Al-Ahram Hebdo, Enquête | Les Américains font des vagues
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 Semaine du 2 au 8 avril 2008, numéro 708

 

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Enquête

Canal de Suez. La mort d’un vendeur flottant, victime des tirs d’un cargo affrété par la Marine américaine, provoque l’indignation de la classe politique égyptienne.

Les Américains font des vagues

Le gouvernement est sous le feu des critiques une semaine après la mort d’un citoyen de la ville de Suez tué par les tirs d’un navire américain dans le Canal de Suez. Les faits remontent au lundi 24 mars lorsqu’une barque de vendeurs ambulants dans le Canal de Suez essuie les tirs de semonce d’un cargo affrété par la Marine américaine, le Global Patriot. Mohamad Mokhtar Afifi, un des trois hommes qui se trouvaient à bord de la barque, est touché et meurt immédiatement. Afifi était parti à la recherche de son gagne-pain. Il avait l’habitude de vendre des souvenirs pharaoniques et des cigarettes aux navires traversant le canal. Il laisse une femme et deux enfants, une fille de 3 ans et un garçon de 6 mois. En réaction à l’incident, l’ambassade des Etats-Unis au Caire a fait part de ses regrets. « Nous regrettons ces victimes, mais nous devons savoir ce qui s’est réellement passé des deux côtés », a déclaré l’ambassadeur américain Francis Ricciardone. Le président américain George W. Bush a, lui aussi, fait part de ses regrets lors d’un entretien téléphonique avec le président Moubarak, affirmant avoir demandé au Pentagone d’enquêter sur l’incident et de veiller à ce qu’il ne se reproduise pas. Le Département d’Etat américain a indiqué quant à lui que le Pentagone allait coopérer avec la famille de la victime sur la fixation de compensations financières. Mais l’incident provoque des réactions en série dans les rangs de la presse et au sein de l’opposition. Pour cette dernière, le Global Patriot n’aurait pas dû quitter le Canal de Suez. « L’incident a eu lieu dans les eaux territoriales égyptiennes. Normalement, le navire aurait dû être arrêté et une enquête ouverte. Mais le gouvernement a laissé partir le cargo américain comme si de rien n’était », dénonce Abbass Abdel-Aziz, député de Suez. « J’ai essayé de contacter les responsables du Canal de Suez, mais ils ont gardé le silence. Et l’enquête du Parquet militaire s’est limitée à un interrogatoire des vendeurs ambulants sans résultats », dénonce le député. Et il n’est pas le seul. Plusieurs députés de l’opposition, ralliés par les Frères musulmans, des députés indépendants et même certains députés du PND ont d’ores et déjà soumis des questions urgentes au gouvernement sur l’affaire. Hamdi Hassan, député islamiste, parle de « la lamentable faiblesse du gouvernement ». « Cet incident est venu montrer que la vie des Egyptiens n’a pas de prix », souligne le député. Et de rappeler que cet incident n’est pas le premier du genre. Le 28 février dernier, Samah, une fillette de la ville de Rafah, est morte par des tirs israéliens malencontreux à la frontière avec l’Egypte. Et plusieurs soldats égyptiens sont également morts par des tirs similaires. « Face à ces incidents, l’attitude du gouvernement a été le black-out complet », indique Hamdi Hassan.

Redoubler de vigilance

En octobre 2000, un attentat avait été commis contre un navire américain, l’USS Cole, alors en mouillage dans le port d’Aden, au Yémen. 17 Américains avaient été tués dans l’attaque. Depuis cette date, des instructions ont été données aux navires américains croisant dans la région pour redoubler de vigilance. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’incident du 24 mars. Le chef de la diplomatie, Ahmad Aboul-Gheit, a qualifié l’incident d’inacceptable, tout en affirmant que les ports égyptiens ne sont pas ouverts à qui veut tirer des coups de feu. « L’embarcation égyptienne s’est peut-être approchée d’une manière qui a inquiété les Américains, mais ce n’est pas une raison pour tirer des coups de feu dans les eaux territoriales égyptiennes. Nous attendons la fin de l’enquête du Parquet militaire afin de parvenir à une vision globale de ce qui s’est passé », a déclaré Aboul-Gheit affirmant que l’Egypte accepte les excuses américaines, mais les droits du citoyen égyptien doivent être garantis, et le territoire et les eaux de l’Egypte respectés, et que cette question serait discutée avec les Américains. Mais, pour l’opposition, cette réaction cache mal la faiblesse du gouvernement. Pour Abdallah Al-Sénnaoui, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Al-Arabi, organe d’expression du Parti nassérien, le gouvernement aurait dû demander des excuses officielles, ce qui n’a pas été fait. « Les Américains ont seulement dit qu’ils regrettaient l’incident, ce qui est différent de présenter des excuses. Bien plus, ils ont laissé entendre que la responsabilité était partagée. L’Egypte aurait dû arrêter le cargo et demander des indemnités non seulement pour la mort du citoyen égyptien mais aussi pour atteinte à la réputation du Canal de Suez », affirme Al-Sénnaoui. Même s’il s’agit d’un acte non prémédité, Al-Sénnaoui fait la comparaison avec l’affaire de Lockerbie où les familles des victimes ont toutes été indemnisées. « Malheureusement, le gouvernement ne fait rien pour préserver la dignité de l’Egypte », conclut-il.

Ola Hamdi

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