Circulation.
Une étude réalisée par un centre japonais sur ce fléau du
Caire appelle les responsables à trouver des solutions
d’urgence.
Paralysie imminente
Une
aire de stationnement pleine à craquer. Voilà ce à quoi
ressemblera Le Caire en 2020. C’est le constat d’une étude
sur la circulation dans la capitale, réalisée par le Centre
japonais des études sur la circulation (dépendant du
ministère du Transport) pour le compte du ministère de
l’Intérieur. L’étude dresse une véritable autopsie de ce
fléau cairote, et tire la sonnette d’alarme. Après six mois
d’observations sur le terrain, les chercheurs japonais sont
parvenus à la conclusion suivante : la circulation sera
intenable au Caire d’ici quelques années si rien n’est fait
pour régler le problème.
Le Caire est une ville qui ne devrait absorber que 4
millions de personnes, pourtant elle en héberge 19 millions,
a révélé l’étude qui met l’accent sur le problème
démographique qui se fait sentir sur les routes du Caire ne
pouvant effectivement contenir qu’un demi-million de
véhicules, alors qu’aujourd’hui plus de 4 millions de
voitures sillonnent la capitale. Selon l’étude, la
superficie du Caire est de 350 km2, dont 10 % seulement sont
exploités pour les routes. Ce qui ne convient pas aux
critères mondiaux selon lesquels les rues et les artères
principales doivent représenter 33 % de la superficie totale
d’une ville. La vitesse moyenne des véhicules dans les rues
du Caire était de 30 km/h en 2000. L’étude affirme qu’en
2020, la vitesse moyenne sera réduite à 11 kilomètres par
heure, ce qui implique que le moindre trajet dans la
capitale nécessitera 1h de route. Par ailleurs, le nombre de
voitures a été multiplié par 18 entre 1970 et 2007, alors
que le nombre de routes pour les accueillir n’a pas été
multiplié proportionnellement. Cette situation, si elle
persiste, va générer des pertes pour l’économie de l’ordre
de plusieurs milliards de L.E., ce qui se répercutera
inévitablement sur les investissements dans le pays. L’étude
reconnaît que depuis une décennie, de nombreuses mesures ont
été prises : de nouveaux axes inaugurés, d’autres
réaménagés, des parcs construits et de nombreuses stations
de minibus et d’autobus transférées à la périphérie du
Caire, pourtant le trafic n’a pas connu une fluidité
remarquable. Le plus dur reste à faire.
La planification, clé du problème
Les causes de ce phénomène sont multiples. D’abord, la
politique de centralisation. Tous les ministères,
établissements gouvernementaux et administrations
importantes se trouvent dans la capitale, souligne l’étude
affirmant que pas moins de 75 organismes financiers et
bancaires se trouvent dans la capitale. Selon les
urbanistes, cette centralisation est due à l’absence d’une
bonne planification et le manque de limites claires entre
les zones résidentielles, industrielles et commerciales.
Planification, c’est donc la clef du problème. « Le problème
de la circulation en Egypte est en réalité un problème de
planification. Partout dans le monde, il existe des zones
strictement résidentielles, d’autres commerciales et
d’autres encore réservées aux divertissements ainsi que des
rues piétonnes. Or, en Egypte c’est l’anarchie totale »,
explique Mohamad Réda Haggag, spécialiste de la
planification urbaine. A ce problème majeur viennent
s’ajouter d’autres considérations comme le manque de respect
du code de la route. Les automobilistes qui ne trouvent pas
de place au centre-ville stationnent en deuxième ou encore
en troisième files en infraction au code de la route.
Résultat : 30 % environ des rues du Caire sont utilisées
comme parkings, ce qui influe sur la vitesse moyenne des
voitures et augmente le temps d’arrêt. « Il n’y a pas une
rue, une ruelle ou une place où il n’y a pas trois files de
voitures garées », observe l’étude. La mauvaise qualité des
services présentés par les transports publics figure parmi
les causes de ce chaos. Au Caire, les citoyens de la classe
aisée et moyenne préfèrent utiliser leurs véhicules privés
au lieu d’avoir recours à un transport public peu
confortable. Cette lacune a donné plus de poids aux taxis
qui sont en surnombre au Caire et dont la plupart sont
défaillants et en mauvais état de marche, ce qui aggrave le
problème. L’urbaniste Milad Hanna souligne, lui, l’absence
de places consacrées aux véhicules en panne. « Une voiture
tombée en panne cause un blocage complet de la circulation
qui peut durer une heure entière. A quoi sert donc de créer
un organisme pour la planification des routes et de la
circulation ? ».
Mais
quelles sont alors les solutions pour régler ce chaos ? Une
nouvelle planification des routes est impossible à réaliser,
elle coûterait des milliards de L.E. L’Etat doit orienter
ses investissements vers le métro souterrain de façon à
couvrir toute la capitale, souligne Mohamad Réda Haggag. Les
lignes du métro permettraient une réduction de la
consommation de carburant de l’ordre de 219 millions de L.E.
par an. Sur le plan pratique, il faut attendre 2015, l’année
de l’inauguration du dernier tronçon de la troisième ligne
qui reliera Ataba à l’aéroport du Caire, afin que notre
capitale puisse, non pas respirer, mais au mieux mener le
train de vie qu’exige notre époque.
Mirande Youssef