Egyptologie .
A l’occasion de la célébration du cinquantenaire des
fouilles tchèques en Egypte, une exposition a été inaugurée
le 7 avril à la salle 44 du Musée égyptien pour un mois et
demi.
Une moisson d’or
150 pièces de différentes dimensions et matières composent
l’exposition intitulée « Découvrir l’Ancienne Egypte. 50 ans
de collaboration archéologique égypto-tchèque ». Celle-ci,
organisée par l’Institut tchèque d’égyptologie en
coopération avec le Musée égyptien, se tient à l’occasion de
la célébration du cinquantenaire des fouilles tchèques en
Egypte. Toutes les pièces présentées proviennent du site d’Aboussir,
région située dans les environs de Saqqara. Cela dit, les
Tchèques opèrent dans différentes régions, comme celle d’Al-Heiz
qui se trouve dans les environs de l’oasis Bahariya et dont
les trésors remontent aux ères préhistorique et
gréco-romaine. De plus, les Tchèques ont joué un rôle
important dans les travaux de sauvetage des monuments de la
Nubie antique qui avaient commencé dans les années 1950. A
cet égard, « l’actuelle exposition qui se tient au Musée du
Caire fait partie d’une série comprenant trois autres
expositions ayant été organisées par les égyptologues
tchèques dans différents endroits de l’Egypte », explique
Hana Benesovska, organisatrice de l’exposition. Pour elle,
chacune d’elles met en relief une région archéologique
donnée avec ses caractéristiques historiques (voir encadré).
Raneferef, l’invité d’honneur
L’exposition du Musée du Caire représente les résultats des
trois grandes missions, dirigées par Miroslav Verner,
professeur d’égyptologie à la faculté des lettres de
l’Université de Charles à Prague, et qui opèrent dans trois
emplacements différents de divers styles et époques, mais
faisant toutes parties de la région d’Aboussir : la première
traite le complexe funéraire royal des Ve et VIe dynasties,
la deuxième s’occupe des tombes des hauts fonctionnaires de
la même période et la troisième traite des puits funéraires
dont l’histoire remonte à la Basse-Epoque, soit les XXVe et
XXVIe dynasties ainsi que la XXVIIe, celle des souverains
perses. Mais apparemment, la Ve dynastie occupe la place la
plus importante pour les Tchèques, puisque plus de la moitié
des pièces exposées au Musée du Caire proviennent de cette
époque. « Nous avons sélectionné les plus intéressantes et
les plus belles trouvailles dérivées d’Aboussir », commente
Benesovska.
Une statue en calcaire représentant le roi Râneferef, de la
Ve dynastie, est le chef-d’œuvre de l’exposition. Trouvée en
état de fragments, cette statue a été reconstituée par les
restaurateurs tchèques, un travail qui reflète l’habileté
des membres de la mission opérant sur le site. Une telle
restauration a restitué la splendeur de la statue royale aux
traits naturels et a mis en relief la finesse des sculpteurs
de la Ve dynastie « qui ont transmis avec compétence leurs
connaissances anatomiques malgré la fragilité de la matière
de sculpture », reprend l’organisatrice. Toutes ces
caractéristiques distinguent cette statue des trois autres
qui représentent le même roi au sein de l’exposition.
La salle 44 au rez-de-chaussée du musée égyptien renferme
aussi 9 statues en bois, figurant des captifs dont les
traits varient entre asiatiques, libyens et nubiens. Ces
statues représentent les prisonniers à genoux et les mains
attachées aux côtés. « Elles faisaient partie du mobilier
royal, symbolisant la lutte du roi contre le mal et le démon
», explique Benesovska. D’ailleurs, elles reflètent encore
la domination du souverain égyptien sur les peuples des pays
voisins.
Renaissance d’une vie antique
Il y a également des papyrus qui retracent l’organisation
administrative et économique des travaux du complexe
funéraire de cette période. Ceux-ci montrent les différentes
offrandes. Selon le professeur Jaromir Krejci, membre de la
mission, ces archives semblent être les plus anciens
documents administratifs rédigés sur papyrus découverts
jusqu’à présent. A cette époque reculée, « tous les
documents étaient plutôt gravés sur pierre, d’où vient
l’originalité de ces archives exposées », reprend-t-il.
Autres pièces inédites que renferme l’exposition tchèque : «
Une plaque sur laquelle sont représentés des flacons
renfermant les sept huiles sacrées protectrices des
défunts dans l’au-delà », explique le professeur. Faites en
albâtre, elles proviennent de la tombe d’Ini, fils du vizir
Kar qui a été nommé juge au cours de la VIe dynastie. De ces
flacons émanaient des odeurs qui apaisaient les divinités
dévoreuses dans l’au-delà. Ceci dit, lorsqu’elles se
rendaient compte que le défunt était coupable, elles
dévoraient son cœur avant d’écouter sa défense. Quant à la
Basse-Epoque, elle est représentée à l’exposition par les
statuettes d’ouchebti en faïence bleue. Elles étaient
découvertes dans le puits funéraire intact du prêtre Iufaa .
Doaa
Elhami