Al-Ahram Hebdo, Egypte | Paralysie imminente
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 Semaine du 2 au 8 avril 2008, numéro 708

 

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Egypte

Circulation. Une étude réalisée par un centre japonais sur ce fléau du Caire appelle les responsables à trouver des solutions d’urgence. 

Paralysie imminente 

Une aire de stationnement pleine à craquer. Voilà ce à quoi ressemblera Le Caire en 2020. C’est le constat d’une étude sur la circulation dans la capitale, réalisée par le Centre japonais des études sur la circulation (dépendant du ministère du Transport) pour le compte du ministère de l’Intérieur. L’étude dresse une véritable autopsie de ce fléau cairote, et tire la sonnette d’alarme. Après six mois d’observations sur le terrain, les chercheurs japonais sont parvenus à la conclusion suivante : la circulation sera intenable au Caire d’ici quelques années si rien n’est fait pour régler le problème.

Le Caire est une ville qui ne devrait absorber que 4 millions de personnes, pourtant elle en héberge 19 millions, a révélé l’étude qui met l’accent sur le problème démographique qui se fait sentir sur les routes du Caire ne pouvant effectivement contenir qu’un demi-million de véhicules, alors qu’aujourd’hui plus de 4 millions de voitures sillonnent la capitale. Selon l’étude, la superficie du Caire est de 350 km2, dont 10 % seulement sont exploités pour les routes. Ce qui ne convient pas aux critères mondiaux selon lesquels les rues et les artères principales doivent représenter 33 % de la superficie totale d’une ville. La vitesse moyenne des véhicules dans les rues du Caire était de 30 km/h en 2000. L’étude affirme qu’en 2020, la vitesse moyenne sera réduite à 11 kilomètres par heure, ce qui implique que le moindre trajet dans la capitale nécessitera 1h de route. Par ailleurs, le nombre de voitures a été multiplié par 18 entre 1970 et 2007, alors que le nombre de routes pour les accueillir n’a pas été multiplié proportionnellement. Cette situation, si elle persiste, va générer des pertes pour l’économie de l’ordre de plusieurs milliards de L.E., ce qui se répercutera inévitablement sur les investissements dans le pays. L’étude reconnaît que depuis une décennie, de nombreuses mesures ont été prises : de nouveaux axes inaugurés, d’autres réaménagés, des parcs construits et de nombreuses stations de minibus et d’autobus transférées à la périphérie du Caire, pourtant le trafic n’a pas connu une fluidité remarquable. Le plus dur reste à faire.

 

La planification, clé du problème

Les causes de ce phénomène sont multiples. D’abord, la politique de centralisation. Tous les ministères, établissements gouvernementaux et administrations importantes se trouvent dans la capitale, souligne l’étude affirmant que pas moins de 75 organismes financiers et bancaires se trouvent dans la capitale. Selon les urbanistes, cette centralisation est due à l’absence d’une bonne planification et le manque de limites claires entre les zones résidentielles, industrielles et commerciales. Planification, c’est donc la clef du problème. « Le problème de la circulation en Egypte est en réalité un problème de planification. Partout dans le monde, il existe des zones strictement résidentielles, d’autres commerciales et d’autres encore réservées aux divertissements ainsi que des rues piétonnes. Or, en Egypte c’est l’anarchie totale », explique Mohamad Réda Haggag, spécialiste de la planification urbaine. A ce problème majeur viennent s’ajouter d’autres considérations comme le manque de respect du code de la route. Les automobilistes qui ne trouvent pas de place au centre-ville stationnent en deuxième ou encore en troisième files en infraction au code de la route. Résultat : 30 % environ des rues du Caire sont utilisées comme parkings, ce qui influe sur la vitesse moyenne des voitures et augmente le temps d’arrêt. « Il n’y a pas une rue, une ruelle ou une place où il n’y a pas trois files de voitures garées », observe l’étude. La mauvaise qualité des services présentés par les transports publics figure parmi les causes de ce chaos. Au Caire, les citoyens de la classe aisée et moyenne préfèrent utiliser leurs véhicules privés au lieu d’avoir recours à un transport public peu confortable. Cette lacune a donné plus de poids aux taxis qui sont en surnombre au Caire et dont la plupart sont défaillants et en mauvais état de marche, ce qui aggrave le problème. L’urbaniste Milad Hanna souligne, lui, l’absence de places consacrées aux véhicules en panne. « Une voiture tombée en panne cause un blocage complet de la circulation qui peut durer une heure entière. A quoi sert donc de créer un organisme pour la planification des routes et de la circulation ? ».

Mais quelles sont alors les solutions pour régler ce chaos ? Une nouvelle planification des routes est impossible à réaliser, elle coûterait des milliards de L.E. L’Etat doit orienter ses investissements vers le métro souterrain de façon à couvrir toute la capitale, souligne Mohamad Réda Haggag. Les lignes du métro permettraient une réduction de la consommation de carburant de l’ordre de 219 millions de L.E. par an. Sur le plan pratique, il faut attendre 2015, l’année de l’inauguration du dernier tronçon de la troisième ligne qui reliera Ataba à l’aéroport du Caire, afin que notre capitale puisse, non pas respirer, mais au mieux mener le train de vie qu’exige notre époque.

Mirande Youssef

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