Al-Ahram Hebdo, Afrique | Déby joue l’ouverture
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 30 avril au 4 mai 2008, numéro 712

 

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Afrique

Tchad . Avec l’entrée au gouvernement de quatre opposants, le président Déby réduit la tension politique, mais divise aussi l’opposition.

Déby joue l’ouverture

Sous la pression diplomatique de la communauté internationale, mais aussi militaire de la rébellion, le président tchadien Idriss Déby a opté pour l’ouverture politique en direction de ses adversaires. Il a ainsi fait entrer quatre adversaires politiques dans son nouveau gouvernement, confiant même à deux opposants de premier plan les portefeuilles de la Défense et de la Justice, une concession de taille à ses détracteurs.

Déby, qui a failli être renversé début février par des rebelles qui ont attaqué N’Djamena et le palais présidentiel, est l’objet de pressions intérieures et extérieures visant à lui faire desserrer son emprise sur l’ex-colonie française. Il y a quelques jours, il a nommé premier ministre un diplomate de carrière, Youssouf Saleh Abbas, un ex-rebelle rallié au président Déby dont il était devenu le conseiller diplomatique. Et par un décret présidentiel, Déby a mis en place, le 24 avril, un nouveau cabinet comprenant quatre membres de la Coordination des partis politiques pour la défense de la Constitution (CPDC), qui regroupe ses principaux adversaires politiques non armés.

La plus grande surprise a été la nomination au poste de ministre de la Défense de Wadal Abdelkader Kamougué, général de gendarmerie en retraite et figure notoire de l’opposition. Sudiste, Kamougué a été l’un des artisans du coup de force par lequel fut évincé le premier président du Tchad, François Tombalbaye. Kamougué est un homme politique expérimenté qui a aussi été le premier chef de gouvernement de Déby après l’arrivée de ce dernier au pouvoir lors d’un soulèvement parti de l’Est en 1990. Très respecté, il a ensuite formé un parti d’opposition avant de devenir député. Les autres membres de la CPDC intégrés au cabinet sont le ministre de la Justice Jean Bawoyeu Alingué, le ministre de l’Agriculture Naimbaye Lossimian et le ministre de l’Aménagement du territoire Hamid Mahamat Dahlob.

L’opposition tchadienne, dont la plus grande partie a boycotté l’élection qui a valu à Déby un troisième mandat en 2006, a bien accueilli les nouvelles nominations, qui découlent d’un accord signé l’an dernier par lequel le président s’engageait à rechercher un consensus politique. « Nous nous attendions même à ce que le premier ministre soit de nos rangs. Toutefois, la nomination de Youssouf Saleh Abbas n’est pas mauvaise. Avec sa nomination, et notre entrée, nous espérons que de grandes réformes vont être opérées pour tirer le Tchad vers le haut », a dit Dahlob, également porte-parole de la CPDC.

Avec l’entrée au gouvernement de quatre opposants, le président Idriss Déby amorce une « ouverture » réclamée par la communauté internationale pour restaurer la paix, mais aussi divise une opposition auparavant unie depuis la « disparition » d’Ibni Oumar Mahamat Saleh. Après un dialogue réussi entre le pouvoir et l’opposition, qui avait permis la signature, le 13 août 2007, d’un accord censé aboutir à des élections démocratiques en 2009, tout contact avait été rompu après l’attaque rebelle ratée des 2 et 3 février à N’Djamena. A l’issue de ce raid, qui a failli faire tomber Idriss Déby, trois opposants ont été arrêtés, selon des témoignages concordants, par les services de sécurité tchadiens. Deux d’entre eux ont, depuis, recouvré la liberté, mais le troisième, le porte-parole de la CPDC Ibni Oumar Mahamat Saleh, est toujours porté « disparu ». Jusqu’ici, la CPDC faisait de sa « libération immédiate et inconditionnelle » un préalable à toute reprise du dialogue, notamment au sein du comité de suivi de l’accord du 13 août. Nombre d’opposants estiment toutefois, sous couvert de l’anonymat, qu’Ibni Oumar est décédé.

« En entrant au gouvernement, ils semblent avoir fait son deuil », souligne un observateur qui a requis l’anonymat. « Nous ne faisons pas le deuil de notre collègue, nous n’avons pas mis de côté notre revendication le concernant », proteste le nouveau ministre de la Défense. Mais déjà, des voix discordantes se font entendre au sein de l’opposition, à commencer par celle du parti de l’opposant « disparu », qui « regrette » l’entrée au gouvernement « alors que nous sommes toujours sans nouvelles d’Ibni ». « Ils vont au gouvernement à titre personnel, à leurs risques et périls », renchérit un autre responsable de la CPDC, Salibou Garba, évoquant des « débauchages individuels ». « La CPDC en tant que telle n’est pas au gouvernement ». Selon lui, « Déby essaye de diviser la CPDC, et c’est de bonne guerre ».

Plusieurs opposants redoutent enfin que ces ministres n’aient guère d’influence au sein d’un gouvernement dominé par des proches du chef de l’Etat, comme le titulaire des Infrastructures Adoum Younousmi, son collègue de l’Intérieur Ahmat Mahamat Bachir ou encore l’ex-directeur du cabinet présidentiel Mahamat Hissène, nommé à la Communication. « C’est la CPDC qui crédibilise le gouvernement », note Saleh Kebzabo. Or, déplore-t-il, elle n’y représente que « la portion congrue ». « Quel rôle va-t-elle jouer ? J’ai un doute là-dessus ». « La CPDC risque de voler en éclats », pronostique déjà un observateur proche du pouvoir, « car ceux qui n’ont pas eu de postes sont en colère ». Le premier test de l’unité de l’opposition aura lieu dans les prochains jours, lorsqu’elle devra se prononcer sur une reprise de sa participation au comité de suivi de l’accord du 13 août .

Hicham Mourad

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