Al-Ahram Hebdo, Arts | Défense et illustration de l’ultramoderne
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 Semaine du 30 avril au 4 mai 2008, numéro 712

 

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Arts

Festival des Arts Médiatiques . Cleotronica (janvier-mai 2008), organisé par l’ACAF à Alexandrie, tente de présenter une  nouvelle formule comme un processus artistique en continu.

Défense et illustration de l’ultramoderne

Alexandrie, au quartier Azarita, il suffit de demander où se tient le festival Cleotronica ou bien où se trouve l’ACAF (le forum d’Alexandrie pour les arts contemporains) pour qu’on vous réponde promptement : « Vous cherchez l’endroit où travaillent les artistes étrangers, c’est tout près ». Dans un ancien immeuble alexandrin de la rue Hussein Hassab, l’ACAF occupe le deuxième étage.

Géré par de jeunes artistes, il organise depuis le mois de janvier Cleotronica, un festival pluridisciplinaire consacré aux arts médiatiques. Le titre par lui-même est assez significatif. Cleo est dérivé de Cléopâtre, et tronica d’électronique. (Ceci dit, c’est un festival d’art, de technologie et de société, à l’instar de ceux tenus en Turquie, en Allemagne ou autres). Mais il est clair que dans sa version égyptienne, il tente de se doter une identité locale. « L’ACAF est spécialisé dans l’art contemporain, plus en rapport avec la société. Car on a souvent tendance à taxer les arts plastiques d’élitisme. Mais à mon avis, l’art aujourd’hui a acquis un concept beaucoup plus social. Il est censé constituer un dialogue avec la société, usant des moyens disponibles et contemporains », indique Bassam Al-Barouni, initiateur du festival. Et d’ajouter : « Ces derniers jours, j’ai remarqué qu’on parle très souvent d’arts médiatiques non sans une certaine naïveté. Dans une exposition, l’artiste a simplement recours aux techniques médias afin de créer un effet d’éblouissement, grâce aux effets spéciaux. Ceci dit, l’art médiatisé est encore limité au spectaculaire ». Pourtant, avec Cleotronica, l’art médiatique dépasse les stéréotypes. Al-Barouni et compagnie ont fouillé partout dans le monde, faisant ainsi appel à des spécialistes lesquels continuent à animer des ateliers au profit des jeunes artistes et étudiants.

Le premier projet qui a inauguré les activités de Cleotronica en janvier dernier fut celui de l’Américain Jeremy Beaudry. Avec de jeunes artistes égyptiens, Beaudry a fait une sorte de documentation pour son atelier, enregistrant ses impressions, les réactions de ses disciples, l’ambiance alexandrine, etc. Le travail fut aussi accompli par les hôtes de l’atelier. Les infos, les histoires furent donc ajoutées au fur et à mesure sur la toile. A la fin, un site Web fut lancé, décrivant toutes les étapes de l’atelier. Beaudry offre au public un atelier de travail continu. www.placeinplaceof.com

L’Internet occupe de plus en plus une place prépondérante au sein des arts médiatiques.

Recyclizer (recyclage) fut un projet d’animation vidéo. L’artiste hollandais Jan Van Neunen a proposé aux participants à son atelier de prospecter sur Internet pour créer les personnages d’une nouvelle vidéo animation. Des séquences vidéo présentes sur la toile ont donné naissance à une nouvelle fiction. Le projet est valable et diffusé à travers le site Your Tube.

Les deux artistes pionniers du Net Art, la Russe Olia Lialina et l’Allemand Dragan Espenchied, utilisent la toile comme lieu d’exposition interactive. Plusieurs ordinateurs sont installés dans les salles de l’ACAF, menés de souris. Sur la toile une photo et c’est au public de faire bouger un des éléments de la photo pour accéder à une deuxième photo et ainsi de suite. A travers l’interaction du public, toute une histoire est dévoilée, comme par exemple celle de la guerre froide entre les Etats-Unis et la Russie présentée d’une manière simplifiée, voire caricaturée.

Le festival clôture ses activités au mois de mai avec un séminaire de synthèse les 1er et 2 du même mois à l’Institut Goethe d’Alexandrie. Des artistes et des experts de par le monde y élucideront leurs différentes expériences dans les arts des médias. Entre autres Tarek Atoui (Liban), Igor Stromajer (Slovénie), Miltos Manetos (Turquie).

S’ajoute à cela une dernière exposition du Net Art du 1er au 11 mai, signée par Meltos Manetos et Igor stromayer. En fait, leur travail constitue un bon exemple qui articule l’art des médias et les disciplines des arts plastiques du passé. Un jeu de référence sera donc créé.

Manetos évoque le monde de l’artiste américain de renom Jackson Pullock et invite le public à reconstituer un de ces tableaux, lui fournissant les outils médiatisés et informatisés nécessaires. Finalement, le spectateur créateur pourra à la fin imprimer son œuvre.

Quant à Igor, son projet est plutôt lié à l’école de l’art conceptuel. Son travail consiste à ridiculiser les stéréotypes, jonglant avec les formats de l’écriture, les clichés et les mots. L’art, la politique et la société sont très liés et encore plus à travers les médias.

 

L’informatique, source d’inspiration

D’autres projets développent encore plus l’idée de l’interaction avec le public et le concept qu’adopte Cleotronica : l’Art pour la société. Entre autres : les posters de l’artiste hollandais Jan Robert Leegte et la vidéo installation de Chadi Al-Néchouqati. Dans son travail, Leegte a emprunté des logiciels, les formes de sélection. A l’aide de simples cadres, l’artiste hollandais avec des jeunes artistes égyptiens a créé des posters. Il s’agit parfois des tirets noirs sur une toile blanche, parfois l’inverse ou un amalgame des deux sur une toile grise. Ces posters ont servi ensuite à décorer des murs des anciens bâtiments à Alexandrie. Chadi Al-Al-Néchouqati présentait Stammer, une performance et une installation vidéo qui faisaient allusion au monde machinal et robotique. Il configure un cours pour étudiants où le langage du prof s’altère et perd toute logique tel un robot en panne. Enfin, avec tous ces génies articulant arts et informatique, on s’enracine dans un monde virtuel à portée des mains, d’où l’efficacité de leurs prestations et la séduction de leurs œuvres interpellant la curiosité du public.

May Sélim

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