Al-Ahram Hebdo, Afrique | La manœuvre de Mugabe
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 Semaine du 30 avril au 4 mai 2008, numéro 712

 

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Afrique

Zimbabwe . La défaite du parti au pouvoir, la Zanu-PF, aux législatives a été confirmée par la commission électorale. Mais le suspense perdure sur les résultats des présidentielles.

La manœuvre de Mugabe

La défaite historique du parti du président Robert Mugabe, au pouvoir depuis 28 ans, a été confirmée samedi par la commission électorale du Zimbabwe (ZEC). Le 2 avril, la ZEC avait attribué 109 sièges de députés à l’opposition contre 97 à l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF). Mais, arguant d’irrégularités, elle avait ordonné un nouveau comptage dans 23 des 210 circonscriptions du pays. Ce nouveau comptage est terminé dans 18 circonscriptions, a indiqué samedi le président de la ZEC George Chiweshe, ajoutant qu’il n’y avait « aucun changement majeur ». Un autre responsable a confirmé, sous couvert d’anonymat : « Rien n’a changé par rapport aux résultats précédents ». Même si la Zanu-PF décroche les cinq derniers sièges, elle n’est plus en mesure de récupérer la majorité qu’elle détenait à la Chambre des députés depuis l’indépendance de l’ex-Rhodésie du Sud britannique en 1980.

« Nous sommes heureux de constater la transparence du comptage. Cela prouve que la ZEC n’est pas contrôlée par le gouvernement ou la Zanu-PF », a commenté Bright Matonga, ministre adjoint de l’Information. Le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) a pour sa part déploré « une perte de temps et d’argent ». Ce nouveau comptage « n’était pas nécessaire : nous savions que nous avions gagné », a poursuivi Nelson Chamisa, porte-parole du parti. L’opposition, qui considère que la ZEC est aux ordres du régime, avait refusé de participer au nouveau comptage, estimant qu’il s’agissait d’une manœuvre pour lui reprendre sa victoire.

L’opposition cherche à accentuer la pression sur le régime du président Robert Mugabe pour qu’il accepte sa défaite électorale, les résultats des présidentielles du 29 mars n’étant pas toujours connus. A cette fin, le secrétaire général du MDC, Tendai Biti, s’est rendu à New York pour assister mardi à une réunion du Conseil de sécurité de l’Onu qui devrait, à l’initiative du Royaume-Uni, évoquer la crise au Zimbabwe. La délégation zimbabwéenne a demandé aux Nations-Unies d’envoyer à son pays un émissaire chargé d’enquêter sur les violences et participer à la résolution de la crise en cours. Le MDC a plaidé pour que cet émissaire soit soutenu par les acteurs africains, notamment la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). « Les Nations-Unies doivent faire pression sur le président Robert Mugabe pour qu’il accepte sa défaite (aux élections du 29 mars) et pour qu’il accepte un transfert en douceur du pouvoir », a déclaré le porte-parole du MDC. « L’émissaire devra également faire en sorte de sortir le Zimbabwe du marasme économique et mettre un terme aux violences dans le pays », a-t-il ajouté. Partageant le même avis, la secrétaire d’Etat adjointe américaine aux Affaires africaines, Jendayi Frazer, qui s’est dit certaine de la victoire de l’opposition, a suggéré des sanctions de l’Onu à l’encontre du Zimbabwe si la crise post-électorale se poursuit. Si la situation ne change pas, « nous devrions envisager des sanctions multilatérales à travers les Nations-Unies », a-t-elle déclaré. Aussi, Jendayi Frazer a-t-elle appelé les dirigeants d’Afrique australe à accentuer « la pression » sur le président zimbabwéen Robert Mugabe pour mettre un terme aux violences au Zimbabwe, consécutives aux élections générales du 29 mars. En première réaction à ces menaces, Mugabe a mis en garde vendredi contre toute ingérence étrangère. Le porte-parole de son parti, Patrick Chinamasa, a vivement réagi aux propos de la responsable américaine. « Frazer n’a aucune autorité morale ou légale pour faire des annonces dénuées de tout fondement sur notre processus (électoral) manifestement fausses, incendiaires, irresponsables et déplacées », a dénoncé Chinamasa.

Un mois après les élections, les résultats de la présidentielle qui se jouait entre le président Mugabe, 84 ans, et le chef du MDC Morgan Tsvangirai, 56 ans, n’ont toujours pas été annoncés. Le MDC, qui revendique la victoire de Tsvangirai à la majorité absolue, accuse le régime d’avoir lancé une campagne d’intimidation, ayant fait au moins 15 morts, pour influencer les électeurs dans la perspective d’un éventuel second tour. Selon la Zanu-PF, aucun candidat n’a remporté la majorité absolue. Selon les analystes, la Zanu-PF veut organiser un second tour afin d’affaiblir la position de son adversaire le MDC. Quant à la ZEC, elle a annoncé que ce suspense pourrait connaître un terme prochainement et elle invitera les candidats à vérifier les chiffres « ce qui débouchera sur l’annonce des résultats de la présidentielle », a-t-il ajouté. En effet, l’attente de ce résultat a alimenté les tensions dans le pays. Vendredi, la police anti-émeutes a effectué un raid sur le siège du MDC où elle a arrêté 215 personnes. Et, L’opposition zimbabwéenne a déposé lundi un recours devant un tribunal de Harare pour les faire libérer .

Maha Salem

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