Avec Jimmy Carter
Salama A. Salama
Probablement,
aucune visite effectuée par une personnalité étrangère au
Moyen-Orient n’a provoqué autant de remous et de colère dans
les cercles israéliens et américains.
La
question qui brûle tout le monde, y compris certaines
parties arabes, est : pourquoi l’ex-président américain
Jimmy Carter vient-il dans la région ? Ce président à la
retraite qui ne détient ni pouvoir ni influence sur le cours
des événements ou sur les efforts pour la paix ? Quels sont
les résultats qu’il réalisera à travers ses contacts avec le
Hamas et ses leaderships si ce n’est susciter la colère
d’Israël et l’exaspération de l’Administration américaine ?
D’autant plus que cette dernière désire qu’aucune partie,
même si c’est l’ex-président américain, ne s’exprime sur la
réalité de la situation dans la région.
Il est
vrai que Carter ne préside aucun courant et ne détient aucun
pouvoir de prise de décision ou d’activation des lobbys
d’influence. Cependant, l’homme qui a consacré sa vie et son
activité depuis qu’il a quitté le siège du pouvoir au
soutien de la paix, de la démocratie et de la défense des
droits de l’homme a acquis une réputation internationale de
personnalité caractérisée par la sagesse et l’intégrité. Il
a contribué par cette réputation à intervenir pour trouver
un compromis dans les litiges ou pour surveiller un nombre
d’élections dans des pays récemment convertis à la
démocratie. Et ceci, il l’a fait avec impartialité et
justice qui sont devenues monnaie rare dans les relations
internationales.
Carter
est arrivé dans la région en provenance du Népal qui était
le théâtre d’élections décisives destinées à transformer le
régime royal en un régime constitutionnel parlementaire. Son
équipe d’observateurs internationaux et lui ont pris en
charge de suivre de près les élections pour garantir leur
intégrité.
Lorsque
Carter fait part de ses impressions, il déclare sans ambages
que les Etats-Unis ont perdu leur leadership moral depuis
qu’ils ont renoncé à certains principes des droits de
l’homme. Et ce, depuis que l’Administration de Bush s’est
autorisée à recourir aux méthodes de torture et
d’emprisonnement sans procès, les considérant comme des
pratiques acceptables dans la guerre contre le terrorisme.
Dans son livre qu’il a publié sur l’islam dans le Moyen-Orient,
il a parlé du racisme en Israël comme étant les pires
violations des droits de l’homme. Plus particulièrement les
tortures, l’embargo, l’humiliation et le traitement inhumain
qu’endurent les Palestiniens sous le joug de la colonisation
israélienne.
De ce
dont il est témoin et de ce qu’il entend, Carter déduit que
l’état des droits de l’homme dans le monde arabe est loin
d’être satisfaisant. Pour lui, l’intérêt porté aux droits de
l’homme doit avoir la priorité sur l’application de la
démocratie. D’ailleurs, c’est ce qui a eu lieu en Amérique
Latine, dont la plupart des pays vivaient à l’ombre de
dictatures et qui se sont transformés, grâce au progrès en
matière de droits de l’homme, en démocratie.
Carter
appuie-t-il l’un des deux candidats démocrates aux
présidentielles américaines : Hillary ou Obama ? Carter
préfère ne pas s’exprimer sur le sujet, d’autant plus qu’il
est l’un des super-délégués du Parti démocrate. Mais il
rapporte que la presse avait compris qu’il appuyait Obama
lorsqu’il a dit dans une émission télévisée que ses fils et
ses petits-fils préféraient Obama.
De tous
les leaders du monde qui se sont éloignés du pouvoir sans
pour autant abandonner leur travail au service de l’humanité
et la défense des droits des pauvres et des plus démunis,
Carter est l’un des rares ayant mérité avec autant de
noblesse le prix Nobel pour la paix.