Député de la majorité parlementaire
libanaise, Waël
Abou-Faour réagit aux conclusions du
sommet arabe de Damas et donne son analyse de la crise politique au pays du
Cèdre.
« Donner à l’opposition le tiers du
gouvernement serait un suicide politique »
Al-ahram hebdo : Que pensez-vous des
résultats du sommet arabe de Damas sur le Liban ?
Waël Abou-Faour : Le sommet n’était pas une véritable occasion pour
résoudre la crise libanaise. Nous nous attendions à ce que les situations se
cristallisent davantage pour commencer à agir. Mais je peux dire que des
mesures arabes seront prochainement prises. Le ministre saoudien des Affaires
étrangères, le prince Saoud Al-Faysal, en a dévoilé certaines et d’autres vont
suivre.
— Quel est le scénario envisageable au Liban après
la tenue du sommet de Damas ?
— Je
m’attends à davantage d’escalade politique et sécuritaire après la tenue de ce
sommet à sensation. Une nouvelle étape commencera qui ne diffère pas beaucoup
de l’étape précédente du point de vue des entraves et de l’escalade. La
situation au Liban est soumise à un plan qui ne sert ni l’intérêt libanais ni
l’intérêt arabe.
— Est-ce que la majorité estime toujours que
le plan arabe est le moyen à même de mettre un terme à la crise libanaise ?
—
Certainement, nous n’avons jamais perdu la foi en le plan arabe. La chose qui
changera probablement dans la position arabe est qu’elle arrêtera de présenter
des solutions théoriques et qu’elle adoptera une position plus ferme face au
régime syrien qui entrave toutes les solutions.
— Pendant un an et demi, la majorité a essayé
avec l’opposition et a échoué de parvenir à un compromis. Pourquoi donc ne pas
accéder à la demande de l’opposition en lui accordons le tiers des
portefeuilles du gouvernement ?
—
Donner à l’opposition le tiers des sièges serait un véritable suicide
politique. Est-il sensé qu’un clan politique donne à l’autre camp la guillotine
avec laquelle il sera exécuté.
— Puisqu’il n’existe pas de solutions
acceptées des deux parties, pourquoi ne pas recourir aux élections législatives
anticipées ?
— Les
élections anticipées ne résoudront pas la crise, car aucune des deux parties
n’obtiendra les deux tiers des sièges du Parlement. Par conséquent, la crise
reviendra au même point. De plus, la majorité parlementaire au Liban est une
majorité issue d’élections libres. Nous voulons une entente et non une
complication supplémentaire.
— Quelles sont les chances d’entente durant
la période à venir entre la majorité et l’opposition ?
— Les
chances sont nulles. Il n’y aura d’entente que si l’équilibre des forces change
au niveau international et toutes les données indiquent que cette entente ne se
réalisera pas.
— Pourquoi le différend avec le régime syrien
a-t-il atteint ce niveau ?
— Le
différend avec le régime syrien est dû au fait qu’il refuse d’appliquer le plan
arabe destiné à régler la crise libanaise et au fait qu’il déploie des efforts
assidus pour l’entraver. Je pense que tout règlement à venir entre les Etats
arabes et le régime syrien se fera à travers son application totale des
dispositions de ce plan. Ce sont les pays arabes qui ont soutenu le Liban en
réduisant leur niveau de représentation au sommet. On s’attend à ce que les
relations se compliquent davantage entre le régime syrien et les pays arabes
après le sommet.
— Le ministre syrien des Affaires étrangères,
Walid Al-Moallem, a déclaré que le Liban a raté une occasion en or en
boycottant le sommet arabe. Qu’en pensez-vous ?
—
L’occasion en or dont parle le ministre syrien est illusoire. Elle n’a même
jamais existé, car la position du régime syrien est claire : davantage de
sabotages et d’entraves au Liban. Quiconque croyait que la participation du
Liban ou la représentation arabe de haut niveau au sommet auraient pu faire
quelque chose pour la crise libanaise se faisait des illusions. En effet, le
conflit actuel au Liban et dans la région n’est pas une partie du conflit
arabo-israélien, ni un conflit pour la Palestine ou pour la restitution des
territoires arabes occupés ou pour toute autre cause arabe. Il s’agit d’un
conflit pour la répartition des influences et des butins entre l’Iran et
Israël. Ce sont les pays arabes et le citoyen arabe qui en sont les victimes.
— Ne valait-il pas mieux, pour l’intérêt du
Liban, engager un dialogue avec la Syrie ?
— Il
est inutile aujourd’hui d’engager des dialogues autour de questions secondaires
alors que les principales causes qui nécessitent des solutions radicales sont
en suspens. Les forces du 14 mars (majorité parlementaire) sont prêtes à
répondre aux invitations de dialogue mais seulement après la fin des blocages
dans les institutions constitutionnelles, l’élection du président de la
République, l’activation de la vie législative et démocratique.
— Que pense faire la majorité étant donné la
persistance du blocage ?
— Je
ne dévoile pas un secret en disant qu’un ensemble d’idées sont discutées par
les forces du 14 mars. Elles sont discutées au sein du gouvernement libanais
bien que la priorité politique majeure demeure l’élection d’un président de la
République, conformément au plan arabe. Cependant, nous devons être prêts avec
une panoplie d’alternatives si jamais l’initiative arabe venait à échouer. De
plus, nous ne devons pas rester immobiles après le sommet car nous craignons
une escalade politique. Nous espérons que l’escalade demeure politique et non
pas sécuritaire, car il semble que le régime syrien ne soit pas prêt à
pardonner l’humiliation qu’il a subie au sommet de Damas en conséquence de son
comportement politique et de sa sortie de l’unanimité arabe.
— Craignez-vous que la situation sécuritaire
ne se détériore et que la trêve existante ne s’effondre ?
— Si
la trêve s’effondre, ce ne sera pas le fait d’éléments incontrôlables, mais
parce que le régime à Damas a connu une série de débâcles lors du sommet arabe.
Premièrement, il y a eu le boycott du Liban, puis la réduction de la
représentation des pays arabes, ce qui signifie le retrait de la légitimité
arabe à ce régime. Et troisièmement, la question libanaise était présente avec
force puisque le régime syrien a échoué à mettre la cause palestinienne en
concurrence avec les réclamations libanaises. Tout ceci se reflétera sur le
comportement syrien qui cherchera plus d’escalade politique et peut-être
non-politique.
— Pensez-vous que ce scénario d’escalade est
réalisable ?
— Je
suis convaincu que le Liban ne sera pas laissé à son destin. Les Arabes ont
annoncé qu’ils tenaient au plan arabe et que le secrétaire général de la Ligue
arabe, Amr Moussa, reviendra au Liban. Donc le Liban ne sera pas laissé seul
face aux possibilités d’escalade politique et sécuritaire.
— Franchement, comptez-vous toujours sur le
succès des efforts arabes et de celui du secrétaire général de la Ligue arabe ?
— Je
pense que les opportunités offertes au secrétaire général de la Ligue arabe
sont les mêmes qui existaient avant la tenue du sommet. Celui-ci a renforcé les
chances de voir le régime au pouvoir à Damas répondre aux demandes libanaises
et arabes. Après le sommet, le climat entre les Etats arabes et le régime
syrien a changé. Ce dernier ne s’imaginait pas que les pays arabes allaient
réduire leur niveau de représentation ou que le Liban boycottera le sommet.
— Ces données changeront-elles la
situation ?
—
Elles mèneraient peut-être à ce que le régime syrien accepte d’arrêter de poser
des entraves au Liban.
Propos recueillis par Maher Maklad