L’Egypte au Salon du livre de Londres
Mohamed Salmawy
A
la table de l’ambassadeur d’Egypte à Londres, Guihad Mady,
j’ai dit que pour des mesures de sécurité, d’habitude les
leaders ne se réunissent pas à bord d’un même avion. Mais
l’ambassadeur a tenu à réunir autour de sa table les figures
de proue de la culture en Egypte, à l’occasion de
l’inauguration du Salon du livre de Londres qui a choisi
d’accueillir le monde arabe comme invité d’honneur dans son
édition de cette année.
Malgré le faste et l’immensité des pavillons de certains
pays arabes, il n’en demeure pas moins que l’intérêt porté
aux écrivains, intellectuels, éditeurs et ouvrages égyptiens
a prévalu par rapport à celui porté à nos confrères arabes.
L’obtention par le grand romancier égyptien Bahaa Taher du
premier prix international du roman arabe, que les milieux
arabes ont appelé à tort le Booker arabe, a braqué les
regards sur l’ensemble de l’œuvre de Bahaa Taher et non pas
uniquement sur ce roman, L’oasis du couchant. Le colloque
organisé avec lui dans un lieu central de la foire était
l’un des événements marquants de cette manifestation.
Les
responsables du prix britannique « Man Booker » m’ont
déclaré que leur prix n’avait rien à voir avec le prix
international qui a vu le jour cette année. Ronald Kimberly
m’a dit que la présence d’un des grands responsables du prix
Booker dans le jury du prix du roman arabe ne veut pas dire
qu’il y a un quelconque lien avec le prix Booker. Ce dernier
est une marque déposée et personne n’est en droit de
l’utiliser pour n’importe quel autre prix sans une
autorisation spéciale du prix britannique. Ce qui n’a pas
été le cas pour le prix du roman arabe.
Les impressionnants chiffres de vente qu’ont réalisés les
romans de Alaa Al-Aswani L’immeuble Yacoubian et Chicago
représentaient une autre raison de mettre sous les feux des
projecteurs la participation égyptienne à la Foire.
Al-Aswani a eu l’honneur de devenir « l’écrivain du jour »
le mardi 15 avril. La fameuse librairie Foyles, quant à
elle, a organisé une cérémonie de dédicace qui a suscité un
grand intérêt.
Suzana Nicklin, présidente du département des lettres au
Conseil britannique de la culture, qui est la plus grande
institution du genre en Grande-Bretagne, a déclaré que la
participation arabe dans l’édition de cette année a
énormément promu le niveau de la Foire. J’avais assisté à la
Foire il y a trois ans et j’ai remarqué la grande différence
entre les deux. D’ailleurs, Mme Nicklin m’a déclaré que de
grands efforts ont été déployés par le côté britannique pour
accueillir le monde arabe.
La Foire a été inaugurée à 8h30 le lundi 14 avril par une
cérémonie de petit-déjeuner organisée par le président du
Conseil britannique en l’honneur de Amr Moussa, secrétaire
général de la Ligue arabe. A cette cérémonie ont été
invitées 300 personnalités, dont le cheikh Sultan bin
Quassem, le gouverneur de Sharjah, ainsi que les grands
éditeurs et écrivains arabes.
Le secrétaire général de la Ligue arabe a prononcé une
allocution en arabe dans laquelle il a affirmé l’importance
d’accueillir le livre arabe dans les grandes foires
culturelles internationales pour rapprocher les deux
civilisations arabo-musulmane et occidentale. Il a dit que
la connaissance de l’autre ne se fait qu’en prenant
connaissance de sa culture. Il a mis l’accent sur le fait
que c’est une mission commune entre les deux parties.
Ce qui a le plus marqué l’allocution de Amr Moussa, c’est sa
condamnation franche des caricatures diffamant l’islam
publiées à plusieurs reprises, bien que l’opinion
occidentale soit consciente de la blessure profonde qu’elles
ont causée aux Arabes et musulmans.
Le secrétaire général a manifesté un intérêt particulier à
la Foire de Londres et était particulièrement intéressé à
suivre ses activités. Il m’a affirmé qu’il avait des
engagements importants pendant la période de la Foire, mais
qu’il les a reportés parce qu’il tenait à y assister. Sa
présence y a été effectivement pour beaucoup et la Foire
aura certainement beaucoup perdu s’il avait été absent.
L’inauguration de la Foire a coïncidé avec le 63e
anniversaire de la création de la Ligue arabe. Pour cette
occasion, une grande réception a été organisée à l’hôtel
Mandarine, en plein centre de la capitale britannique. Le
secrétaire général de la Ligue arabe n’a pas omis d’exprimer
son bonheur pour avoir eu l’occasion d’y assister, affirmant
de nouveau que la raison de sa présence à Londres était la
Foire du livre qui a accueilli le monde arabe comme invité
d’honneur pour l’apport que cela représente dans le dialogue
des civilisations.
La Foire a tenu un colloque dans la salle Thames consacré
aux débats sur « la traduction et le dialogue des
civilisations ». J’ai pris part à ce colloque ainsi que
Nasser Al-Ansari, président de l’Organisme égyptien du
livre, et l’ingénieur Ibrahim Al-Moallem, PDG de Dar
Al-Chourouq. Chacun d’eux avait un projet ambitieux de
traduction, sans oublier le projet de l’Union générale des
écrivains arabes pour la traduction de 100 romans arabes de
différents pays et de différentes générations d’écrivains.
L’Organisme du livre a, quant à lui, lancé un nouveau projet
de traduction à travers lequel il a réussi non pas
uniquement à traduire certaines œuvres vers les langues
française et anglaise, mais il a encore fait ce qui est plus
important, c’était de conclure un accord avec les grandes
maisons d’édition à l’étranger comme Lamartine pour publier
une nouvelle édition conjointe de ces ouvrages. Quant à Dar
Al-Chourouq, elle s’apprête actuellement à éditer en anglais
pour le lancement sur les marchés internationaux de ses
éditions en langues étrangères se limitant aux livres pour
enfants.
Ce au moment où l’Union générale des écrivains arabes a
obtenu un financement spécial pour le projet de traduction
de 100 romans vers l’anglais et le français. C’est la
deuxième étape du projet après le succès de la première qui
a traduit ces éditions en russe et en chinois, ce qui a eu
un énorme succès.
Trevor Mostyn, l’un des grands conseillers de l’Institut
Reuters pour la presse, m’a dit que la participation arabe
cette année a eu un grand effet qui se répercutera sur les
années qui viennent et qui consistera à présenter une image
du monde arabe différente de celle déformée qui a prédominé
plus qu’il ne fallait.