Al-Ahram Hebdo, Egypte | La fin de la clémence
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 23 au 29 avril 2008, numéro 711

 

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Egypte

Frères Musulmans. La justice militaire a condamné 25 cadres de la confrérie à des peines allant de un à dix ans de prison. Le verdict soulève l’indignation des organisations de défense des droits de l’homme et relance le débat sur l’avenir de cette mouvance.

La fin de la clémence

Ce verdict de la justice militaire a résonné comme une mise en garde en direction des Frères musulmans. Le message est clair : la politique de compromis longtemps adoptée par l’Etat envers la confrérie n’est plus de mise. 25 dirigeants des Frères ont été condamnés à des peines allant de 1 à 10 ans de prison, dont Khaïrat Al-Chater, le numéro trois de la confrérie, et Hassan Malek, un ancien cadre, qui ont écopé chacun de 7 ans de prison. 15 autres accusés ont été acquittés. L’affaire remonte à décembre 2006, lorsque 40 membres de la confrérie, accusés de blanchiment d’argent et d’appartenance à une organisation interdite, ont été arrêtés. En avril 2007, ils sont déférés devant la justice militaire par décret présidentiel.

Des journalistes et des correspondants de différentes chaînes satellites s’étaient massés au tribunal, le 15 avril, pour suivre l’audience. Des accrochages avaient alors éclaté entre les familles des condamnés et les appareils de sécurité.

Le verdict soulève des critiques parmi les défenseurs des droits de l’homme et dans les rangs de l’opposition. Quant aux Frères musulmans, ils ont réagi par des manifestations dans plusieurs universités et ont annoncé qu’ils présenteraient un recours contre ce verdict qu’ils qualifient de politique. « Nous allons lutter jusqu’au bout pour libérer les cadres de la confrérie condamnés par la Cour militaire. Le rôle de cette cour est de réprimer les opposants au régime. Nous avons aussi présenté une plainte au procureur général contre les abus de la sécurité contre les familles des accusés et les représentants des organisations des droits de l’homme pour les empêcher d’assister à l’audience », lance Gamal Tag, membre du Front de défense des Frères. Selon lui, toutes les procédures de ce procès sont illégales et ne sont pas fondées juridiquement. « La preuve est que les accusés avaient été innocentés par la justice civile. Ce verdict est la preuve que le régime cherche à monopoliser le pouvoir par tous les moyens, au point d’en perdre la raison », renchérit pour sa part Mahmoud Ghazlan, membre du bureau de direction de la confrérie. Et de poursuivre : « Nous continuerons le chemin, nous appliquerons nos plans et nos stratégies sans être influencés par de telles mesures répressives ». Les organisations des droits de l’homme ont également critiqué le verdict. « Il s’agit d’une discrimination flagrante qui contredit toutes les chartes des droits de l’homme. J’appelle le président Moubarak à revoir ces verdicts qui portent atteinte à tous les acquis de la réforme politique et de rejuger les accusés devant la justice civile », réclame Hafez Abou-Seada, secrétaire général de l’Organisation Egyptienne des Droits de l’Homme (OEDH).

Le verdict de la Cour militaire intervient dans un contexte où les relations entre l’Etat et la confrérie traversent une période de tension. Les Frères ont été totalement exclus des élections municipales du 8 avril dernier et un vaste coup de filet a été mené dans leurs rangs. « Ce verdict imprévisible et sévère marque un tournant dans les relations entre les Frères et l’Etat. Ce dernier a, semble-t-il, décidé d’éloigner entièrement les Frères de la scène politique », analyse Diaa Rachwan, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Si au cours des précédentes années, la politique de l’Etat envers les Frères a été celle du bâton et de la carotte, ce n’est plus le cas aujourd’hui. En effet, le régime qui se prépare à une succession au sommet de l’Etat au cours des prochaines années ne semble plus disposé à accepter les politiques de compromis. « Pourtant, les Frères musulmans ont connu au cours de leur histoire des phases plus dures, notamment après la condamnation de Hassan Al-Banna, ex-guide spirituel de la confrérie, à 20 ans de prison », estime Diaa Rachwan.

Pour Amr Al-Chobaki, un autre expert des mouvements islamistes au CEPS, ce verdict de la justice militaire aura des répercussions sur la structure interne de la confrérie. « La confiscation des biens de Khaïrat Al-Chater sera aussi un coup dur à la confrérie, puisqu’il assurait environ le tiers du financement des Frères ». L’exclusion des islamistes de la scène politique aura pour conséquence de renforcer le camp dur au sein de la confrérie opposé à toute réforme. « Il est nécessaire de trouver des moyens d’intégrer les islamistes dans la vie politique au lieu de les exclure ». Et de conclure : « L’Etat qui tente aujourd’hui d’exclure les islamistes ne possède pas de véritable projet politique comme c’était le cas des Wafdistes dans les années 1940 ou à l’époque de Nasser et Sadate où la politique palliait les mesures sécuritaires contre les Frères ».

May Al-Maghrabi

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