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 Semaine du 2 au 8 avril 2008, numéro 708

 

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Député de la majorité parlementaire libanaise, Waël Abou-Faour réagit aux conclusions du sommet arabe de Damas et donne son analyse de la crise politique au pays du Cèdre.

« Donner à l’opposition le tiers du gouvernement serait un suicide politique »

Al-ahram hebdo : Que pensez-vous des résultats du sommet arabe de Damas sur le Liban ?

Waël Abou-Faour : Le sommet n’était pas une véritable occasion pour résoudre la crise libanaise. Nous nous attendions à ce que les situations se cristallisent davantage pour commencer à agir. Mais je peux dire que des mesures arabes seront prochainement prises. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Saoud Al-Faysal, en a dévoilé certaines et d’autres vont suivre.

Quel est le scénario envisageable au Liban après la tenue du sommet de Damas ?

— Je m’attends à davantage d’escalade politique et sécuritaire après la tenue de ce sommet à sensation. Une nouvelle étape commencera qui ne diffère pas beaucoup de l’étape précédente du point de vue des entraves et de l’escalade. La situation au Liban est soumise à un plan qui ne sert ni l’intérêt libanais ni l’intérêt arabe.

Est-ce que la majorité estime toujours que le plan arabe est le moyen à même de mettre un terme à la crise libanaise ?

— Certainement, nous n’avons jamais perdu la foi en le plan arabe. La chose qui changera probablement dans la position arabe est qu’elle arrêtera de présenter des solutions théoriques et qu’elle adoptera une position plus ferme face au régime syrien qui entrave toutes les solutions.

Pendant un an et demi, la majorité a essayé avec l’opposition et a échoué de parvenir à un compromis. Pourquoi donc ne pas accéder à la demande de l’opposition en lui accordons le tiers des portefeuilles du gouvernement ?

— Donner à l’opposition le tiers des sièges serait un véritable suicide politique. Est-il sensé qu’un clan politique donne à l’autre camp la guillotine avec laquelle il sera exécuté.

Puisqu’il n’existe pas de solutions acceptées des deux parties, pourquoi ne pas recourir aux élections législatives anticipées ?

— Les élections anticipées ne résoudront pas la crise, car aucune des deux parties n’obtiendra les deux tiers des sièges du Parlement. Par conséquent, la crise reviendra au même point. De plus, la majorité parlementaire au Liban est une majorité issue d’élections libres. Nous voulons une entente et non une complication supplémentaire.

Quelles sont les chances d’entente durant la période à venir entre la majorité et l’opposition ?

— Les chances sont nulles. Il n’y aura d’entente que si l’équilibre des forces change au niveau international et toutes les données indiquent que cette entente ne se réalisera pas.

Pourquoi le différend avec le régime syrien a-t-il atteint ce niveau ?

— Le différend avec le régime syrien est dû au fait qu’il refuse d’appliquer le plan arabe destiné à régler la crise libanaise et au fait qu’il déploie des efforts assidus pour l’entraver. Je pense que tout règlement à venir entre les Etats arabes et le régime syrien se fera à travers son application totale des dispositions de ce plan. Ce sont les pays arabes qui ont soutenu le Liban en réduisant leur niveau de représentation au sommet. On s’attend à ce que les relations se compliquent davantage entre le régime syrien et les pays arabes après le sommet.

Le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Al-Moallem, a déclaré que le Liban a raté une occasion en or en boycottant le sommet arabe. Qu’en pensez-vous ?

— L’occasion en or dont parle le ministre syrien est illusoire. Elle n’a même jamais existé, car la position du régime syrien est claire : davantage de sabotages et d’entraves au Liban. Quiconque croyait que la participation du Liban ou la représentation arabe de haut niveau au sommet auraient pu faire quelque chose pour la crise libanaise se faisait des illusions. En effet, le conflit actuel au Liban et dans la région n’est pas une partie du conflit arabo-israélien, ni un conflit pour la Palestine ou pour la restitution des territoires arabes occupés ou pour toute autre cause arabe. Il s’agit d’un conflit pour la répartition des influences et des butins entre l’Iran et Israël. Ce sont les pays arabes et le citoyen arabe qui en sont les victimes.

Ne valait-il pas mieux, pour l’intérêt du Liban, engager un dialogue avec la Syrie ?

— Il est inutile aujourd’hui d’engager des dialogues autour de questions secondaires alors que les principales causes qui nécessitent des solutions radicales sont en suspens. Les forces du 14 mars (majorité parlementaire) sont prêtes à répondre aux invitations de dialogue mais seulement après la fin des blocages dans les institutions constitutionnelles, l’élection du président de la République, l’activation de la vie législative et démocratique.

Que pense faire la majorité étant donné la persistance du blocage ?

— Je ne dévoile pas un secret en disant qu’un ensemble d’idées sont discutées par les forces du 14 mars. Elles sont discutées au sein du gouvernement libanais bien que la priorité politique majeure demeure l’élection d’un président de la République, conformément au plan arabe. Cependant, nous devons être prêts avec une panoplie d’alternatives si jamais l’initiative arabe venait à échouer. De plus, nous ne devons pas rester immobiles après le sommet car nous craignons une escalade politique. Nous espérons que l’escalade demeure politique et non pas sécuritaire, car il semble que le régime syrien ne soit pas prêt à pardonner l’humiliation qu’il a subie au sommet de Damas en conséquence de son comportement politique et de sa sortie de l’unanimité arabe.

Craignez-vous que la situation sécuritaire ne se détériore et que la trêve existante ne s’effondre ?

— Si la trêve s’effondre, ce ne sera pas le fait d’éléments incontrôlables, mais parce que le régime à Damas a connu une série de débâcles lors du sommet arabe. Premièrement, il y a eu le boycott du Liban, puis la réduction de la représentation des pays arabes, ce qui signifie le retrait de la légitimité arabe à ce régime. Et troisièmement, la question libanaise était présente avec force puisque le régime syrien a échoué à mettre la cause palestinienne en concurrence avec les réclamations libanaises. Tout ceci se reflétera sur le comportement syrien qui cherchera plus d’escalade politique et peut-être non-politique.

Pensez-vous que ce scénario d’escalade est réalisable ?

— Je suis convaincu que le Liban ne sera pas laissé à son destin. Les Arabes ont annoncé qu’ils tenaient au plan arabe et que le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, reviendra au Liban. Donc le Liban ne sera pas laissé seul face aux possibilités d’escalade politique et sécuritaire.

Franchement, comptez-vous toujours sur le succès des efforts arabes et de celui du secrétaire général de la Ligue arabe ?

— Je pense que les opportunités offertes au secrétaire général de la Ligue arabe sont les mêmes qui existaient avant la tenue du sommet. Celui-ci a renforcé les chances de voir le régime au pouvoir à Damas répondre aux demandes libanaises et arabes. Après le sommet, le climat entre les Etats arabes et le régime syrien a changé. Ce dernier ne s’imaginait pas que les pays arabes allaient réduire leur niveau de représentation ou que le Liban boycottera le sommet.

— Ces données changeront-elles la situation ?

— Elles mèneraient peut-être à ce que le régime syrien accepte d’arrêter de poser des entraves au Liban.

Propos recueillis par Maher Maklad

 




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