Tournée Européenne .
Le président Moubarak a entamé le 21 avril une tournée
européenne de 3 jours qui l’a mené en France puis en
Allemagne. A Paris comme à Berlin, la situation dans la
région et surtout les relations économiques ont été au
centre des discussions
L’Union méditerranéenne au centre des intérêts
Paris,
De notre envoyé spécial —
A paris, première étape de cette tournée européenne du
président Moubarak, le chef de l’Etat s’est entretenu le 22
avril à l’Elysée avec son homologue français Nicolas
Sarkozy. A en juger par l’ordre du jour, cette visite du
président à Paris est différente des précédentes tant sur le
plan politique qu’économique. Les deux chefs d’Etat ont
évoqué la création d’une union pour la Méditerranée, le
nucléaire civil, le conflit israélo-palestinien, la crise
libanaise et le problème du Darfour, de même que la
coopération économique entre Le Caire et Paris.
Moubarak était arrivé lundi dans la capitale française,
accompagné d’une importante délégation d’hommes d’affaires.
Le chef de l’Etat avait un agenda chargé. Mardi, il a
rencontré l’ancien président français Jacques Chirac avant
de rencontrer le premier ministre François Fillon et les PDG
de 240 entreprises françaises. Enfin, il a tenu un sommet en
tête-à-tête avec son homologue français Nicolas Sarkozy.
Cette rencontre était à l’origine prévue lundi, mais elle a
été différée d’un jour car l’agenda de Sarkozy a été modifié
pour cause d’obsèques du poète Aimé Césaire.
Le chef de l’Etat a notamment évoqué avec les responsables
français la création de l’union pour la Méditerranée.
Nicolas Sarkozy avait lancé pendant sa campagne
présidentielle, en avril 2007, l’idée de créer une Union
méditerranéenne. Objectif : rapprocher le nord et le sud du
bassin méditerranéen. Depuis, la France mène une diplomatie
active pour tenter de surmonter le scepticisme de ses
partenaires au sud de la Méditerranée. Elle s’attache
notamment à préciser le contenu du projet français. Pour l’Egypte,
la forme institutionnelle que prendra l’Union
méditerranéenne est encore floue. Dans ce contexte, une
source diplomatique qui a requis l’anonymat a déclaré que la
France a decidé d’éclaircir ce projet pendant la visite du
chef de l’Etat à Paris. Le conseiller spécial du président
français, Henri Guaino, l’un des principaux promoteurs de
l’Union pour la Méditerranée, a déclaré dans un premier
temps que l’Egypte serait « un partenaire essentiel, décisif
et incontournable pour ce projet ». En fait, le 13 juillet
2008 verra la naissance de l’Union pour la Méditerranée,
lors de la tenue du premier sommet euro-méditerranéen à
Paris. 43 pays des rives Nord et Sud devront être invités à
cette occasion. La dénomination officielle de la nouvelle
entité sera : « Processus de Barcelone, Union pour la
Méditerranée » et devrait avoir une présidence bicéphale, un
président européen, qui devrait nécessairement être
méditerranéen, et un autre de la rive Sud. Ici à Paris,
après cette visite de Moubarak, des rumeurs circulent que le
président français, Nicolas Sarkozy, devrait assumer la
présidence pour la partie européenne et le président
Moubarak, celle de la partie Sud. Le président Moubarak a
exprimé son soutien de principe au projet français en
attendant plus d’explication. Pour sa part, Anne-Marie
Idrac, la secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, s’est
notamment attachée à expliquer à ses interlocuteurs que ce
projet était une avancée par rapport au processus de
Barcelone. Il s’agit de « redonner un coup de jeune à ce
processus », a déclaré la secrétaire d’Etat.
La source diplomatique a déclaré à l’Hebdo que le projet qui
est destiné à tous les Etats riverains de la Méditerranée,
ne doit pas faire une concurrence aux structures existantes
au processus de Barcelone, mais venir en complément. « Sinon
nous refuseront ce projet », a déclaré la source. Pourtant,
la France a rassuré Le Caire comme les autres pays du Sud
que l’idée de la diplomatie française est d’intégrer le
processus de Barcelone à l’Union pour la Méditerranée.
Autre obstacle auquel le projet français est confronté : la
participation d’Israël à cette union. « Les pays arabes
n’ont pas caché leur réticence à l’idée de rencontrer les
Israéliens dans le cadre de cette union. La participation
d’Israël pourrait conduire certains pays arabe, à ne pas
participer à tous les projets », a expliqué la source. Et
d’ajouter que le processus de Barcelone a souffert en raison
du blocage des négociations entre Israéliens et
Palestiniens. Et l’Union pour la Méditerranée risque de
subir le même sort. Les responsables français assurent que
l’Egypte « a un rôle déterminant à jouer en ce qui concerne
la réussite de ce projet en tant que leader des pays arabes
», estimant que Le Caire partage la même ambition d’une
Méditerranée unifiée.
L’économique et le nucléaire
La coopération économie et le nucléaire civil furent les
deux autres grands sujets de cette visite présidentielle à
Paris. Moubarak a rencontré les présidents des grandes
entreprises françaises. « Plus de 240 compagnies françaises
ont rencontré le président Moubarak. (…). C’est la première
fois que l’économie occupe une place aussi importante dans
les discussions avec les français. En fait, la France est
devenue le premier investisseur en Egypte, ce qui montre
l’importance de cette rencontre », a déclaré Rachid Mohamad
Rachid, ministre du Commerce et de l’Industrie. En fait, la
croissance des échanges commerciaux bilatéraux et
l’implantation des entreprises françaises en Egypte sont
remarquables. Les enterprises qui travaillent dans le
domaine des infrastructures comme le métro souterrain, les
télécommunications, l’agroalimentaire, la santé, le tourisme
et l’environnement sont très actives en Egypte. En effet, le
Conseil présidentiel France-Egypte des affaires créé l’an
dernier, et dont une première réunion plénière s’est tenue
le 9 novembre dernier à Paris, a aidé à renforcer ces
enterprises. Actuellement, les échanges commerciaux entre
les deux pays ont atteint deux milliards d’euros.
Le nucléaire est également l’un des sujets importants qui a
été discuté lors de la visite du chef de l’Etat en France.
La récente signature d’un accord de coopération nucléaire
entre Le Caire et Moscou, il y a trois semaines lors de la
visite du président Moubarak en Russie a fait craindre à la
France la perte d’un marché. Paris a proposé à ses
interlocuteurs égyptiens lors de cette visite de remettre à
niveau l’accord qui lie les deux pays dans ce domaine,
depuis 1981, et a défendu les candidatures françaises, dont
celle de Technip, pour les futurs appels d’offres. Pourtant,
les responsables égyptiens ont expliqué à leurs homologues
français que Le Caire a lancé un appel d’offres pour définir
le cahier des charges des futurs sites. « Un appel sera
lancé pour tous les pays, tels la Russie, les Etats-Unis, La
France et l’Allemagne. L’Egypte va choisir la meilleure
offre en ce qui concerne la sécurité nucléaire et le bon
prix », a expliqué la source diplomatique. La France,
de sa part, espère gagner cet appel d’offres.
Après Paris, Berlin est la deuxième étape de la tournée
européenne du président Moubarak. Le chef de l’Etat doit y
effectuer une brève rencontre ce mercredi avec la
chancelière allemande, Angela Merkel.
Comme à Paris, il sera question du processus de paix,
notamment la cause palestinienne, la crise au Liban et le
problème du Darfour. Le porte-parole de la présidence
Soliman Awad a déclaré que le président Moubarak va demander
à Merkel que Berlin s’implique davantage dans les problèmes
politiques et de ne pas se limiter aux affaires économiques
au Proche-Orient. Le Caire va également demander des
éclaircissements à la chancelière allemande en ce qui
concerne ses propos récents à Jérusalem déclarant qu’elle va
monter à un niveau stratégique avec Israël. La situation
arabe après le sommet de Damas en mars 2008, sera au menu
des entretiens, selon Awad.
Chérif Ahmed