Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Al-Sadr souffle le chaud et le froid
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 Semaine du 2 au 8 avril 2008, numéro 708

 

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Iraq. Le pays peut-il donc reprendre son souffle le temps de l’accalmie à Bassorah ? Le retour de la sécurité dans la deuxième ville du pays fait figure de test pour le gouvernement. 

Al-Sadr souffle le chaud et le froid 

Plus de 300 morts et des centaines de blessés, une rivalité qui a viré en un affrontement armé, un ultimatum lancé aux insurgés, la situation à Bassorah a perduré pour six jours avant de revenir presque à la normale avec l’appel de l’imam chiite radical Moqtada Al-Sadr aux miliciens de son Armée du Mahdi de quitter les rues des villes d’Iraq. « Par souci de responsabilité religieuse et pour mettre fin à l’effusion de sang iraqien, nous appelons à la fin de la présence armée à Bassorah et dans toutes les autres provinces », déclare le dirigeant chiite dans un communiqué distribué aux journalistes par ses collaborateurs. « Quiconque porte une arme et prend pour cibles les institutions du gouvernement ne fera plus partie de nos rangs », poursuit-il, réclamant la fin de la répression contre ses fidèles et une amnistie pour ceux qui se trouvent derrière les barreaux. Ali Al-Dabbagh, porte-parole du premier ministre Nouri Al-Maliki, s’est félicité de la « déclaration positive » d’Al-Sadr. « Nous pensons que cela contribuera aux efforts du gouvernement d’Iraq pour assurer la sécurité », a-t-il ajouté.

Plus tard, il a promis que les miliciens qui déposeraient leurs armes ne seraient pas poursuivis par la justice, un geste fait « en remerciement » de l’appel de Moqtada Al-Sadr à ses combattants. Néanmoins, les forces de sécurité continueront de poursuivre « ceux qui n’obéissent pas aux ordres du gouvernement et aux ordres de Moqtada Al-Sadr », a assuré le porte-parole du gouvernement iraqien, Ali Al-Dabbagh.

Tout a commencé lorsque Maliki a lancé la semaine dernière les forces gouvernementales dans une vaste offensive contre les membres de l’Armée du Mahdi à Bassorah, deuxième ville du pays et maillon essentiel de l’industrie pétrolière, dans le sud. Les combats, très violents, se sont rapidement étendus aux villes voisines et à Bagdad, mettant en péril la fragile accalmie observée depuis quelques mois. Les Etats-Unis ont confirmé que des forces spéciales américaines participaient à l’opération aux côtés des troupes iraqiennes à Bassorah. Le gouvernement exige depuis des mois la dissolution de l’Armée du Mahdi, une organisation paramilitaire puissante qu’il ne contrôle pas.

Al-Sadr, qui soupçonne Maliki et le Conseil islamique suprême d’Iraq, son plus puissant allié parlementaire, de chercher à éradiquer son mouvement avant les élections régionales d’octobre, y a répondu samedi en exhortant ses partisans à ne pas rendre les armes à un gouvernement incapable de chasser les « occupants ».

Le mouvement sadriste, farouchement opposé à l’occupation américaine en Iraq, accuse M. Maliki d’être à la solde des Américains et a demandé qu’il démissionne. Fort d’un important soutien populaire, il exige que lui soit réservé plus de pouvoir.

Avant le début des combats, Moqtada Al-Sadr respectait depuis fin août 2007 un cessez-le-feu unilatéral et sa milice s’est abstenue de toute opération contre les armées iraqienne et américaine.

 

Incertitudes

L’enjeu de cette accalmie est de taille pour le gouvernement iraqien. Cette localité du sud de l’Iraq, placée sous contrôle britannique après l’entrée de la coalition internationale en avril 2003, avait été jusqu’ici marquée par un calme relatif. A tel point que le 15 décembre dernier, les soldats de la coalition s’étaient retirés, transférant la responsabilité de la province aux autorités iraqiennes. Celles-ci avaient alors affiché leur confiance dans leur capacité à contrôler le sud du pays et à y assurer la sécurité. Une certitude mise à mal par les événements des derniers jours. Deuxième ville d’Iraq avec ses deux millions d’habitants et principale voie d’exportation du pétrole iraqien, Bassorah est devenue le théâtre d’une violente rivalité interchiites. S’y opposent les hommes du chef radical Moqtada Al-Sadr, rassemblés sur la bannière Armée du Mahdi, à ceux du Conseil suprême islamique d’Iraq de Abdel-Aziz Hakim et du parti Fadhila. Les Sadristes reprochent aux forces iraqiennes de soutenir leurs rivaux chiites. Le risque est de voir s’effondrer le cessez-le-feu déclaré l’été dernier par l’imam Moqtada Al-Sadr, dont la milice avait défié les troupes américaines lors d’affrontements sanglants en avril et août 2004. Car si l’Armée du Mahdi repart en guerre, les fragiles avancées obtenues en Iraq sont clairement menacées. Selon les observateurs, Al-Sadr s’est posé en fer de lance de l’opposition chiite radicale anti-américaine et veut sa part de l’énorme gâteau que représente la communauté chiite iraqienne. Un professeur de sciences politiques à l’Université de Bagdad ne mâche pas ses mots : « Moqtada pense qu’il est le mieux placé pour représenter les chiites iraqiens, car son père est mort sur la terre iraqienne. Mais, il n’est pas le seul et il ne possède ni la maturité politique ni la spiritualité d’un leader religieux ». Pour le moment, ce sont l’occupation américaine et le Conseil de gouvernement transitoire qui occupent Moqtada Al-Sadr. Bref, la mobilisation d’une armée de volontaires, l’Armée du Mahdi, du nom de l’imam caché, est un message clair adressé aux forces de la coalition.

Rania Adel

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