers jours, j’ai remarqué qu’on parle très souvent
d’arts médiatiques non sans une certaine naïveté. Dans une
exposition, l’artiste a simplement recours aux techniques
médias afin de créer un effet d’éblouissement, grâce aux
effets spéciaux. Ceci dit, l’art médiatisé est encore limité
au spectaculaire ». Pourtant, avec Cleotronica, l’art
médiatique dépasse les stéréotypes. Al-Barouni et compagnie
ont fouillé partout dans le monde, faisant ainsi appel à des
spécialistes lesquels continuent à animer des ateliers au
profit des jeunes artistes et étudiants.
Le premier projet qui a inauguré les activités de
Cleotronica en janvier dernier fut celui de l’Américain
Jeremy Beaudry. Avec de jeunes artistes égyptiens, Beaudry a
fait une sorte de documentation pour son atelier,
enregistrant ses impressions, les réactions de ses
disciples, l’ambiance alexandrine, etc. Le travail fut aussi
accompli par les hôtes de l’atelier. Les infos, les
histoires furent donc ajoutées au fur et à mesure sur la
toile. A la fin, un site Web fut lancé, décrivant toutes les
étapes de l’atelier. Beaudry offre au public un atelier de
travail continu. www.placeinplaceof.com
L’Internet occupe de plus en plus une place prépondérante au
sein des arts médiatiques.
Recyclizer (recyclage) fut un projet d’animation vidéo.
L’artiste hollandais Jan Van Neunen a proposé aux
participants à son atelier de prospecter sur Internet pour
créer les personnages d’une nouvelle vidéo animation. Des
séquences vidéo présentes sur la toile ont donné naissance à
une nouvelle fiction. Le projet est valable et diffusé à
travers le site Your Tube.
Les deux artistes pionniers du Net Art, la Russe Olia
Lialina et l’Allemand Dragan Espenchied, utilisent la toile
comme lieu d’exposition interactive. Plusieurs ordinateurs
sont installés dans les salles de l’ACAF, menés de souris.
Sur la toile une photo et c’est au public de faire bouger un
des éléments de la photo pour accéder à une deuxième photo
et ainsi de suite. A travers l’interaction du public, toute
une histoire est dévoilée, comme par exemple celle de la
guerre froide entre les Etats-Unis et la Russie présentée
d’une manière simplifiée, voire caricaturée.
Le festival clôture ses activités au mois de mai avec un
séminaire de synthèse les 1er et 2 du même mois à l’Institut
Goethe d’Alexandrie. Des artistes et des experts de par le
monde y élucideront leurs différentes expériences dans les
arts des médias. Entre autres Tarek Atoui (Liban), Igor
Stromajer (Slovénie), Miltos Manetos (Turquie).
S’ajoute à cela une dernière exposition du Net Art du 1er au
11 mai, signée par Meltos Manetos et Igor stromayer. En
fait, leur travail constitue un bon exemple qui articule
l’art des médias et les disciplines des arts plastiques du
passé. Un jeu de référence sera donc créé.
Manetos évoque le monde de l’artiste américain de renom
Jackson Pullock et invite le public à reconstituer un de ces
tableaux, lui fournissant les outils médiatisés et
informatisés nécessaires. Finalement, le spectateur créateur
pourra à la fin imprimer son œuvre.
Quant à Igor, son projet est plutôt lié à l’école de l’art
conceptuel. Son travail consiste à ridiculiser les
stéréotypes, jonglant avec les formats de l’écriture, les
clichés et les mots. L’art, la politique et la société sont
très liés et encore plus à travers les médias.
L’informatique, source d’inspiration
D’autres projets développent encore plus l’idée de
l’interaction avec le public et le concept qu’adopte
Cleotronica : l’Art pour la société. Entre autres : les
posters de l’artiste hollandais Jan Robert Leegte et la
vidéo installation de Chadi Al-Néchouqati. Dans son travail,
Leegte a emprunté des logiciels, les formes de sélection. A
l’aide de simples cadres, l’artiste hollandais avec des
jeunes artistes égyptiens a créé des posters. Il s’agit
parfois des tirets noirs sur une toile blanche, parfois
l’inverse ou un amalgame des deux sur une toile grise. Ces
posters ont servi ensuite à décorer des murs des anciens
bâtiments à Alexandrie. Chadi Al-Al-Néchouqati présentait
Stammer, une performance et une installation vidéo qui
faisaient allusion au monde machinal et robotique. Il
configure un cours pour étudiants où le langage du prof
s’altère et perd toute logique tel un robot en panne. Enfin,
avec tous ces génies articulant arts et informatique, on
s’enracine dans un monde virtuel à portée des mains, d’où
l’efficacité de leurs prestations et la séduction de leurs
œuvres interpellant la curiosité du public.
May
Sélim