Al-Ahram Hebdo, Evénement | Le Caire face et au cœur de la discorde
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 2 au 8 avril 2008, numéro 708

 

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Evénement

Sommet Arabe. L’Egypte a-t-elle perdu son influence au sein du monde arabe ? La question s’est posée avec insistance à l’occasion du sommet de Damas. 

Le Caire face et au cœur de la discorde 

C’est à cause du sommet de Damas que les lumières se sont focalisées sur le rôle problématique de l’Egypte au sein du monde arabe. Ce sommet a été à la fois boudé par le président de la République qui n’a délégué à sa place ni le premier ministre ni même son chef de la diplomatie. L’Egypte, tout comme son allié saoudien, du moment, a décidé de réduire le niveau de sa représentation au 20e sommet arabe et a décidé d’y être représenté par son ministre des Affaires judiciaires et législatives, Moufid Chéhab. Pour Le Caire, il n’était pas question de se faire représenter par une personnalité à titre politique. Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmad Aboul-Gheit, l’a clairement exprimé. S’il a été décidé d’envoyer Chéhab à Damas, c’est parce que le sommet « nécessite une atmosphère favorable pour réaliser ses objectifs ». Attitude qui a pu mettre en relief la réelle division des Etats arabes.

Une question vient s’imposer à cet égard. Est-ce que l’Egypte peut toujours être considérée comme étant un pionnier du panarabisme et un pays jouant un rôle de premier plan avec l’influence qu’il faut ? L’Egyte est le pays le plus peuplé du monde arabe. Elle occupe une situation géographique centrale et son histoire est l’une des plus mouvementées. Pourquoi cette impression que son rôle se réduit ? Voire d’aucuns affirment qu’il a complètement disparu.

Cette réalité qui frappe aux yeux ne peut plus être niée. Pour le politologue Nabil Sobhi, c’est depuis la signature de l’accord de Camp David que le rôle de l’Egypte dans la région a commencé à se restreindre. Les Israéliens avaient d’ailleurs annoncé dans un rapport publié à la suite de cet accord que l’Egypte a perdu 50 % de son influence sur le monde arabe. Plus, l’Egypte se limite à ses problèmes économiques en cherchant une expansion qui lui fait défaut plus elle s’écarte des intérêts arabes pour ne voir devant ses yeux que son intérêt. « Alors, il faut imaginer à quoi la situation est réduite aujourd’hui avec les différents partenariats économiques et les projets surtout, dont ce dernier, pour l’exportation de gaz vers Israël », affirme Sobhi.

Le rôle égyptien dans la région devient de plus en plus réduit. « Nous voyons des sortes d’interventions très superficielles, mais qui dans le fond ne mènent à rien du tout », explique le politologue. Qu’il s’agisse de la crise libanaise, palestinienne, ou iraqienne.

Pour l’écrivain Fahmi Howeidi, aujourd’hui nous sommes loin de parler d’un rôle pionnier de l’Egypte ni même de n’importe quel autre pays arabe. « Il ne faut pas détourner les yeux de la réalité dans laquelle la plupart des dirigeants arabes nous ont impliqués ». 

Le sommet de Damas en est la preuve. La participation ou non de l’Egypte au sommet n’a pas été si influente que ça. Le fait de ne pas être présente n’a pas empêché le sommet d’avoir lieu. « Malheureusement, la participation de l’Egypte n’aurait absolument rien changé aux résultats du sommet. Sinon, cela se serait reflété lors des précédentes réunions », lance Howeidi.

Les réalités expliquent même plus. L’Egypte ne s’est pas contentée de s’éloigner des affaires des Etats arabes, mais elle est encore allée plus loin. « Elle est devenue un facteur très important pour les Américains et les Israéliens pour exercer des pressions sur les pays arabes ».

Si certains pensent que la réaction de Moubarak est une réaction personnelle contre son homologue syrien qui avait traité les dirigeants arabes qui s’étaient opposés à la capture de deux soldats israéliens par le Hezbollah « de moitiés d’hommes », les pressions américaines sur les Etats arabes sont pointées du doigt. Washington ne s’est pas gêné pour appeler les pays arabes à réfléchir avant de décider de participer au sommet de Damas, compte tenu des difficultés du Liban à élire un président. « Nous n’allons pas essayer de dicter leur conduite aux participants », a déclaré le porte-parole du département d’Etat, Sean McCormack, qui a ajouté : « Mais lorsqu’ils envisagent de participer à une réunion en Syrie, il est évidemment dans leur intérêt de garder à l’esprit le rôle que la Syrie a joué jusqu’à maintenant pour empêcher le processus électoral libanais d’aller de l’avant ». Ce ne sont pas de simples déclarations, mais plutôt un message américain destiné aux alliés arabes. Un point de vue qui circule majoritairement. Mais faut-il oublier que la polarisation et les déchirures au sein du monde arabe rendent toute action d’où qu’elle émane quasi inutile ?

Le président Moubarak a d’ailleurs lancé la balle dans le camp syrien en exhortant la Syrie à « ouvrir une nouvelle page dans les relations interarabes en bannissant les différends et les conflits ». Il faut le dire, le temps du panarabisme est passé.

Chaïmaa Abdel-Hamid

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