Al-Ahram Hebdo, Evénement | Des relations organiques ?
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 2 au 8 avril 2008, numéro 708

 

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Sommet Arabe. La Syrie est accusée de s’ingérer au Liban et de vouloir en faire une sorte de province. Il s’agirait autant d’objectifs sécuritaires que d’une nostalgie des temps anciens. 

Des relations organiques ? 

« L’ingérence syrienne au Liban », c’est la phrase que la majorité des chefs des pays arabes ont utilisée comme argument pour bouder le sommet de Damas. Et la représentation à niveau faible de ces pays n’était qu’un signe de mécontentement envers la Syrie pour ce fait. Plus significatif : le siège libanais a été aussi vacant dans ce sommet pour ce même point de vue. « La Syrie a joué un rôle prépondérant dans la crise politique au Liban, la rendant plus aiguë en s’ingérant constamment dans les affaires internes libanaises et en empêchant ainsi l’élection du candidat consensuel à la présidence », c’est ce que dénonce la majorité libanaise dirigée par le premier ministre Fouad Siniora. La question qui se pose alors est de savoir quelle est la nature de cette ingérence et si Damas a vraiment des ambitions régionales comprenant évidemment le Liban. En fait, si la Syrie se défend toujours de toute ingérence au Liban, il n’est pas moins vrai que ce pays constitue pour elle plus qu’un voisin. Dans le discours d’ouverture du sommet, le président Bachar Al-Assad a voulu se défendre : « La clé est entre les mains des Libanais eux-mêmes. Ils ont un territoire, des institutions, une Constitution et la conscience nécessaire ». Mais pour les opposants à la Syrie, ces ambitions existent bien. Et ce, partant du fait que dans la constance de la politique syrienne on trouve un refus d’ouvrir une ambassade à Beyrouth et un rejet de tout bornage des frontières.

Une question d’histoire

Un peu d’histoire pour comprendre cette relation un peu compliquée entre ces deux pays. Le Liban était depuis l’Empire ottoman la « province maritime de Damas ». Le tout commence alors avec les accords de Sykes-Picot en 1916 de partage du Proche-Orient entre la France et la Grande-Bretagne et ensuite la proclamation du « Grand Liban » en 1920. La Syrie, indépendante à cette époque, n’a jamais accepté « d’être privée d’une de ses provinces. Cette nouvelle entité suscita également l’opposition des nationalistes arabes qui souhaitaient la création d’une Grande Syrie » regroupant la Syrie, le Liban, la Palestine et la Transjordanie. L’idéologie du Baas, parti au pouvoir en Syrie, est basée essentiellement sur la réunification des différents Etats arabes en une seule et grande nation. Mais la proclamation de l’indépendance et du « pacte national » au Liban en 1943, devait stopper net les aspirations à la création de la Grande Syrie. Et la Syrie et le Liban deviennent deux Etats souverains à partir de 1946, date d’évacuation des dernières troupes françaises.

Aujourd’hui, personne ne peut nier que ce rêve d’une Grande Syrie est pratiquement révolu. Il existe toujours mais seulement dans l’esprit des Syriens. Ceux-ci nomment jusqu’à maintenant Damas (Al-Cham), le pays du levant. « C’est seulement au niveau culturel syrien que ce mot se manifeste souvent sur scène. C’est une question légitime. Le rêve de l’unité n’est pas une honte », estime Mohamad Saïd Idriss, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

Mais La Syrie est revenue une autre fois au Liban, d’après l’accord de Taëf en 1989, sous forme d’une tutelle, mais qui a eu l’avantage de mettre terme à la guerre civile qui a ravagé le Liban en ce temps. Et le Traité de fraternité et de coopération signé entre les deux pays le 22 mai est venu les lier plus que jamais. Son slogan était : « L’unité de la ligne et du destin politiques » des deux voisins. Une tutelle qui a duré pour 30 ans et pendant laquelle la Syrie n’avait pas échappé à des accusations. Elle fut accusée de vouloir modifier le tissu social libanais, et « d’appliquer une syriannité » couvrant la plupart des aspects du mode de vie libanais aussi bien que la politique. Et c’est après l’assassinat de Rafiq Al-Hariri que la Syrie s’est trouvée contrainte de quitter rapidement le Liban et ce d’après la résolution 1 559 de l’Onu, promulguée en septembre 2004.

 

Les impératifs de sécurité syriens

Aujourd’hui, Damas se trouve aussi accusé d’être à l’origine du blocage du consensus libanais. Et ce n’est pas tout. Une série d’autres accusations lui ont été adressées : la facilitation de la contrebande d’armes à destination du Hezbollah à travers la frontière libano-syrienne et des factions palestiniennes pro-syriennes armées à l’intérieur comme à l’extérieur des camps palestiniens au Liban.

Pour Idriss, il n’y a aucun indice d’ingérence syrienne au Liban. Ce n’est qu’une propagande menée par les Etats-Unis et leurs alliés arabes, qui voulaient passer sous silence d’autres ingérences qui sont beaucoup plus dangereuses dans l’affaire libanaise. « Le conflit fondamental au Liban n’est pas du tout l’ingérence syrienne, mais porte sur la définition du Liban. S’agit-il d’un Liban allié des Etats-Unis et signataire d’un accord de paix avec Israël ? Ou d’un Liban résistant et ne voulant pas être une source de danger pour ses voisins arabes ? La Syrie a certes des intérêts et le droit pour soutenir la résistance ». Le politologue estime que Damas n’a aucune ambition au Liban que de sécuriser son territoire. Il explique à cet égard comment la Syrie est assiégée. A l’Est, c’est l’Iraq, où évoluent les troupes américaines, celles d’Incirlik. Au nord se trouve la Turquie avec une des grandes bases militaires américaines. La Jordanie et l’Arabie saoudite, deux autres voisins, sont connues pour être des grands opposants à la politique de Damas. Alors, il ne reste pour la Syrie qu’une seule frontière ouverte.

La même vision est défendue par le politologue Abdallah Al-Achaal. Le pays du Cèdre est considéré comme l’une des plus importantes bases de la sécurité nationale de la Syrie. Comme le Soudan était une base de sécurité pour l’Egypte. C’est la géopolitique qui a imposé cet état des lieux. Le Liban se trouve dans la carte géographique, au cœur de la Syrie. Ainsi, toute interaction à l’intérieur du Liban se reflète directement à Damas. « Dans l’histoire, tous ceux qui voulaient préparer des complots contre la Syrie partaient du Liban. La liaison entre les deux est une liaison organique. Aujourd’hui, toute tentative chirurgicale pour séparer ces deux entités va être vouée à l’échec », conclut Al-Achaal.

Tout compte fait, c’est un modèle de crise tout à fait arabe : l’incapacité de concevoir une unité où tous les intérêts sont respectés.

Aliaa Al-Korachi

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