Iraq . Retour au
calme à Bassorah et des sunnites au gouvernement, le premier ministre recueille
les fruits de sa campagne contre le chef radical chiite Moqtada Sadr.
Maliki marque des points
Alors
que les combats se poursuivent sans relâche à Sadr City, bastion du chef
radical chiite Moqtada Sadr, au nord-est de Bagdad, où s’affrontent depuis plus
d’un mois des troupes américano-iraqiennes et des milices chiites, le
gouvernement de Nouri Al-Maliki semble marquer des points contre l’Armée du
Mahdi, bras armé des Sadristes. Sur la défensive, Moqtada Sadr, qui avait
menacé d’une « guerre ouverte » le 19 avril si les attaques contre ses
partisans se poursuivaient, est revenu vendredi sur ses propos en appelant à ce
que cessent les affrontements avec l’armée et la police iraqienne. Il a assuré
que sa seule cible était l’armée américaine qu’il considère comme une force
d’occupation. Mais pour autant, il n’a pas explicitement annulé un
cessez-le-feu unilatéral en vigueur depuis la fin du mois d’août. Son mouvement
a toutefois rejeté dimanche les conditions posées par le premier ministre Nouri
Al-Maliki — qui équivaudraient à ses yeux à une capitulation — pour un arrêt
des combats.
Ce
dernier, déterminé à désarmer les Sadristes et à en finir avec les milices armées,
a avancé samedi quatre exigences pour mettre fin aux campagnes lancées par les
troupes régulières iraqiennes. Nouri Al-Maliki a déclaré que les miliciens
devaient rendre les armes lourdes et moyennes et cesser d’interférer dans les
affaires de l’Etat ainsi que dans celles des forces de sécurité. Il a également
demandé qu’ils remettent aux autorités toutes les personnes recherchées et
qu’ils présentent la liste des noms des personnes impliquées dans les
violences. Les Sadristes considèrent qu’ils sont les seuls visés par ces
demandes et que Maliki veut les affaiblir, voire les éliminer, avant des
élections régionales cruciales au mois d’octobre. Un porte-parole des Sadristes
à Najaf (sud de Bagdad), Salah Al-Obeidi, a assuré que son mouvement rejetait
ces exigences, reprochant au gouvernement de s’arroger « le droit de faire tout
ce qu’il veut ». M. Obeidi a toutefois précisé lundi que les contacts n’étaient
pas rompus entre Maliki et Moqtada Sadr. « Il y a une série de médiations,
l’une est menée par le président Jalal Talabani », a dit le porte-parole. Selon
lui, une réunion « à haut niveau » avec une délégation sadriste en présence de
Maliki est « en cours de préparation ».
Les
combats se concentrent désormais autour du chantier d’un haut mur de béton dont
les soldats américains ont entrepris la construction la semaine dernière à
l’intérieur de Sadr City. Cet ouvrage doit traverser d’est en ouest ce quartier
chiite, et séparer son tiers sud des deux tiers restant, au nord. Il est censé
prévenir l’infiltration de combattants chiites qui viennent se positionner à
distance de tir pour faire pleuvoir roquettes et obus de mortiers sur la « zone
verte », l’enclave fortifiée au centre de Bagdad qui abrite les institutions
iraqiennes et l’ambassade des Etats-Unis. Mais avant même qu’il ne démontre son
utilité, le mur est devenu un nouveau casus belli pour les miliciens sadristes
farouchement opposés à l’occupation américaine, et qui voient le déploiement
d’unités blindées américaines dans leur secteur comme des provocations
insupportables. Depuis le début des affrontements contre les miliciens chiites,
le bilan est l’un des plus meurtriers. Il porte le chiffre des morts iraqiens à
au moins 439, incluant des civils et des combattants.
Alors
que les combats se poursuivent à Bagdad, un retour à la normale se met en place
dans le grand port méridional de Bassorah, un mois après une offensive des
troupes régulières iraqiennes contre l’Armée du Mahdi. Le gouvernement affirme
faire régner la loi et l’ordre dans cette ville cruciale pour la richesse du
pays. « Tous les secteurs de la ville sont sous le contrôle des forces de
sécurité », a assuré le porte-parole du ministère de l’Intérieur, le général
Abdel-Karim Khalaf. « Plus aucun quartier n’est sous la coupe des éléments armés.
La police iraqienne est déployée dans toutes les rues de Bassorah », a-t-il
ajouté. Et des habitants de la ville assurent qu’ils se sentent plus en
sécurité depuis l’opération « La Charge des chevaliers », supervisée par le
premier ministre Nouri Al-Maliki du 25 au 30 mars. Les marchés ont rouvert et
les services publics ont été rétablis dans cette ville de 1,6 million
d’habitants, cœur de la zone pétrolifère la plus riche d’Iraq et débouché vers
le Golfe de la quasi-totalité des exportations iraqiennes d’or noir. Les
cassettes et les C.D. ont fait leur réapparition dans les échoppes des
marchands de musique, qui avaient dû renoncer à leur commerce devant la montée
du fondamentalisme des miliciens chiites. Les écoles de Bassorah ont repris les
cours le 6 avril et des classes se tiennent le samedi pour rattraper le temps
perdu. Les lycées et les universités ont recommencé le 20 avril.
Bassorah,
occupée par les Britanniques jusqu’en décembre 2007, a été pendant longtemps le
théâtre d’une lutte d’influence entre formations chiites concurrentes, qui
faisaient assaut de rigorisme religieux pour justifier leur présence. Les
combattants de l’Armée du Mahdi y régnaient pourtant en maîtres. Le contrôle
des ressources de cette ville, et de sa région, qui alimentent les caisses de
l’Etat est un enjeu de taille, qui est au cœur de la lutte ouverte avant les
élections régionales d’octobre.
Conséquence
« collatérale » de la campagne gouvernementale menée contre les partisans de
Moqtada Sadr, les partis politiques sunnites qui avaient quitté le gouvernement
ont accepté de revenir en son sein. Le Front de la concorde, principale
formation sunnite du pays qui boude le gouvernement depuis huit mois, a annoncé
jeudi dernier qu’il proposerait une liste de « ministrables » à Maliki « dans
les prochains jours ».
Le
Front de la concorde avait quitté le gouvernement l’été dernier, à un moment
critique où les violences intercommunautaires entre chiites et sunnites étaient
à leur comble. Avec le déclin de ce type d’affrontements enregistré ces
derniers mois et la vaste opération menée par le gouvernement contre les
Sadristes, la formation sunnite s’est peu à peu rapprochée de Maliki, persuadée
de la nécessité de revenir aux affaires .
Hicham Mourad