Al-Ahram Hebdo, Economie | Un projet salvateur ?
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 23 au 29 avril 2008, numéro 711

 

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Economie

Cours Economiques Spécialisées. Le projet de loi visant leur création, approuvé en mars par le Conseil consultatif, suscite la joie des hommes d’affaires et la colère des magistrats.

Un projet salvateur ?

Le projet de loi sur les cours économiques spécialisées, juridiction indépendante, approuvé en mars par le Conseil consultatif fait la une ces jours-ci. D’aucuns, à savoir les hommes d’affaires, y voient une démarche positive. D’autres, en l’occurrence les juristes, crient à l’ingérence de l’exécutif dans le judiciaire.

« Le climat d’investissement s’est bien amélioré au cours des 4 dernières années. Il suffit de noter que selon le rapport Doing Business 2007, l’Egypte est passée de la 165e position à la 126e position et a occupé la première place parmi les pays qui ont effectué plus de réformes au cours de l’année », a affirmé le ministre de l’Investissement, Mahmoud Mohieddine. « Or, un des principaux obstacles qui empêchent les investisseurs à se diriger vers l’Egypte, c’est l’absence des cours spécialisées capables de trancher vite les procès économiques. Les hommes d’affaires sont obligés de passer de longues années devant la justice afin de voir l’affaire tranchée », poursuit-il.

Il faut dire que la sortie du projet de loi à la lumière est en soi une petite victoire pour le gouvernement égyptien qui a déjà tenté le coup en 2006 lorsque le Conseil consultatif avait étudié un même projet de loi. Or, celui-ci a été fortement attaqué par les juges du Conseil d’Etat qui sont en charge des affaires dépendant des juridictions administratives, donc des conflits d’ordre économique, et n’a pas pu voir le jour. « Le projet de loi de 2006 avait complètement négligé le rôle du Conseil d’Etat. C’est ainsi que nous avons rendu visite au président de l’Assemblée du peuple et lui avons présenté nos réserves à propos de ce projet. La réponse était claire : pas de projet de loi pour les cours économiques. Il avait raison car la promulgation de la loi a été remise », raconte Amr Gomaa, magistrat auprès du Conseil d’Etat.

Mais le gouvernement a bien appris la leçon. Cette fois-ci, aucune préparation et aucune déclaration n’ont précédé l’apparition du projet de loi. Du jour au lendemain, le Conseil consultatif a étudié et approuvé le projet de loi des cours économiques. Et ce pour éviter toute intervention de la part du Haut Conseil de la magistrature ou du Conseil d’Etat. Le gouvernement voulait cette fois-ci faire passer le projet de loi à tout prix. Pas question pour lui de vivre un remake de 2006. « C’est parce que nous avons stoppé plusieurs projets de lois ces dernières années, dont celui de la fonction publique, que le gouvernement a tout fait cette fois-ci pour obtenir l’aval express du Conseil consultatif. Il voulait éviter toute opposition », estime-t-il.

 

Les arguments des magistrats

Trancher le plus vite possible les procès attachés à l’investissement et au commerce, créer des cadres spécialisés capables de statuer sur les cas de conflits commerciaux et par conséquent attirer les investissements étrangers. Tel est l’objectif de la création des tribunaux économiques.

Les cercles des hommes d’affaires en rêvaient, guidés par la peur de passer une dizaine d’années devant la justice. « La création des tribunaux spécialisés est devenue une nécessité surtout avec le grand développement économique que connaît l’Egypte. Les hommes d’affaires souffrent du manque des cadres spécialisés dans les questions économiques ainsi que de la longueur des procédures au sein des tribunaux traditionnels », assure Naguib Sawirès, homme d’affaires et PDG d’Orascom Telecom. La grande majorité assure donc que vu le grand nombre des procès au sein des cours de justice, les procès économiques traînent pour des années. « J’avais intenté un procès contre un partenaire parce qu’il ne m’a pas payé mes profits à la date prévue. J’ai dû attendre 3 ans pour pouvoir les récupérer », raconte un homme d’affaires qui a requis l’anonymat.

En fait, personne ne nie l’importance de la spécialisation surtout dans les procès économiques. Mais ils divergent sur le concept d’une telle loi. Ziyad Bahaeddine, avocat et ex-président de l’Autorité de l’investissement, assure que le système judiciaire nécessite en gros une véritable réforme. « Il ne faut pas s’intéresser seulement à traiter la part juridique concernant le commerce et les affaires. Il faut s’attaquer à tous les dossiers. La création des tribunaux économiques spécialisés ne doit pas être la fin. Il faut par contre la considérer comme un début d’une chaîne de réformes successives. Sinon, rien ne changera », explique-t-il. Et d’ajouter que le succès d’un tel projet dépend de deux facteurs essentiels. A savoir : sa mise en application le plus vite possible ainsi que l’attribution des ressources financières nécessaires à la création des tribunaux et la formation des cadres.

Pour sa part, Amr Gomaa assure que l’idée de créer des tribunaux spécialisés dans les affaires du commerce et de l’économie est d’une grande importance, surtout avec l’ouverture du marché égyptien et la croissance du nombre d’investisseurs étrangers. Mais il faut, selon lui, l’appliquer selon des normes adéquates.

Il est vrai que contrairement à l’ancien projet, le nouveau signale clairement dans le sixième article la nécessité de respecter le rôle du Conseil d’Etat. C’est-à-dire, tous les procès dont les affaires sont le résultat de décisions administratives sont de son ressort. Le magistrat Amr Gomaa explique que le projet de loi a délimité 17 domaines concernant les tribunaux économiques. Entre autres, la propriété intellectuelle, la Banque Centrale, la protection des consommateurs, la protection de la compétition. « La plupart des conflits dans ces domaines résulte d’une décision administrative. Cela ne mènera-t-il pas à un conflit de compétences ? Certainement oui. Ce projet de loi mènera donc à la création d’une magistrature parallèle à celle qui existe déjà », lance Gomaa. Il poursuit qu’une des principales causes de la création des tribunaux économiques est la lenteur des tribunaux. Or, le nouveau projet de loi n’offre pas de remède à cette lacune. La présence d’un comité des délégués chargé d’étudier les dimensions du procès avant de le soumettre au tribunal dans le nouveau projet « nous renvoie à la case départ de la lenteur ». Et d’ajouter : « Le nouveau projet a certes précisé un délai maximum de 30 jours, mais ce délai n’est pas définitif. Le ministère de la Justice a refusé de considérer ce délai comme une date butoir. Donc, si on peut le dépasser, où est donc la différence avec la lenteur du système actuel ? ». Il s’attaque également comme tout le cercle des magistrats à une autre question aussi importante. Le fait que le ministre de la Justice délègue des juges des autres tribunaux pour travailler une seule année dans les tribunaux économiques. « Comment changer les juges chaque année ? Cela n’est-il pas contradictoire avec le concept de spécialisation visé par le nouveau projet de loi et surtout avec le principe de l’indépendance de l’appareil judiciaire ? », se demande-t-il, en assurant qu’il faut au début améliorer tout le système juridique pour gagner la confiance des investisseurs qui jusqu’à maintenant insistent dans leurs contrats qu’en cas de différends, c’est l’arbitrage international qui est compétent.

« Ce nouveau projet de loi ne vise qu’à accorder plus de droits à l’autorité exécutive incarnée dans le ministre de la Justice pour intervenir davantage dans le système judiciaire avec la création d’une juridiction exceptionnelle », conclut-il. Et c’est là la substance de la bataille entre les magistrats et le ministre de la Justice, Ahmad Marei, autour de ce projet de loi entre autres.

Névine Kamel

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3 questions à
Chérif Raafat,
directeur du Fonds d’investissement Concord.

Le secteur de la construction est menacé par le recul de la demande

Al-Ahram Hebdo : La Bourse égyptienne connaît une hausse depuis le début de l’année, contrairement à la majorité des autres pays émergents, comment l’expliquez-vous ?

Chérif Raafat : Deux facteurs principaux justifient cette hausse : la liquidité et la spéculation. Tout d’abord, la flambée des prix du pétrole, qui ont dépassé le plafond des 110 dollars, a entraîné des surplus dans les pays du Golfe. Ce surplus a engendré la hausse de la demande sur les titres financiers, ce qui justifie partiellement cet essor. Le problème réside notamment dans l’offre. Les petites sociétés échangent leurs actions à des niveaux trop élevés sans être basés sur leur performance réelle. Ensuite, la spéculation joue un grand rôle à cause de l’inconscience des petits investisseurs. Ces derniers devraient apprendre que garder l’action un peu plus longtemps leur permet de réaliser des profits supérieurs à la spéculation.

Quels sont les secteurs qui seront les plus touchés dans la Bourse égyptienne en cas de ralentissement prolongé de l’économie mondiale ?

— Le secteur de la construction sera le plus touché et menacé par le recul de la demande en cas de prolongement de la récession mondiale pendant une longue durée. D’habitude, ce secteur croît de 14 % annuellement, soit le double du taux de croissance du PIB égyptien. Mais cette hausse pourrait être ralentie à cause de la flambée des prix internationaux et nationaux du ciment et des matériaux de construction, ce qui a poussé le gouvernement récemment à mettre fin à leur exportation. Par ailleurs, les secteurs des télécommunications et du tourisme seront aussi touchés par ce ralentissement à long terme.

Des voix appellent au report de l’introduction de nouveaux produits financiers, tels que les produits dérivés, en Bourse, qu’en pensez-vous ?

— Le moment n’est pas propice pour le lancement de ce type de produits en Egypte. Nous ne sommes pas encore prêts à cause du manque d’infrastructure et de surveillance. Ce type de produits exige le renforcement du système de contrôle au sein de l’Organisme du marché financier, un processus qui a besoin d’une longue période pour se mettre en place. Il faut bien se préparer pour le lancement de ces produits pour ne pas répéter ce qui s’est passé aux Etats-Unis. L’expansion dans l’émission des produits tels que la titrisation, qui signifie le transfert des dettes des organismes bien connus à des personnes inconnues, a maximisé les répercussions de la crise financière là-bas.

Propos recueillis par Gilane Magdi

 

 




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