Palestine.
Bien que critiquée par les Etats-Unis et Israël, la tournée
de l’ex-président américain Jimmy Carter pourrait ouvrir une
petite porte vers un dialogue avec le Hamas.
Appel à plus de flexibilité
La politique de l’exclusion et l’isolement imposée au Hamas
n’a porté aucun fruit, par contre, l’engagement d’un
dialogue avec ce mouvement islamiste semble être plus
productif. C’est au moins le constat actuel fait après la
tournée de l’ex-président américain Jimmy Carter dans la
région. Lundi, M. Carter a souligné que le Hamas est prêt à
reconnaître le droit d’Israël à vivre en paix si un accord
de paix est conclu et approuvé par un référendum
palestinien. « Ils (le Hamas) ont indiqué qu’ils seraient
prêts à accepter un Etat palestinien dans les frontières de
1967 si les Palestiniens l’approuvent et qu’ils
accepteraient le droit d’Israël à vivre en paix comme proche
voisin », a affirmé M. Carter lors d’une conférence de
presse.
M. Carter a par ailleurs indiqué que le Hamas serait prêt à
reconnaître un accord de paix négocié par le premier
ministre israélien Ehud Olmert
et M. Abbass, à condition «
qu’il soit soumis à l’approbation des Palestiniens, même si
le Hamas devait être en désaccord sur certains des termes de
cet accord ».
M. Carter a d’autre part indiqué que le Hamas a donné son
accord pour que le soldat israélien
Gilad Shalit enlevé en
juin 2006 en Israël à la lisière de la bande de Gaza par
trois groupes armés, dont l’un relevant du Hamas, puisse
faire parvenir une lettre à ses parents.
Vendredi, un responsable du Hamas avait affirmé que
Gilad
Shalit serait « immédiatement » relâché si Israël
libérait des prisonniers palestiniens.
Les dirigeants du Hamas ont jugé qu’une offre de libérer
Shalit en échange de 600
prisonniers palestiniens était « raisonnable » étant donné
le nombre élevé — 11 000 — de détenus palestiniens dans les
geôles israéliennes. L’ex-président américain a souligné que
le Hamas et la Syrie devraient être impliqués dans toute
initiative de paix visant à instaurer une solution pacifique
au conflit proche-oriental. « La stratégie actuelle visant à
exclure la Syrie et le Hamas ne marche pas. Elle contribue à
exacerber le cycle de la violence, les malentendus et
l’animosité », a-t-il dit.
« Nous pensons que le problème réside dans le fait qu’Israël
et les Etats-Unis refusent de rencontrer ces gens, et non
dans le fait que j’ai rencontré le Hamas à Damas », a encore
dit le prix Nobel de la paix 2002, qui s’exprimait à la
tribune du Conseil israélien pour les relations extérieures,
une organisation indépendante agissant sous l’égide du
Congrès juif mondial.
Au cours de ses entretiens avec le chef du mouvement
islamiste Khaled Méchaal à Damas, M. Carter a réclamé des
gestes de « bonne volonté » du mouvement palestinien envers
Israël, a affirmé un haut responsable du Hamas, Mohamad
Nazzal.
Il a proposé « une trêve » entre Israël et le Hamas qui
contrôle la bande de Gaza, « un échange de prisonniers » qui
comprendrait le soldat israélien Gilad Shalit, « la levée du
blocus » imposé à Gaza et une solution concernant « le point
de passage de Rafah ».
Un analyste palestinien a estimé sous couvert de l’anonymat
que M. Carter, prix Nobel de la paix en 2002, tenait compte
dans ses propositions « des appréhensions sécuritaires
d’Israël. Il veut éviter les tirs de roquettes sur l’Etat
hébreu, pousser à des négociations entre les deux parties »,
a-t-il commenté, estimant qu’il était « déraisonnable
d’ignorer le Hamas ».
Susciter l’ire des Palestiniens
Alors que les Palestiniens multiplient les déclarations
visant à relancer les négociations de paix — le président
Mahmoud Abbass s’est dit déterminé à parvenir à un «
accord-cadre » jetant les bases d’un traité de paix —,
Israël met toujours les bâtons dans les roues. Des raids et
des incursions à la poursuite de la colonisation en passant
par ses réticences à un sommet de paix proposé par la
Russie, l’Etat hébreu ne dévie pas de sa politique axée sur
la tergiversation. Dimanche, il a mené des raids dans la
bande de Gaza en représailles à une attaque palestinienne,
portant à six le nombre d’activistes tués depuis samedi. Les
missiles israéliens ont été tués tôt dans l’Est de la ville
de Gaza et dans le nord du territoire. Vendredi, il a engagé
le processus de construction de nouvelles habitations dans
des colonies de Cisjordanie occupée sans tenir compte des
protestations palestiniennes, au risque d’irriter la
communauté internationale.
L’appel d’offres, publié dans la presse, concerne la
construction de 52 logements dans l’implantation d’El-Kana
et de 48 autres dans la colonie d’Ariel, toutes deux dans le
nord de la Cisjordanie.
C’est la première fois qu’un tel appel d’offres soit lancé
concernant des colonies hors Jérusalem-Est annexée, depuis
la relance formelle le 27 novembre des négociations de paix
israélo-palestiniennes à Annapolis aux Etats-Unis. « Nous
condamnons fermement la poursuite de la colonisation. Une
telle décision sabote le processus de paix et les
négociations », entre Israël et les Palestiniens, a déclaré
l’un des principaux négociateurs palestiniens,
Saëb Ereqat.
La Feuille de route, le dernier plan international mis au
point en 2003 par le Quartette (les Etats-Unis, la Russie,
l’Union européenne et les Nations-Unies)
prévoit un gel de la colonisation israélienne et l’arrêt des
violences du côté palestinien. Elle est restée jusqu’à ce
jour lettre morte.
M. Olmert avait déjà annoncé en
mars que les constructions de logements dans les grands
blocs de colonies de Cisjordanie ainsi qu’à Jérusalem-Est
allaient continuer.
Rania
Adel