Al-Ahram Hebdo, Opinion | Mohamed Salmawy, L’Egypte au Salon du livre de Londres
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 Semaine du 23 au 29 avril 2008, numéro 711

 

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Opinion

L’Egypte au Salon du livre de Londres

Mohamed Salmawy 

A la table de l’ambassadeur d’Egypte à Londres, Guihad Mady, j’ai dit que pour des mesures de sécurité, d’habitude les leaders ne se réunissent pas à bord d’un même avion. Mais l’ambassadeur a tenu à réunir autour de sa table les figures de proue de la culture en Egypte, à l’occasion de l’inauguration du Salon du livre de Londres qui a choisi d’accueillir le monde arabe comme invité d’honneur dans son édition de cette année.

Malgré le faste et l’immensité des pavillons de certains pays arabes, il n’en demeure pas moins que l’intérêt porté aux écrivains, intellectuels, éditeurs et ouvrages égyptiens a prévalu par rapport à celui porté à nos confrères arabes. L’obtention par le grand romancier égyptien Bahaa Taher du premier prix international du roman arabe, que les milieux arabes ont appelé à tort le Booker arabe, a braqué les regards sur l’ensemble de l’œuvre de Bahaa Taher et non pas uniquement sur ce roman, L’oasis du couchant. Le colloque organisé avec lui dans un lieu central de la foire était l’un des événements marquants de cette manifestation.

Les responsables du prix britannique « Man Booker » m’ont déclaré que leur prix n’avait rien à voir avec le prix international qui a vu le jour cette année. Ronald Kimberly m’a dit que la présence d’un des grands responsables du prix Booker dans le jury du prix du roman arabe ne veut pas dire qu’il y a un quelconque lien avec le prix Booker. Ce dernier est une marque déposée et personne n’est en droit de l’utiliser pour n’importe quel autre prix sans une autorisation spéciale du prix britannique. Ce qui n’a pas été le cas pour le prix du roman arabe.

Les impressionnants chiffres de vente qu’ont réalisés les romans de Alaa Al-Aswani L’immeuble Yacoubian et Chicago représentaient une autre raison de mettre sous les feux des projecteurs la participation égyptienne à la Foire. Al-Aswani a eu l’honneur de devenir « l’écrivain du jour » le mardi 15 avril. La fameuse librairie Foyles, quant à elle, a organisé une cérémonie de dédicace qui a suscité un grand intérêt.

Suzana Nicklin, présidente du département des lettres au Conseil britannique de la culture, qui est la plus grande institution du genre en Grande-Bretagne, a déclaré que la participation arabe dans l’édition de cette année a énormément promu le niveau de la Foire. J’avais assisté à la Foire il y a trois ans et j’ai remarqué la grande différence entre les deux. D’ailleurs, Mme Nicklin m’a déclaré que de grands efforts ont été déployés par le côté britannique pour accueillir le monde arabe.

La Foire a été inaugurée à 8h30 le lundi 14 avril par une cérémonie de petit-déjeuner organisée par le président du Conseil britannique en l’honneur de Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe. A cette cérémonie ont été invitées 300 personnalités, dont le cheikh Sultan bin Quassem, le gouverneur de Sharjah, ainsi que les grands éditeurs et écrivains arabes.

Le secrétaire général de la Ligue arabe a prononcé une allocution en arabe dans laquelle il a affirmé l’importance d’accueillir le livre arabe dans les grandes foires culturelles internationales pour rapprocher les deux civilisations arabo-musulmane et occidentale. Il a dit que la connaissance de l’autre ne se fait qu’en prenant connaissance de sa culture. Il a mis l’accent sur le fait que c’est une mission commune entre les deux parties.

Ce qui a le plus marqué l’allocution de Amr Moussa, c’est sa condamnation franche des caricatures diffamant l’islam publiées à plusieurs reprises, bien que l’opinion occidentale soit consciente de la blessure profonde qu’elles ont causée aux Arabes et musulmans.

Le secrétaire général a manifesté un intérêt particulier à la Foire de Londres et était particulièrement intéressé à suivre ses activités. Il m’a affirmé qu’il avait des engagements importants pendant la période de la Foire, mais qu’il les a reportés parce qu’il tenait à y assister. Sa présence y a été effectivement pour beaucoup et la Foire aura certainement beaucoup perdu s’il avait été absent.

L’inauguration de la Foire a coïncidé avec le 63e anniversaire de la création de la Ligue arabe. Pour cette occasion, une grande réception a été organisée à l’hôtel Mandarine, en plein centre de la capitale britannique. Le secrétaire général de la Ligue arabe n’a pas omis d’exprimer son bonheur pour avoir eu l’occasion d’y assister, affirmant de nouveau que la raison de sa présence à Londres était la Foire du livre qui a accueilli le monde arabe comme invité d’honneur pour l’apport que cela représente dans le dialogue des civilisations.

La Foire a tenu un colloque dans la salle Thames consacré aux débats sur « la traduction et le dialogue des civilisations ». J’ai pris part à ce colloque ainsi que Nasser Al-Ansari, président de l’Organisme égyptien du livre, et l’ingénieur Ibrahim Al-Moallem, PDG de Dar Al-Chourouq. Chacun d’eux avait un projet ambitieux de traduction, sans oublier le projet de l’Union générale des écrivains arabes pour la traduction de 100 romans arabes de différents pays et de différentes générations d’écrivains. L’Organisme du livre a, quant à lui, lancé un nouveau projet de traduction à travers lequel il a réussi non pas uniquement à traduire certaines œuvres vers les langues française et anglaise, mais il a encore fait ce qui est plus important, c’était de conclure un accord avec les grandes maisons d’édition à l’étranger comme Lamartine pour publier une nouvelle édition conjointe de ces ouvrages. Quant à Dar Al-Chourouq, elle s’apprête actuellement à éditer en anglais pour le lancement sur les marchés internationaux de ses éditions en langues étrangères se limitant aux livres pour enfants.

Ce au moment où l’Union générale des écrivains arabes a obtenu un financement spécial pour le projet de traduction de 100 romans vers l’anglais et le français. C’est la deuxième étape du projet après le succès de la première qui a traduit ces éditions en russe et en chinois, ce qui a eu un énorme succès.

Trevor Mostyn, l’un des grands conseillers de l’Institut Reuters pour la presse, m’a dit que la participation arabe cette année a eu un grand effet qui se répercutera sur les années qui viennent et qui consistera à présenter une image du monde arabe différente de celle déformée qui a prédominé plus qu’il ne fallait.

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