Crise Alimentaire Mondiale.
Accusés de contribuer à la crise alimentaire, les
biocarburants font l’objet de critiques de plus en plus
violentes. Qu’en est-il vraiment ?
Les biocarburants pèsent sur la nourriture !
Qu’est-ce
qui est le plus important, un plein de 4x4 en biocarburant
ou l’alimentation d’un homme pendant un an ? Même si les
biocarburants contribuent à lutter contre le réchauffement
climatique il y a une autre vérité plus importante, c’est
qu’ils ne manquent pas de concurrencer avec les cultures
alimentaires. Ce qui a eu des impacts graves sur la hausse
des prix des produits agricoles, surtout ceux des céréales
(blé, maïs) qui servent à nourrir l’homme et l’animal
(producteur de lait et de chair pour la consommation de
l’homme).
A l’origine, les pays industriels ont voulu réduire leurs
émissions en dioxyde de carbone en trouvant un combustible
moins cher, moins polluant et plus abondant dans leurs
territoires. Ils ont décidé de nourrir leurs véhicules à
travers les quantités de graines qui restent après avoir
subvenu à leurs besoins alimentaires nationaux. Et au lieu
d’exporter ces graines vers les pays qui en ont besoin, ils
les utilisent au niveau national pour produire du
biocarburant.
En effet, l’Union Européenne (UE) avait fixé, en 2003, des
objectifs indicatifs de consommation de biocarburants : 2 %
de la consommation totale de carburants en 2005, puis 5,75 %
en 2010 et 7 % en 2015, les besoins en huile et en éthanol
devraient concerner 12 millions d’hectares dans l’Union
européenne. Elle n’avait pas encore forcé les feux en
décidant de porter à 10 % le volume de carburants verts qui
devront être utilisés dans les transports en 2020.
Pour sa part, le président Bush venait à peine, dans le
cadre d’un nouveau Clean Air Act, de fixer un objectif de 5
%, en 2012, pour la part de l’essence agricole dans la
consommation routière américaine. Ainsi, il est prévu que
128 usines de production de biocarburants soient construites
aux Etats-Unis. Une quarantaine d’entre elles sont déjà
construites et sont entrées en production avant la fin du
mois de septembre 2007, et 84 sont en cours de construction.
Comme conséquence de l’extension des biocarburants, le prix
de la tonne de blé s’élève aujourd’hui à 500 dollars contre
100 dollars il y a deux ans. Les cours du maïs ont augmenté
de près de 30 % cette année en raison de la diminution des
stocks et d’une demande croissante pour les céréales
utilisées pour nourrir le bétail et la production de
carburants de substitution, dont l’éthanol. Ce n’est pas
tout, le département américain de l’Agriculture prévoit que
les exploitants ne planteront que 34 millions d’hectares de
maïs en 2008, soit une baisse de 8 % par rapport à l’an
dernier.
« La hausse des prix des cultures alimentaires est la
conséquence la plus visible du développement des
biocarburants. La globalisation se montre puissante à cet
égard. C’est la décision de l’expansion des biocarburants
aux Etats-Unis qui a provoqué les queues terribles devant
les boulangeries en Egypte », commente le Dr Mohamad
Abdel-Fattah Al-Qassas, expert international en
environnement, professeur de botanique à l’Université du
Caire et ancien directeur exécutif de l’Union mondiale de la
conservation de la nature (IUCN).
Pour le Dr Diaa Al-Qoussi, consultant au ministère de
l’Irrigation et des Ressources hydrauliques, « la pression
exercée par les biocarburants sur l’agriculture va remettre
en cause notre capacité à faire face aux besoins
élémentaires en nourriture si nous n’y prenons garde »,
affirme-t-il.
Concurrence dangereuse
Selon le Dr Abdel-Fattah Al-Qassas, il s’agit de
combustibles à base de produits agricoles. Au Brésil, le
biocarburant est issu de la transformation de sucre en
alcool (éthanol), cette transformation nécessite une seule
étape et donc l’efficacité énergétique est viable car il est
à noter que pour produire du biocarburant, il faut utiliser
de l’énergie fossile. Dans le cas de biocarburant à base de
canne à sucre, chaque unité d’énergie fossile utilisée
produit 3 unités de biocarburants.
Aux Etats-Unis, ils obtiennent les biocarburants en
transformant les graines comme le blé et le maïs en sucre
puis ensuite ils transforment le sucre en alcool. Donc, ils
obtiennent leurs biocarburants en deux étapes, ce qui fait
qu’ils utilisent une unité d’énergie fossile pour obtenir
moins de 1 et demi de biocarburants.
« Les deux groupes précédents obtiennent l’éthanol qui est
destiné aux moteurs à essence. Un troisième groupe dont
l’Allemagne et l’Europe occidentale extraient les huiles
(colza, tournesol, palme) pour produire du biodiesel utilisé
par les moteurs diesel », explique le Dr Al-Qassas.
Selon lui, dans ces trois groupes, il existe un problème
essentiel. La production du biocarburant est en concurrence
avec la production de la nourriture.
Un quatrième groupe utilise des plantes comme le jatropha.
Son nom botanique complet est jatropha curcas. Cette plante
arbustive pousse sur des terres arides dont on ne tire rien.
Elle supporte allègrement la sécheresse, ne se laisse pas
embêter par les petites bêtes, ni les grosses (elle est
toxique), enfin ses graines contiennent 35 % d’une huile que
l’on transforme aisément en un excellent biodiesel. Le
jatropha donne près de 2 000 litres d’huile à l’hectare,
soit quatre fois mieux que le colza.
La question importante qui cherche une réponse est la
suivante : si l’extension de l’utilisation des biocarburants
est un crime contre l’humanité, qui pourra donc l’arrêter ?
Dalia
Abdel-Salam