Al-Ahram Hebdo,Société | Une activité en vogue
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 Semaine du 2 au 8 avril 2008, numéro 708

 

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Société

Escroquerie. Ils ont existé de tout temps. Mais au rythme des bouleversements sociaux et des difficultés économiques, leur nombre augmente considérablement et leurs tactiques évoluent.

Une activité en vogue

Vous avez besoin d’investir votre argent, d’avoir des bénéfices accrus et surtout rapides, de faire travailler votre fils, noyé dans le chômage depuis des années, acheter des terrains à bon prix ou aider des pauvres qui ont besoin de soutien. Vous aurez toujours un escroc à votre service. Et ils sont en vogue actuellement prêts à réaliser les rêves des autres. Dans la peau d’un investisseur, médecin, officier de police ou homme d’affaires, ils ont l’art de gagner la confiance de leurs victimes.

D’allure présentable, ils sont généralement très éloquents, très persuasifs. Les pages de faits regorgent de cas : Un étudiant dans un institut a extorqué un millier de L.E. aux habitants du quartier d’Al-Khanka en leur faisant croire qu’il allait investir cet argent dans le commerce des cartes des cellulaires. Parmi les victimes figure un membre à l’Assemblée du peuple. Au gouvernorat de Charqiya, le directeur d’une école a exploité le rêve de plusieurs familles d’inscrire leurs enfants dans les facultés militaires pour s’emparer de milliers de L.E. Un autre fonctionnaire à Mansoura a répété la même combine sous prétexte d’offrir à ses victimes des opportunités de travail à l’étranger. Un troisième a soutiré des milliers de L.E. aux nouveaux diplômés à Sohag, en Haute-Egypte, pour les faire travailler dans des sociétés pétrolières. Et à Madinet Nasr, un jeune a bien monté son coup en usurpant des milliards de L.E., faisant des centaines de victimes dont de hautes personnalités. Il a quitté l’Egypte à destination des Etats-Unis, après avoir commis son crime et laisse une série de parenthèses ouvertes. Beaucoup de questions qui ont besoin de réponses sur les talents de ce jeune homme en matière d’escroquerie, son intelligence et sa capacité à berner ses victimes, pour la plupart d’un certain niveau d’instruction.

Du Caire à Sohag, une série d’actes d’escroquerie sur laquelle la presse écrite et audiovisuelle braque ses projecteurs chaque jour. Des délits qui existent depuis toujours. Cependant, la nouveauté est que leur nombre va en grandissant ces derniers mois, car ils profitent d’un état de chaos qui règne dans la société. Par conséquent, la victime n’est plus la personne naïve, peu instruite ou bornée comme ce Saïdi de la Haute-Egypte qui s’est laissé berner par un escroc pour acheter le tramway d’Al-Ataba dans les années 1930. Aujourd’hui, les victimes sont des médecins, fonctionnaires, avocats, hommes d’affaires et même des journalistes. Les nouveaux escrocs savent comment changer de peau comme le caméléon et se présenter sous une certaine image, jouant avec les mots et les apparences pour gagner la confiance des gens. Ils soutirent ainsi des milliers de L.E. et avec le consentement de leurs victimes.

Des prix qui flambent, des conditions difficiles ne permettant pas de se réaliser de façon légale, une situation économique instable, un manque de projets d’investissement et de confiance dans les instances officielles ... des raisons qui rendent le terrain bien fertile pour produire des escrocs de tout genre. Certains le sont malgré eux comme l’explique Khaïri Ramadan, figure médiatique et journaliste, victime dernièrement d’une petite escroquerie. Un jeune homme bien habillé et d’allure respectable a croisé sa voiture sur la route Le Caire-Alexandrie. Sans le connaître, il se présente sous le prénom de Abdallah et lui dit qu’il est le fils du recteur de l’Université d’Al-Azhar. Il prétend avoir été victime d’un vol et a besoin d’argent pour faire le plein d’essence pour pouvoir continuer sa route. Et bien que le journaliste ait de relations très proches avec la famille du recteur de l’Université d’Al-Azhar, originaire de Qéna, en Haute-Egypte, il confie être tombé dans le piège de ce jeune escroc qu’il qualifie d’intelligent. Le jeune, qui a bien étudié le CV du recteur de l’Université d’Al-Azhar, n’a pas du tout été intimidé lorsque Khaïri lui a dit qu’il allait passer un coup de fil pour s’assurer de la véracité de son identité. En plus, cet escroc était accompagné de deux femmes, l’une soi-disant sa mère et l’autre sa femme. Un coup bien monté qui a fait que le journaliste a fini par lui donner de l’argent. Et comme il l’argumente : « Je savais qu’il était un escroc, mais je ne parvenais pas à contenir mes sentiments de compassion en pensant que peut-être il serait de Qéna, avait un lien de parenté avec le recteur d’Al-Azhar ou se trouvait réellement dans le besoin, ce qui l’a poussé à user d’un nom pour obtenir de l’aide. C’est pourquoi je lui ai donné de l’argent ». Et d’ajouter : « Ahmad Al-Tayeb, le recteur de l’Université d’Al-Azhar, m’a dit que plusieurs personnes se sont présentées chez lui pour lui demander de rembourser l’argent pris par ce faux fils. Il a donc fini par avertir la police ».

De son côté, Ahmad Abdallah, psychiatre, explique que dans une société où les rêves sont compromis par des conditions lamentables, il est normal de trouver beaucoup d’escrocs et aussi des victimes. « Ils inventent chaque jour de nouvelles combines, de nouveaux outils », assure-t-il.

Etant instruits, ils font face au changement qui s’opère dans la société et font tomber dans le piège leurs victimes et tous les moyens sont bons. « L’escroc d’aujourd’hui a du charisme, il a belle allure, est cultivé, pieux, intelligent au point de bien saisir la psychologie de sa victime et ses véritables besoins », explique Emad Al-Fiqi, chroniqueur de faits divers. Il se rappelle le jour où il était en visite chez un officier de police qui travaille dans le département qui s’occupe de ce genre de délits. Il a trouvé dans son bureau un homme qu’il jugeait plus que respectable, de par son allure et son éloquence. « Je l’ai pris pour un haut responsable ou un homme d’affaires prestigieux jusqu’au moment où un jeune officier a fait irruption dans le bureau pour lui passer les menottes. Je suis resté ébahi en apprenant qu’il était poursuivi pour 16 délits, en tout 20 millions de L.E., fruit de ses escroqueries. Il était bien doué à tel point que ses victimes, médecins, hommes d’affaires et fonctionnaires, ont eu du mal à croire en sa culpabilité », explique Al-Fiqi, qui confie qu’un médecin avait remis 300 000 L.E. à Hassan, cet escroc hors norme.

Des affaires bien calculées et une combine qu’utilisait cet escroc qui tenait à rater plusieurs rendez-vous avec la victime qui devait lui remettre une certaine somme d’argent selon un accord fait au préalable. Une manière pour prétendre être occupé et éloigner toute arrière-pensée. Une tactique bien étudiée comme l’explique Chamroukh, un autre chroniqueur de faits divers. L’escroquerie est un crime d’intelligence. Il faut que les outils pour enjôler les victimes soient dernier cri. « Une Villa très chic, souvent louée, un bureau bien équipé, une voiture dernier modèle, un entourage de gens aisés ou de hauts responsables. L’escroc est souvent pieux, cerné par un entourage de pieux, un homme aisé au milieu de personnes fortunées, poussé dans une certaine culture et entouré de gens cultivés. L’important pour lui est de savoir gagner la confiance de son client, autrement dit sa victime et de bien lui préparer son piège », dit-il, tout en ajoutant que le mot escroc en arabe veut dire « nassab », et « nassab » est ce geste du chasseur qui prépare son piège pour coincer sa proie. Sayed Ali, un autre journaliste et témoin d’une affaire d’escroquerie, cite l’exemple de trois femmes tirées à quatre épingles, roulant en BMW et qu’il a rencontrées dans la résidence d’un ambassadeur au Caire.

« Il n’était pas question de les craindre, cependant j‘ai appris par la suite qu’elles étaient bien douées en matière d’escroquerie », dit-il, en ajoutant que l’escroc d’aujourd’hui n’est pas le criminel qui a un casier judiciaire, mais des personnes bien masquées qui préparent correctement leurs crimes à tel point qu’il est difficile de douter d’elles. Seules 10 % des affaires d’escroquerie arrivent aux tribunaux selon Chamroukh. Et c’est le cas d’Islam, l’escroc de Madinet Nasr, qui a réussi à soutirer des milliers de L.E. des poches des hautes personnalités, des hommes d’affaires et même des avocats, puis il a quitté le pays. Seize de ses victimes ont voyagé aux Etats-Unis, dans l’espoir de se faire rembourser leur argent, d’autres n’arrivent toujours pas à croire à son crime et à douter de lui. « C’est un homme honnête, pieux et respectueux. Sûrement il affronte une crise ou a des problèmes dans son commerce », avancent certains. D’autres pensent que sa femme est sûrement malade et qu’il a dû l’accompagner pour la faire soigner et qu’il va retourner certainement pour leur donner leurs bénéfices.

Islam a distribué des bénéfices pour épater ses victimes jusqu’au mois de janvier. Affaire bien montée qui a fait que certaines victimes pensent que ce sont les hauts responsables qui ne sont pas satisfaits de la réussite d’Islam et sont à la source de ce chaos. « Ce sont eux qui font courir les rumeurs de sa fuite, mais il va retourner un jour ou l’autre », assure l’une de ses victimes.

Doaa Khalifa

 




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