Al-Ahram Hebdo, Opinion |
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 2 au 8 avril 2008, numéro 708

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Opinion
 

Pourquoi le président intervient-il ?

Mohamed Salmawy

La femme de ménage, Hala, est rentrée, le visage éclatant de bonheur, portant entre ses bras ce qui semblait être un cadeau précieux. Avant même de nous saluer, elle nous le remit à mon épouse et moi en nous disant : « Je vous ai apporté du pain ». Je pensais que j’étais le seul à ne pas comprendre. Mais ma femme remercia Hala en lui disant que nous ne lui avons pas demandé de nous acheter du pain.

La femme de ménage nous confia qu’elle n’avait pas cru ses yeux en voyant les boulangeries calmes ce jour-là, sans queues, ni flots de personnes. Elle s’est dit alors que c’était l’occasion idéale pour en acheter la quantité autorisée et la donner à ses enfants. « Ensuite en route, j’ai trouvé une autre boulangerie où régnait le même calme et je me suis dis que cette occasion serait pour vous », nous a-t-elle déclaré et de poursuivre : « Surtout que je sais très bien que M. Mohamed aime bien le pain baladi ».

Cet étonnement exprimé par Hala n’était pas de son seul ressort. Mais j’ai été étonné et mon épouse de même, car les discours dans les journaux et dans les médias le jour précédant ce cadeau inattendu ne cessaient guère d’évoquer les longues queues qui défilaient devant les boulangeries. Ils citaient non seulement les actes de violence qui les accompagnaient mais également les crimes commis à cause des foules devant les boulangeries à la quête du pain.

Mais le président de la République est intervenu pour résoudre cette crise et a demandé à l’armée de contrôler la situation pour éviter la vente illégale de la farine dont peuvent tirer profit les commerçants. Ainsi, la situation s’est-elle rectifiée du jour au lendemain, se soldant par la scène que les yeux de Hala ont interceptée avec étonnement.

Les mesures efficaces prises par le président pour régler le problème et qui ont causé la détente m’importent peu. Mais je voudrais plutôt débattre du fait même que le  président de la République intervient en personne pour régler le problème censé être résolu par ses ministères compétents.

La détente que vivent actuellement les boulangeries du Caire suite à l’intervention présidentielle a prouvé que le problème n’est pas impossible à régler. Pourquoi n’a-t-il pas été résolu avec les mêmes décisions sans l’intervention du président de la République. Au fait, s’il revenait au président en personne de résoudre le problème des files devant les boulangeries, qui prendrait en charge les dossiers stratégiques du pays comme ceux de la sécurité nationale, du Moyen-Orient et des relations avec les Etat-Unis et leurs diverses ramifications comme le blocus de Gaza et le sommet de Damas et d’autres dossiers ? En admettant que le pain a aussi une portée stratégique, il relève toutefois d’un des portefeuilles ministériels qui est censé déterminer une politique spécifique pour régler le problème et d’un parti décidant des prérogatives de chaque ministère. Cependant, la politique des jeunes ministres économiques qui se sont préoccupés de réduire les taxes douanières sur les voitures et d’en imposer de nouveaux sur les appartements n’a pas abouti pour le dossier du pain. Leur parti n’a pu également régler le problème à tel point que nous avons imaginé que c’était là une crise incurable comme tant d’autres qui restent insolubles même avec les changements de gouvernement.

Ce n’est pas la première fois que le président intervienne en personne pour régler un problème quotidien. Que ce soit sur un plan personnel, comme pour l’étudiante Alaa qui n’a pas trouvé justice auprès de l’appareil bureaucratique du ministère de l’Education nationale. Et c’est le président qui lui a rendu justice. Ou un problème d’ordre public comme celui du pain qui a été réglé par l’intervention du président.

Nous avons vécu une expérience similaire à l’Union des écrivains lorsque le premier ministre a consenti à accorder un soutien financier de 2 millions de L.E. consacré à la caisse de retraite des écrivains. Retraite d’environ 70 L.E. qui avait atteint un degré sans précédent de dégradation frôlant l’humiliation !

Cependant, nous avons été surpris de voir le ministère des Finances manifester une lenteur dans l’exécution de la décision du premier ministre. Deux ans plus tard, le ministère des Finances a déclaré qu’il se contenterait d’une prime de 200 000 L.E. que l’Union avait perçue avant la décision du premier ministre. Cette prime devait être octroyée une seule fois, selon l’avis du ministère des Finances.

Face à cette situation, et après avoir épuisé tous les moyens d’intervention légitime pour entrer en contact avec le ministre des Finances et avec l’intervention du ministre de la Culture et la rédaction d’un communiqué présenté au premier ministre, certains se sont imaginés que nous n’avions d’autre choix que de recourir à la stratégie des protestations comme les manifestations et les sit-in ou autres. Mais contrairement à cela, nous avons compté sur nous-mêmes en tant qu’écrivains, ayant des esprits talentueux en littérature, dans la culture et une réflexion profonde. Ce qui signifie que nos moyens devaient nécessairement s’aligner sur ce que nous représentons. Ainsi avons-nous décidé de soumettre la question au président de la République. Rien que quelques semaines se sont écoulées, avant que le ministère des Finances n’ait pris l’initiative de nous contacter pour nous informer que le soutien financier qu’on devait percevoir depuis deux ans était prêt à intégrer notre compte.

Le président qui est intervenu pour que les fonctionnaires des impôts immobiliers, qui avaient organisé des sit-in, obtiennent leurs droits auprès du ministère des Finances, s’est également investi pour que les écrivains qui n’avaient pas manifesté ni organisé des sit-in obtiennent leurs droits à leur tour.

Ce qui veut dire que son intervention a eu lieu lorsqu’il a été question de droits et non pas lorsqu’il y avait grève ou sit-in. C’est d’ailleurs ce que nous avons estimé et sur lequel nous avons parié dès le départ.

Mais tout cela nous fait revenir à notre point de départ, à savoir le pourquoi de l’intervention du président de la République.

Mais la réponse à cette question nous amène à débattre de la compétence de ces organismes et de leur capacité de parvenir à des solutions. Elle nous amène à juste titre à cerner également le danger du problème et la nécessité de le régler. Il semble, malheureusement que seul le président de la République détient ce genre de caractéristiques et de capacités. Il est le seul et non pas le parti à être concerné par le pain de la femme de ménage Hala ou par les droits des écrivains d’Egypte !

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.