Al-Ahram Hebdo, Evénement | Les biocarburants pèsent sur la nourriture !
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 23 au 29 avril 2008, numéro 711

 

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Crise Alimentaire Mondiale. Accusés de contribuer à la crise alimentaire, les biocarburants font l’objet de critiques de plus en plus violentes. Qu’en est-il vraiment ?

Les biocarburants pèsent sur la nourriture !

Qu’est-ce qui est le plus important, un plein de 4x4 en biocarburant ou l’alimentation d’un homme pendant un an ? Même si les biocarburants contribuent à lutter contre le réchauffement climatique il y a une autre vérité plus importante, c’est qu’ils ne manquent pas de concurrencer avec les cultures alimentaires. Ce qui a eu des impacts graves sur la hausse des prix des produits agricoles, surtout ceux des céréales (blé, maïs) qui servent à nourrir l’homme et l’animal (producteur de lait et de chair pour la consommation de l’homme).

A l’origine, les pays industriels ont voulu réduire leurs émissions en dioxyde de carbone en trouvant un combustible moins cher, moins polluant et plus abondant dans leurs territoires. Ils ont décidé de nourrir leurs véhicules à travers les quantités de graines qui restent après avoir subvenu à leurs besoins alimentaires nationaux. Et au lieu d’exporter ces graines vers les pays qui en ont besoin, ils les utilisent au niveau national pour produire du biocarburant.

En effet, l’Union Européenne (UE) avait fixé, en 2003, des objectifs indicatifs de consommation de biocarburants : 2 % de la consommation totale de carburants en 2005, puis 5,75 % en 2010 et 7 % en 2015, les besoins en huile et en éthanol devraient concerner 12 millions d’hectares dans l’Union européenne. Elle n’avait pas encore forcé les feux en décidant de porter à 10 % le volume de carburants verts qui devront être utilisés dans les transports en 2020.

Pour sa part, le président Bush venait à peine, dans le cadre d’un nouveau Clean Air Act, de fixer un objectif de 5 %, en 2012, pour la part de l’essence agricole dans la consommation routière américaine. Ainsi, il est prévu que 128 usines de production de biocarburants soient construites aux Etats-Unis. Une quarantaine d’entre elles sont déjà construites et sont entrées en production avant la fin du mois de septembre 2007, et 84 sont en cours de construction. Comme conséquence de l’extension des biocarburants, le prix de la tonne de blé s’élève aujourd’hui à 500 dollars contre 100 dollars il y a deux ans. Les cours du maïs ont augmenté de près de 30 % cette année en raison de la diminution des stocks et d’une demande croissante pour les céréales utilisées pour nourrir le bétail et la production de carburants de substitution, dont l’éthanol. Ce n’est pas tout, le département américain de l’Agriculture prévoit que les exploitants ne planteront que 34 millions d’hectares de maïs en 2008, soit une baisse de 8 % par rapport à l’an dernier.

« La hausse des prix des cultures alimentaires est la conséquence la plus visible du développement des biocarburants. La globalisation se montre puissante à cet égard. C’est la décision de l’expansion des biocarburants aux Etats-Unis qui a provoqué les queues terribles devant les boulangeries en Egypte », commente le Dr Mohamad Abdel-Fattah Al-Qassas, expert international en environnement, professeur de botanique à l’Université du Caire et ancien directeur exécutif de l’Union mondiale de la conservation de la nature (IUCN).

Pour le Dr Diaa Al-Qoussi, consultant au ministère de l’Irrigation et des Ressources hydrauliques, « la pression exercée par les biocarburants sur l’agriculture va remettre en cause notre capacité à faire face aux besoins élémentaires en nourriture si nous n’y prenons garde », affirme-t-il.

Concurrence dangereuse

Selon le Dr Abdel-Fattah Al-Qassas, il s’agit de combustibles à base de produits agricoles. Au Brésil, le biocarburant est issu de la transformation de sucre en alcool (éthanol), cette transformation nécessite une seule étape et donc l’efficacité énergétique est viable car il est à noter que pour produire du biocarburant, il faut utiliser de l’énergie fossile. Dans le cas de biocarburant à base de canne à sucre, chaque unité d’énergie fossile utilisée produit 3 unités de biocarburants.

Aux Etats-Unis, ils obtiennent les biocarburants en transformant les graines comme le blé et le maïs en sucre puis ensuite ils transforment le sucre en alcool. Donc, ils obtiennent leurs biocarburants en deux étapes, ce qui fait qu’ils utilisent une unité d’énergie fossile pour obtenir moins de 1 et demi de biocarburants.

« Les deux groupes précédents obtiennent l’éthanol qui est destiné aux moteurs à essence. Un troisième groupe dont l’Allemagne et l’Europe occidentale extraient les huiles (colza, tournesol, palme) pour produire du biodiesel utilisé par les moteurs diesel », explique le Dr Al-Qassas.

Selon lui, dans ces trois groupes, il existe un problème essentiel. La production du biocarburant est en concurrence avec la production de la nourriture.

Un quatrième groupe utilise des plantes comme le jatropha. Son nom botanique complet est jatropha curcas. Cette plante arbustive pousse sur des terres arides dont on ne tire rien. Elle supporte allègrement la sécheresse, ne se laisse pas embêter par les petites bêtes, ni les grosses (elle est toxique), enfin ses graines contiennent 35 % d’une huile que l’on transforme aisément en un excellent biodiesel. Le jatropha donne près de 2 000 litres d’huile à l’hectare, soit quatre fois mieux que le colza.

La question importante qui cherche une réponse est la suivante : si l’extension de l’utilisation des biocarburants est un crime contre l’humanité, qui pourra donc l’arrêter ?

Dalia Abdel-Salam

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