Iraq.
Alors que Moqtada Sadr menace d’intensifier sa lutte contre
la présence américaine, les Etats-Unis tentent de gagner à
leur cause les pays arabes et d’accroître leur influence
pour limiter celle de l’Iran voisin.
Jeux d’influence
«
Des progrès vers l’unité réalisés par le pouvoir iraqien ».
Ce sont les termes utilisés par la secrétaire d’Etat
américaine, Condoleezza Rice, lors de sa visite-surprise
dimanche dernier à Bagdad. Des mots qui ne semblent pourtant
pas témoigner de la réalité politique et sécuritaire en
Iraq, au moment où la tension entre le gouvernement et
Moqtada Sadr a franchi un nouveau pas. La visite de Mme Rice
s’inscrit donc avant tout comme un soutien au gouvernement
de Nouri Al-Maliki, qui fait face à de nombreux défis. «
L’Iraq traverse une période d’opportunités, dont il faut
remercier le premier ministre (Nouri Al-Maliki) et le
pouvoir iraqien uni », a lancé Mme Rice. Tout en ajoutant :
« Jamais les sunnites, les responsables kurdes et ceux des
chiites qui n’ont pas de lien avec les groupes spéciaux
n’ont aussi bien travaillé ensemble ». La secrétaire d’Etat
américaine aurait-elle donc oublié les menaces de « guerre
ouverte » lancées par Moqtada Sadr ? Aurait-elle oublié que
les récentes violences entre les forces de sécurité
iraqiennes et américaines d’une part, et les miliciens
sadristes d’autre part, sont les plus sérieuses depuis 2004,
et qu’elles ont fait, depuis le 6 avril, à Sadr City,
quelque 150 morts et des dizaines de blessés, en majorité
des civils ?
C’est pourtant à la veille de son arrivée à Bagdad que
le chef radical chiite a menacé de déclencher un soulèvement
de ses partisans si les attaques des troupes américaines et
iraqiennes contre son mouvement, entamées début mars, se
poursuivaient. Une menace que les Américains ont défiée en
poursuivant dans la nuit de dimanche à lundi leurs
bombardements d’objectifs dans le quartier de Sadr City,
bastion du mouvement de Sadr, tuant cinq miliciens. Samedi,
l’armée américaine avait en outre annoncé la mort de
quarante miliciens chiites et l’arrestation de quarante
autres après que les forces de sécurité iraqiennes eurent
riposté à une attaque à Nassiriyah, au sud de Bagdad.
Interrogée sur la menace de Sadr, Mme Rice s’est
contentée de dire qu’il était difficile de comprendre « ses
motivations et ses intentions ». Elle a en outre assuré que
le jeune chef radical se trouvait en Iran, laissant entendre
que la République islamique avait un rôle dans ces
événements.
C’est à la suite de l’intensification des
affrontements, ces derniers jours, que Moqtada Sadr, fervent
opposant à la présence américaine en Iraq, a lancé sa
menace. A la suite de l’appel de Moqtada Sadr à la révolte,
les mosquées de Sadr City, bastion de l’Armée de Mahdi, dans
le nord-est de la capitale iraqienne, ont exhorté à chasser
les Américains. Selon des habitants, les haut-parleurs des
mosquées ont lancé dans la nuit de samedi à dimanche : «
Combattez l’occupant, chassez-le de vos maisons ».
Le commandement américain en Iraq a répondu qu’il
était en mesure de parer à une offensive de la milice
sadriste, l’Armée de Mahdi, qui compte quelque 60 000
combattants. Le général Rick Lynch, commandant des forces
américaines, a averti que « si Sadr et (l’Armée de Mahdi)
deviennent très agressifs, nous avons assez de puissance de
feu pour porter le combat chez l’ennemi ».
Chercher un contrepoids à l’Iran
Le face-à-face entre les forces américaines et
sadristes est donc loin d’être à son terme. Et la visite de
Mme Rice avait pour objectif principal de soutenir le
gouvernement de Nouri Al-Maliki. Cette visite a également un
autre but non moins important. En effet, la secrétaire d’Etat
américaine est arrivée en Iraq alors qu’elle était en route
pour assister à une conférence internationale au Koweït, où
elle est venue exhorter les voisins arabes sunnites de
l’Iraq à soutenir le gouvernement chiite de Bagdad. Les
Etats-Unis voient dans une mobilisation arabe plus forte en
faveur de l’Iraq — notamment de la part de l’Arabie saoudite
—, un contrepoids efficace à l’influence de l’Iran. Mme Rice
a appelé les pays arabes à faire face à « leurs obligations
» à l’égard de l’Iraq, et les a pressés de rouvrir leurs
ambassades à Bagdad. « Je pense qu’il est juste de dire que
les voisins pourraient faire plus pour remplir leurs
obligations parce que je pense que les Iraqiens commencent à
honorer les leurs », a-t-elle dit. Première avancée obtenue
par Mme Rice, dimanche, le ministre koweïtien des Affaires
étrangères, Cheikh Mohammed Sabah Al-Salem Al-Sabah, a
annoncé que son pays avait décidé d’envoyer un ambassadeur
dans la capitale iraqienne, bien qu’il ait nié tout lien
avec la demande américaine.
Jusqu’à présent, aucun pays arabe n’a de représentant
permanent à Bagdad. Et les hauts responsables arabes sont
rares à se rendre en Iraq. L’Egypte a dit vendredi qu’elle
n’enverrait pas d’ambassadeur à Bagdad tant que la situation
en matière de sécurité ne s’améliorerait pas. Des activistes
ont enlevé et tué l’émissaire égyptien à Bagdad en 2005.
Quant à Riyad, il a promis l’an dernier d’ouvrir une
ambassade à Bagdad, mais cette promesse est restée sans
suite. Selon un diplomate occidental en Iran cité par
l’agence Reuters, les Etats-Unis veulent exhorter les pays
arabes à se montrer plus proactifs étant donné
l’accroissement de l’influence iranienne en Iraq. « S’ils ne
font rien, la situation en Iraq va être complètement dominée
par l’Iran car l’Iran fait, lui, quelque chose », a-t-il
conclu .
Abir
Taleb