Sommet Arabe.
L’Egypte a-t-elle perdu son influence au sein du monde arabe
? La question s’est posée avec insistance à l’occasion du
sommet de Damas.
Le Caire face et au cœur de la discorde
C’est
à cause du sommet de Damas que les lumières se sont
focalisées sur le rôle problématique de l’Egypte au sein du
monde arabe. Ce sommet a été à la fois boudé par le
président de la République qui n’a délégué à sa place ni le
premier ministre ni même son chef de la diplomatie.
L’Egypte, tout comme son allié saoudien, du moment, a décidé
de réduire le niveau de sa représentation au 20e sommet
arabe et a décidé d’y être représenté par son ministre des
Affaires judiciaires et législatives, Moufid Chéhab. Pour Le
Caire, il n’était pas question de se faire représenter par
une personnalité à titre politique. Le ministre égyptien des
Affaires étrangères, Ahmad Aboul-Gheit, l’a clairement
exprimé. S’il a été décidé d’envoyer Chéhab à Damas, c’est
parce que le sommet « nécessite une atmosphère favorable
pour réaliser ses objectifs ». Attitude qui a pu mettre en
relief la réelle division des Etats arabes.
Une question vient s’imposer à cet égard. Est-ce que
l’Egypte peut toujours être considérée comme étant un
pionnier du panarabisme et un pays jouant un rôle de premier
plan avec l’influence qu’il faut ? L’Egyte est le pays le
plus peuplé du monde arabe. Elle occupe une situation
géographique centrale et son histoire est l’une des plus
mouvementées. Pourquoi cette impression que son rôle se
réduit ? Voire d’aucuns affirment qu’il a complètement
disparu.
Cette réalité qui frappe aux yeux ne peut plus être niée.
Pour le politologue Nabil Sobhi, c’est depuis la signature
de l’accord de Camp David que le rôle de l’Egypte dans la
région a commencé à se restreindre. Les Israéliens avaient
d’ailleurs annoncé dans un rapport publié à la suite de cet
accord que l’Egypte a perdu 50 % de son influence sur le
monde arabe. Plus, l’Egypte se limite à ses problèmes
économiques en cherchant une expansion qui lui fait défaut
plus elle s’écarte des intérêts arabes pour ne voir devant
ses yeux que son intérêt. « Alors, il faut imaginer à quoi
la situation est réduite aujourd’hui avec les différents
partenariats économiques et les projets surtout, dont ce
dernier, pour l’exportation de gaz vers Israël », affirme
Sobhi.
Le rôle égyptien dans la région devient de plus en plus
réduit. « Nous voyons des sortes d’interventions très
superficielles, mais qui dans le fond ne mènent à rien du
tout », explique le politologue. Qu’il s’agisse de la crise
libanaise, palestinienne, ou iraqienne.
Pour l’écrivain Fahmi Howeidi, aujourd’hui nous sommes loin
de parler d’un rôle pionnier de l’Egypte ni même de
n’importe quel autre pays arabe. « Il ne faut pas détourner
les yeux de la réalité dans laquelle la plupart des
dirigeants arabes nous ont impliqués ».
Le sommet de Damas en est la preuve. La participation ou non
de l’Egypte au sommet n’a pas été si influente que ça. Le
fait de ne pas être présente n’a pas empêché le sommet
d’avoir lieu. « Malheureusement, la participation de
l’Egypte n’aurait absolument rien changé aux résultats du
sommet. Sinon, cela se serait reflété lors des précédentes
réunions », lance Howeidi.
Les réalités expliquent même plus. L’Egypte ne s’est pas
contentée de s’éloigner des affaires des Etats arabes, mais
elle est encore allée plus loin. « Elle est devenue un
facteur très important pour les Américains et les Israéliens
pour exercer des pressions sur les pays arabes ».
Si certains pensent que la réaction de Moubarak est une
réaction personnelle contre son homologue syrien qui avait
traité les dirigeants arabes qui s’étaient opposés à la
capture de deux soldats israéliens par le Hezbollah « de
moitiés d’hommes », les pressions américaines sur les Etats
arabes sont pointées du doigt. Washington ne s’est pas gêné
pour appeler les pays arabes à réfléchir avant de décider de
participer au sommet de Damas, compte tenu des difficultés
du Liban à élire un président. « Nous n’allons pas essayer
de dicter leur conduite aux participants », a déclaré le
porte-parole du département d’Etat, Sean McCormack, qui a
ajouté : « Mais lorsqu’ils envisagent de participer à une
réunion en Syrie, il est évidemment dans leur intérêt de
garder à l’esprit le rôle que la Syrie a joué jusqu’à
maintenant pour empêcher le processus électoral libanais
d’aller de l’avant ». Ce ne sont pas de simples
déclarations, mais plutôt un message américain destiné aux
alliés arabes. Un point de vue qui circule majoritairement.
Mais faut-il oublier que la polarisation et les déchirures
au sein du monde arabe rendent toute action d’où qu’elle
émane quasi inutile ?
Le président Moubarak a d’ailleurs lancé la balle dans le
camp syrien en exhortant la Syrie à « ouvrir une nouvelle
page dans les relations interarabes en bannissant les
différends et les conflits ». Il faut le dire, le temps du
panarabisme est passé.
Chaïmaa Abdel-Hamid