Frères Musulmans.
La justice militaire a condamné 25 cadres de la confrérie à
des peines allant de un à dix ans de prison. Le verdict
soulève l’indignation des organisations de défense des
droits de l’homme et relance le débat sur l’avenir de cette
mouvance.
La fin de la clémence
Ce verdict de la justice militaire a résonné comme une mise
en garde en direction des Frères musulmans. Le message est
clair : la politique de compromis longtemps adoptée par l’Etat
envers la confrérie n’est plus de mise. 25 dirigeants des
Frères ont été condamnés à des peines allant de 1 à 10 ans
de prison, dont Khaïrat Al-Chater, le numéro trois de la
confrérie, et Hassan Malek, un ancien cadre, qui ont écopé
chacun de 7 ans de prison. 15 autres accusés ont été
acquittés. L’affaire remonte à décembre 2006, lorsque 40
membres de la confrérie, accusés de blanchiment d’argent et
d’appartenance à une organisation interdite, ont été
arrêtés. En avril 2007, ils sont déférés devant la justice
militaire par décret présidentiel.
Des journalistes et des correspondants de différentes
chaînes satellites s’étaient massés au tribunal, le 15
avril, pour suivre l’audience. Des accrochages avaient alors
éclaté entre les familles des condamnés et les appareils de
sécurité.
Le verdict soulève des critiques parmi les défenseurs des
droits de l’homme et dans les rangs de l’opposition. Quant
aux Frères musulmans, ils ont réagi par des manifestations
dans plusieurs universités et ont annoncé qu’ils
présenteraient un recours contre ce verdict qu’ils
qualifient de politique. « Nous allons lutter jusqu’au bout
pour libérer les cadres de la confrérie condamnés par la
Cour militaire. Le rôle de cette cour est de réprimer les
opposants au régime. Nous avons aussi présenté une plainte
au procureur général contre les abus de la sécurité contre
les familles des accusés et les représentants des
organisations des droits de l’homme pour les empêcher
d’assister à l’audience », lance Gamal Tag, membre du Front
de défense des Frères. Selon lui, toutes les procédures de
ce procès sont illégales et ne sont pas fondées
juridiquement. « La preuve est que les accusés avaient été
innocentés par la justice civile. Ce verdict est la preuve
que le régime cherche à monopoliser le pouvoir par tous les
moyens, au point d’en perdre la raison », renchérit pour sa
part Mahmoud Ghazlan, membre du bureau de direction de la
confrérie. Et de poursuivre : « Nous continuerons le chemin,
nous appliquerons nos plans et nos stratégies sans être
influencés par de telles mesures répressives ». Les
organisations des droits de l’homme ont également critiqué
le verdict. « Il s’agit d’une discrimination flagrante qui
contredit toutes les chartes des droits de l’homme.
J’appelle le président Moubarak à revoir ces verdicts qui
portent atteinte à tous les acquis de la réforme politique
et de rejuger les accusés devant la justice civile »,
réclame Hafez Abou-Seada, secrétaire général de
l’Organisation Egyptienne des Droits de l’Homme (OEDH).
Le verdict de la Cour militaire intervient dans un contexte
où les relations entre l’Etat et la confrérie traversent une
période de tension. Les Frères ont été totalement exclus des
élections municipales du 8 avril dernier et un vaste coup de
filet a été mené dans leurs rangs. « Ce verdict imprévisible
et sévère marque un tournant dans les relations entre les
Frères et l’Etat. Ce dernier a, semble-t-il, décidé
d’éloigner entièrement les Frères de la scène politique »,
analyse Diaa Rachwan, chercheur au Centre des Etudes
Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Si au cours
des précédentes années, la politique de l’Etat envers les
Frères a été celle du bâton et de la carotte, ce n’est plus
le cas aujourd’hui. En effet, le régime qui se prépare à une
succession au sommet de l’Etat au cours des prochaines
années ne semble plus disposé à accepter les politiques de
compromis. « Pourtant, les Frères musulmans ont connu au
cours de leur histoire des phases plus dures, notamment
après la condamnation de Hassan Al-Banna, ex-guide spirituel
de la confrérie, à 20 ans de prison », estime Diaa Rachwan.
Pour Amr Al-Chobaki, un autre expert des mouvements
islamistes au CEPS, ce verdict de la justice militaire aura
des répercussions sur la structure interne de la confrérie.
« La confiscation des biens de Khaïrat Al-Chater sera aussi
un coup dur à la confrérie, puisqu’il assurait environ le
tiers du financement des Frères ». L’exclusion des
islamistes de la scène politique aura pour conséquence de
renforcer le camp dur au sein de la confrérie opposé à toute
réforme. « Il est nécessaire de trouver des moyens
d’intégrer les islamistes dans la vie politique au lieu de
les exclure ». Et de conclure : « L’Etat qui tente
aujourd’hui d’exclure les islamistes ne possède pas de
véritable projet politique comme c’était le cas des
Wafdistes dans les années 1940 ou à l’époque de Nasser et
Sadate où la politique palliait les mesures sécuritaires
contre les Frères ».
May
Al-Maghrabi