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 Semaine du 23 au 29 avril 2008, numéro 711

 

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Egypte

Tournée Européenne . Le président Moubarak a entamé le 21 avril une tournée européenne de 3 jours qui l’a mené en France puis en Allemagne. A Paris comme à Berlin, la situation dans la région et surtout les relations économiques ont été au centre des discussions

L’Union méditerranéenne au centre des intérêts

Paris,
De notre envoyé spécial —

A paris, première étape de cette tournée européenne du président Moubarak, le chef de l’Etat s’est entretenu le 22 avril à l’Elysée avec son homologue français Nicolas Sarkozy. A en juger par l’ordre du jour, cette visite du président à Paris est différente des précédentes tant sur le plan politique qu’économique. Les deux chefs d’Etat ont évoqué la création d’une union pour la Méditerranée, le nucléaire civil, le conflit israélo-palestinien, la crise libanaise et le problème du Darfour, de même que la coopération économique entre Le Caire et Paris.

Moubarak était arrivé lundi dans la capitale française, accompagné d’une importante délégation d’hommes d’affaires. Le chef de l’Etat avait un agenda chargé. Mardi, il a rencontré l’ancien président français Jacques Chirac avant de rencontrer le premier ministre François Fillon et les PDG de 240 entreprises françaises. Enfin, il a tenu un sommet en tête-à-tête avec son homologue français Nicolas Sarkozy. Cette rencontre était à l’origine prévue lundi, mais elle a été différée d’un jour car l’agenda de Sarkozy a été modifié pour cause d’obsèques du poète Aimé Césaire.

Le chef de l’Etat a notamment évoqué avec les responsables français la création de l’union pour la Méditerranée. Nicolas Sarkozy avait lancé pendant sa campagne présidentielle, en avril 2007, l’idée de créer une Union méditerranéenne. Objectif : rapprocher le nord et le sud du bassin méditerranéen. Depuis, la France mène une diplomatie active pour tenter de surmonter le scepticisme de ses partenaires au sud de la Méditerranée. Elle s’attache notamment à préciser le contenu du projet français. Pour l’Egypte, la forme institutionnelle que prendra l’Union méditerranéenne est encore floue. Dans ce contexte, une source diplomatique qui a requis l’anonymat a déclaré que la France a decidé d’éclaircir ce projet pendant la visite du chef de l’Etat à Paris. Le conseiller spécial du président français, Henri Guaino, l’un des principaux promoteurs de l’Union pour la Méditerranée, a déclaré dans un premier temps que l’Egypte serait « un partenaire essentiel, décisif et incontournable pour ce projet ». En fait, le 13 juillet  2008 verra la naissance de l’Union pour la Méditerranée, lors de la tenue du premier sommet euro-méditerranéen à Paris. 43 pays des rives Nord et Sud devront être invités à cette occasion. La dénomination officielle de la nouvelle entité sera : « Processus de Barcelone, Union pour la Méditerranée » et devrait avoir une présidence bicéphale, un président européen, qui devrait nécessairement être méditerranéen, et un autre de la rive Sud. Ici à Paris, après cette visite de Moubarak, des rumeurs circulent que le président français, Nicolas Sarkozy, devrait assumer la présidence pour la partie européenne et le président Moubarak, celle de la partie Sud. Le président Moubarak a exprimé son soutien de principe au projet français en attendant plus d’explication. Pour sa part, Anne-Marie Idrac, la secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, s’est notamment attachée à expliquer à ses interlocuteurs que ce projet était une avancée par rapport au processus de Barcelone. Il s’agit de « redonner un coup de jeune à ce processus », a déclaré la secrétaire d’Etat.

La source diplomatique a déclaré à l’Hebdo que le projet qui est destiné à tous les Etats riverains de la Méditerranée, ne doit pas faire une concurrence aux structures existantes au processus de Barcelone, mais venir en complément. « Sinon nous refuseront ce projet », a déclaré la source. Pourtant, la France a rassuré Le Caire comme les autres pays du Sud que l’idée de la diplomatie française est d’intégrer le processus de Barcelone à l’Union pour la  Méditerranée.

Autre obstacle auquel le projet français est confronté : la participation d’Israël à cette union. « Les pays arabes n’ont pas caché leur réticence à l’idée de rencontrer les Israéliens dans le cadre de cette union. La participation d’Israël pourrait conduire certains pays arabe, à ne pas participer à tous les projets », a expliqué la source. Et d’ajouter que le processus de Barcelone a souffert en raison du blocage des négociations entre Israéliens et Palestiniens. Et l’Union pour la Méditerranée risque de subir le même sort. Les responsables français assurent que l’Egypte « a un rôle déterminant à jouer en ce qui concerne la réussite de ce projet en tant que leader des pays arabes », estimant que Le Caire partage la même ambition d’une Méditerranée unifiée.

L’économique et le nucléaire

La coopération économie et le nucléaire civil furent les deux autres grands sujets de cette visite présidentielle à Paris. Moubarak a rencontré les présidents des grandes entreprises françaises. « Plus de 240 compagnies françaises ont rencontré le président Moubarak. (…). C’est la première fois que l’économie occupe une place aussi importante dans les discussions avec les français. En fait, la France est devenue le premier investisseur en Egypte, ce qui montre l’importance de cette rencontre », a déclaré Rachid Mohamad Rachid, ministre du Commerce et de l’Industrie. En fait, la croissance des échanges commerciaux bilatéraux et l’implantation des entreprises françaises en Egypte sont  remarquables. Les enterprises qui travaillent dans le domaine des infrastructures comme le métro souterrain, les télécommunications, l’agroalimentaire, la santé, le tourisme et l’environnement sont très actives en Egypte. En effet, le Conseil présidentiel France-Egypte des affaires créé l’an dernier, et dont une première réunion plénière s’est tenue le 9 novembre dernier à Paris, a aidé à renforcer ces enterprises. Actuellement, les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint deux milliards d’euros.

Le nucléaire est également l’un des sujets importants qui a été discuté lors de la visite du chef de l’Etat en France. La récente signature d’un accord de coopération nucléaire entre Le Caire et Moscou, il y a trois semaines lors de la visite du président Moubarak en Russie a fait craindre à la France la perte d’un marché. Paris a proposé à ses interlocuteurs égyptiens lors de cette visite de remettre à niveau l’accord qui lie les deux pays dans ce domaine, depuis 1981, et a défendu les candidatures françaises, dont celle de Technip, pour les futurs appels d’offres. Pourtant, les responsables égyptiens ont expliqué à leurs homologues français que Le Caire a lancé un appel d’offres pour définir le cahier des charges des futurs sites. « Un appel sera lancé pour tous les pays, tels la Russie, les Etats-Unis, La France et l’Allemagne. L’Egypte va choisir la meilleure offre en ce qui concerne la sécurité nucléaire et le bon prix  », a expliqué la source diplomatique. La France, de sa part, espère gagner cet appel d’offres.

Après Paris, Berlin est la deuxième étape de la tournée européenne du président Moubarak. Le chef de l’Etat doit y effectuer une brève rencontre ce mercredi avec la chancelière allemande, Angela Merkel.

Comme à Paris, il sera question du processus de paix, notamment la cause palestinienne, la crise au Liban et le problème du Darfour. Le porte-parole de la présidence Soliman Awad a déclaré que le président Moubarak va demander à Merkel que Berlin s’implique davantage dans les problèmes politiques et de ne pas se limiter aux affaires économiques au Proche-Orient. Le Caire va également demander des éclaircissements à la chancelière allemande en ce qui concerne ses propos récents à Jérusalem déclarant qu’elle va monter à un niveau stratégique avec Israël. La situation arabe après le sommet de Damas en mars 2008, sera au menu des entretiens, selon Awad.

Chérif Ahmed

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