Iraq.
Le pays peut-il donc reprendre son souffle le temps de
l’accalmie à Bassorah ? Le retour de la sécurité dans la
deuxième ville du pays fait figure de test pour le
gouvernement.
Al-Sadr souffle le chaud et le froid
Plus
de 300 morts et des centaines de blessés, une rivalité qui a
viré en un affrontement armé, un ultimatum lancé aux
insurgés, la situation à Bassorah a perduré pour six jours
avant de revenir presque à la normale avec l’appel de l’imam
chiite radical Moqtada Al-Sadr aux miliciens de son Armée du
Mahdi de quitter les rues des villes d’Iraq. « Par souci de
responsabilité religieuse et pour mettre fin à l’effusion de
sang iraqien, nous appelons à la fin de la présence armée à
Bassorah et dans toutes les autres provinces », déclare le
dirigeant chiite dans un communiqué distribué aux
journalistes par ses collaborateurs. « Quiconque porte une
arme et prend pour cibles les institutions du gouvernement
ne fera plus partie de nos rangs », poursuit-il, réclamant
la fin de la répression contre ses fidèles et une amnistie
pour ceux qui se trouvent derrière les barreaux. Ali
Al-Dabbagh, porte-parole du premier ministre Nouri Al-Maliki,
s’est félicité de la « déclaration positive » d’Al-Sadr. «
Nous pensons que cela contribuera aux efforts du
gouvernement d’Iraq pour assurer la sécurité », a-t-il
ajouté.
Plus tard, il a promis que les miliciens qui déposeraient
leurs armes ne seraient pas poursuivis par la justice, un
geste fait « en remerciement » de l’appel de Moqtada Al-Sadr
à ses combattants. Néanmoins, les forces de sécurité
continueront de poursuivre « ceux qui n’obéissent pas aux
ordres du gouvernement et aux ordres de Moqtada Al-Sadr », a
assuré le porte-parole du gouvernement iraqien, Ali
Al-Dabbagh.
Tout a commencé lorsque Maliki a lancé la semaine dernière
les forces gouvernementales dans une vaste offensive contre
les membres de l’Armée du Mahdi à Bassorah, deuxième ville
du pays et maillon essentiel de l’industrie pétrolière, dans
le sud. Les combats, très violents, se sont rapidement
étendus aux villes voisines et à Bagdad, mettant en péril la
fragile accalmie observée depuis quelques mois. Les
Etats-Unis ont confirmé que des forces spéciales américaines
participaient à l’opération aux côtés des troupes iraqiennes
à Bassorah. Le gouvernement exige depuis des mois la
dissolution de l’Armée du Mahdi, une organisation
paramilitaire puissante qu’il ne contrôle pas.
Al-Sadr, qui soupçonne Maliki et le Conseil islamique
suprême d’Iraq, son plus puissant allié parlementaire, de
chercher à éradiquer son mouvement avant les élections
régionales d’octobre, y a répondu samedi en exhortant ses
partisans à ne pas rendre les armes à un gouvernement
incapable de chasser les « occupants ».
Le mouvement sadriste, farouchement opposé à l’occupation
américaine en Iraq, accuse M. Maliki d’être à la solde des
Américains et a demandé qu’il démissionne. Fort d’un
important soutien populaire, il exige que lui soit réservé
plus de pouvoir.
Avant le début des combats, Moqtada Al-Sadr respectait
depuis fin août 2007 un cessez-le-feu unilatéral et sa
milice s’est abstenue de toute opération contre les armées
iraqienne et américaine.
Incertitudes
L’enjeu de cette accalmie est de taille pour le gouvernement
iraqien. Cette localité du sud de l’Iraq, placée sous
contrôle britannique après l’entrée de la coalition
internationale en avril 2003, avait été jusqu’ici marquée
par un calme relatif. A tel point que le 15 décembre
dernier, les soldats de la coalition s’étaient retirés,
transférant la responsabilité de la province aux autorités
iraqiennes. Celles-ci avaient alors affiché leur confiance
dans leur capacité à contrôler le sud du pays et à y assurer
la sécurité. Une certitude mise à mal par les événements des
derniers jours. Deuxième ville d’Iraq avec ses deux millions
d’habitants et principale voie d’exportation du pétrole
iraqien, Bassorah est devenue le théâtre d’une violente
rivalité interchiites. S’y opposent les hommes du chef
radical Moqtada Al-Sadr, rassemblés sur la bannière Armée du
Mahdi, à ceux du Conseil suprême islamique d’Iraq de
Abdel-Aziz Hakim et du parti Fadhila. Les Sadristes
reprochent aux forces iraqiennes de soutenir leurs rivaux
chiites. Le risque est de voir s’effondrer le cessez-le-feu
déclaré l’été dernier par l’imam Moqtada Al-Sadr, dont la
milice avait défié les troupes américaines lors
d’affrontements sanglants en avril et août 2004. Car si
l’Armée du Mahdi repart en guerre, les fragiles avancées
obtenues en Iraq sont clairement menacées. Selon les
observateurs, Al-Sadr s’est posé en fer de lance de
l’opposition chiite radicale anti-américaine et veut sa part
de l’énorme gâteau que représente la communauté chiite
iraqienne. Un professeur de sciences politiques à
l’Université de Bagdad ne mâche pas ses mots : « Moqtada
pense qu’il est le mieux placé pour représenter les chiites
iraqiens, car son père est mort sur la terre iraqienne.
Mais, il n’est pas le seul et il ne possède ni la maturité
politique ni la spiritualité d’un leader religieux ». Pour
le moment, ce sont l’occupation américaine et le Conseil de
gouvernement transitoire qui occupent Moqtada Al-Sadr. Bref,
la mobilisation d’une armée de volontaires, l’Armée du
Mahdi, du nom de l’imam caché, est un message clair adressé
aux forces de la coalition.
Rania
Adel