Escroquerie.
Ils ont existé de tout temps. Mais au rythme des
bouleversements sociaux et des difficultés économiques, leur
nombre augmente considérablement et leurs tactiques
évoluent.
Une activité en vogue
Vous
avez besoin d’investir votre argent, d’avoir des bénéfices
accrus et surtout rapides, de faire travailler votre fils,
noyé dans le chômage depuis des années, acheter des terrains
à bon prix ou aider des pauvres qui ont besoin de soutien.
Vous aurez toujours un escroc à votre service. Et ils sont
en vogue actuellement prêts à réaliser les rêves des autres.
Dans la peau d’un investisseur, médecin, officier de police
ou homme d’affaires, ils ont l’art de gagner la confiance de
leurs victimes.
D’allure présentable, ils sont généralement très éloquents,
très persuasifs. Les pages de faits regorgent de cas : Un
étudiant dans un institut a extorqué un millier de L.E. aux
habitants du quartier d’Al-Khanka en leur faisant croire
qu’il allait investir cet argent dans le commerce des cartes
des cellulaires. Parmi les victimes figure un membre à
l’Assemblée du peuple. Au gouvernorat de Charqiya, le
directeur d’une école a exploité le rêve de plusieurs
familles d’inscrire leurs enfants dans les facultés
militaires pour s’emparer de milliers de L.E. Un autre
fonctionnaire à Mansoura a répété la même combine sous
prétexte d’offrir à ses victimes des opportunités de travail
à l’étranger. Un troisième a soutiré des milliers de L.E.
aux nouveaux diplômés à Sohag, en Haute-Egypte, pour les
faire travailler dans des sociétés pétrolières. Et à Madinet
Nasr, un jeune a bien monté son coup en usurpant des
milliards de L.E., faisant des centaines de victimes dont de
hautes personnalités. Il a quitté l’Egypte à destination des
Etats-Unis, après avoir commis son crime et laisse une série
de parenthèses ouvertes. Beaucoup de questions qui ont
besoin de réponses sur les talents de ce jeune homme en
matière d’escroquerie, son intelligence et sa capacité à
berner ses victimes, pour la plupart d’un certain niveau
d’instruction.
Du
Caire à Sohag, une série d’actes d’escroquerie sur laquelle
la presse écrite et audiovisuelle braque ses projecteurs
chaque jour. Des délits qui existent depuis toujours.
Cependant, la nouveauté est que leur nombre va en
grandissant ces derniers mois, car ils profitent d’un état
de chaos qui règne dans la société. Par conséquent, la
victime n’est plus la personne naïve, peu instruite ou
bornée comme ce Saïdi de la Haute-Egypte qui s’est laissé
berner par un escroc pour acheter le tramway d’Al-Ataba dans
les années 1930. Aujourd’hui, les victimes sont des
médecins, fonctionnaires, avocats, hommes d’affaires et même
des journalistes. Les nouveaux escrocs savent comment
changer de peau comme le caméléon et se présenter sous une
certaine image, jouant avec les mots et les apparences pour
gagner la confiance des gens. Ils soutirent ainsi des
milliers de L.E. et avec le consentement de leurs victimes.
Des prix qui flambent, des conditions difficiles ne
permettant pas de se réaliser de façon légale, une situation
économique instable, un manque de projets d’investissement
et de confiance dans les instances officielles ... des
raisons qui rendent le terrain bien fertile pour produire
des escrocs de tout genre. Certains le sont malgré eux comme
l’explique Khaïri Ramadan, figure médiatique et journaliste,
victime dernièrement d’une petite escroquerie. Un jeune
homme bien habillé et d’allure respectable a croisé sa
voiture sur la route Le Caire-Alexandrie. Sans le connaître,
il se présente sous le prénom de Abdallah et lui dit qu’il
est le fils du recteur de l’Université d’Al-Azhar. Il
prétend avoir été victime d’un vol et a besoin d’argent pour
faire le plein d’essence pour pouvoir continuer sa route. Et
bien que le journaliste ait de relations très proches avec
la famille du recteur de l’Université d’Al-Azhar, originaire
de Qéna, en Haute-Egypte, il confie être tombé dans le piège
de ce jeune escroc qu’il qualifie d’intelligent. Le jeune,
qui a bien étudié le CV du recteur de l’Université d’Al-Azhar,
n’a pas du tout été intimidé lorsque Khaïri lui a dit qu’il
allait passer un coup de fil pour s’assurer de la véracité
de son identité. En plus, cet escroc était accompagné de
deux femmes, l’une soi-disant sa mère et l’autre sa femme.
Un coup bien monté qui a fait que le journaliste a fini par
lui donner de l’argent. Et comme il l’argumente : « Je
savais qu’il était un escroc, mais je ne parvenais pas à
contenir mes sentiments de compassion en pensant que
peut-être il serait de Qéna, avait un lien de parenté avec
le recteur d’Al-Azhar ou se trouvait réellement dans le
besoin, ce qui l’a poussé à user d’un nom pour obtenir de
l’aide. C’est pourquoi je lui ai donné de l’argent ». Et
d’ajouter : « Ahmad Al-Tayeb, le recteur de l’Université d’Al-Azhar,
m’a dit que plusieurs personnes se sont présentées chez lui
pour lui demander de rembourser l’argent pris par ce faux
fils. Il a donc fini par avertir la police ».
De
son côté, Ahmad Abdallah, psychiatre, explique que dans une
société où les rêves sont compromis par des conditions
lamentables, il est normal de trouver beaucoup d’escrocs et
aussi des victimes. « Ils inventent chaque jour de nouvelles
combines, de nouveaux outils », assure-t-il.
Etant instruits, ils font face au changement qui s’opère
dans la société et font tomber dans le piège leurs victimes
et tous les moyens sont bons. « L’escroc d’aujourd’hui a du
charisme, il a belle allure, est cultivé, pieux, intelligent
au point de bien saisir la psychologie de sa victime et ses
véritables besoins », explique Emad Al-Fiqi, chroniqueur de
faits divers. Il se rappelle le jour où il était en visite
chez un officier de police qui travaille dans le département
qui s’occupe de ce genre de délits. Il a trouvé dans son
bureau un homme qu’il jugeait plus que respectable, de par
son allure et son éloquence. « Je l’ai pris pour un haut
responsable ou un homme d’affaires prestigieux jusqu’au
moment où un jeune officier a fait irruption dans le bureau
pour lui passer les menottes. Je suis resté ébahi en
apprenant qu’il était poursuivi pour 16 délits, en tout 20
millions de L.E., fruit de ses escroqueries. Il était bien
doué à tel point que ses victimes, médecins, hommes
d’affaires et fonctionnaires, ont eu du mal à croire en sa
culpabilité », explique Al-Fiqi, qui confie qu’un médecin
avait remis 300 000 L.E. à Hassan, cet escroc hors norme.
Des affaires bien calculées et une combine qu’utilisait cet
escroc qui tenait à rater plusieurs rendez-vous avec la
victime qui devait lui remettre une certaine somme d’argent
selon un accord fait au préalable. Une manière pour
prétendre être occupé et éloigner toute arrière-pensée. Une
tactique bien étudiée comme l’explique Chamroukh, un autre
chroniqueur de faits divers. L’escroquerie est un crime
d’intelligence. Il faut que les outils pour enjôler les
victimes soient dernier cri. « Une Villa très chic, souvent
louée, un bureau bien équipé, une voiture dernier modèle, un
entourage de gens aisés ou de hauts responsables. L’escroc
est souvent pieux, cerné par un entourage de pieux, un homme
aisé au milieu de personnes fortunées, poussé dans une
certaine culture et entouré de gens cultivés. L’important
pour lui est de savoir gagner la confiance de son client,
autrement dit sa victime et de bien lui préparer son piège
», dit-il, tout en ajoutant que le mot escroc en arabe veut
dire « nassab », et « nassab » est ce geste du chasseur qui
prépare son piège pour coincer sa proie. Sayed Ali, un autre
journaliste et témoin d’une affaire d’escroquerie, cite
l’exemple de trois femmes tirées à quatre épingles, roulant
en BMW et qu’il a rencontrées dans la résidence d’un
ambassadeur au Caire.
« Il n’était pas question de les craindre, cependant j‘ai
appris par la suite qu’elles étaient bien douées en matière
d’escroquerie », dit-il, en ajoutant que l’escroc
d’aujourd’hui n’est pas le criminel qui a un casier
judiciaire, mais des personnes bien masquées qui préparent
correctement leurs crimes à tel point qu’il est difficile de
douter d’elles. Seules 10 % des affaires d’escroquerie
arrivent aux tribunaux selon Chamroukh. Et c’est le cas
d’Islam, l’escroc de Madinet Nasr, qui a réussi à soutirer
des milliers de L.E. des poches des hautes personnalités,
des hommes d’affaires et même des avocats, puis il a quitté
le pays. Seize de ses victimes ont voyagé aux Etats-Unis,
dans l’espoir de se faire rembourser leur argent, d’autres
n’arrivent toujours pas à croire à son crime et à douter de
lui. « C’est un homme honnête, pieux et respectueux.
Sûrement il affronte une crise ou a des problèmes dans son
commerce », avancent certains. D’autres pensent que sa femme
est sûrement malade et qu’il a dû l’accompagner pour la
faire soigner et qu’il va retourner certainement pour leur
donner leurs bénéfices.
Islam a distribué des bénéfices pour épater ses victimes
jusqu’au mois de janvier. Affaire bien montée qui a fait que
certaines victimes pensent que ce sont les hauts
responsables qui ne sont pas satisfaits de la réussite
d’Islam et sont à la source de ce chaos. « Ce sont eux qui
font courir les rumeurs de sa fuite, mais il va retourner un
jour ou l’autre », assure l’une de ses victimes.
Doaa
Khalifa