Chemins de Fer.
Les vols de rails et de matériel de signalisation se
multiplient. La hausse du prix du fer, la pauvreté et le
chômage sont à l’origine de ce nouveau phénomène.
Sabotage de la misère
Les
chemins de fer sont en crise. La cause n’est ni une grève
des conducteurs de train qui revendiquent une augmentation
de salaires, ni des menaces d’un attentat terroriste
adressées aux responsables de l’organisme. Mais, les faits
sont bien plus graves. Actuellement, on vole les rails.
L’affaire défraye la chronique depuis qu’on a découvert la
disparition de rails de chemins de fer. Ceux-ci ont été
arrachés et vendus dans plusieurs gouvernorats.
Le mois dernier, en l’espace de deux semaines, quatre vols
de rails et de matériel de signalisation ont eu lieu. Le 13
mars tout d’abord, trois individus, dont deux marchands de
quincaillerie, ont volé 100 mètres de rails sur la ligne
Ferdane-Bir Al-Abd, dans le Sinaï, sur laquelle transite le
phosphate égyptien. Le même jour, la police des chemins de
fer dans le gouvernorat de Damanhour reçoit une plainte
signalant qu’un lot de rails a disparu alors qu’il était
entreposé au bord de la route et devait servir aux travaux
de réfection des chemins de fer. Il s’est avéré que les
voleurs sont de jeunes chômeurs. Mais ces deux incidents ne
sont pas les seuls. Quelques jours plus tard, dans le
gouvernorat d’Assouan, la police a arrêté 6 personnes
accusées d’avoir volé 30 tonnes de rails pour locomotives
servant à transporter la houille.
Ce genre de délits a fini par prendre de l’ampleur. Ce
n’était plus les rails seulement qu’on volait, mais aussi
tous les objets fabriqués en métaux ferreux et non ferreux.
En effet, les wagons de 12 trains récemment rénovés le 26
février dernier ont été délestés de leurs fenêtres, portes
en aluminium, et des robinetteries. Les extincteurs et les
poignets des portes n’ont pas échappé à ce vol. Il a suffi
de quelques heures pour que les cambrioleurs enlèvent tout.
A préciser qu’un cadre de fenêtre pèse environ 2 kg, et que
la tonne d’aluminium se revend à 30 000 L.E. Quant au prix
de la tonne de fer, il est officiellement de 5 100 LE. Alors
qu’en fait, on l’achète à 6 000 au marché noir. Les
cambrioleurs vendent la tonne à 3 500 L.E.
Suite à ces nombreux actes de vandalisme, le ministre du
Transport, Mohamad Mansour, a tenu une réunion urgente avec
le conseil d’administration de l’Organisme des chemins de
fer pour discuter des causes et des conséquences du
phénomène et envisager des solutions pour empêcher que de
tels délits ne se répètent. « Nous faisons face à une vraie
crise suite à une défaillance dans le système de sécurité
des chemins de fer. Nous avons besoin d’un contrôle plus
assidu tout le long des trajets », confie un haut
responsable du ministère du Transport. A cet égard,
l’Organisme des chemins de fer vient de proposer la semaine
dernière un système de sécurité en coordination avec le
ministère de l’Intérieur. Celui-ci vise à intensifier la
surveillance policière sur l’ensemble des rails sur une
distance de 9 500 km. Cela demande de la vigilance 24h sur
24 et beaucoup d’argent et de personnel.
Pour le moment, l’organisme a décidé de suspendre tout
projet de rénovation des locomotives et des rails de peur
qu’ils ne soient délestés.
De leur côté, les conducteurs se sont montrés menaçants. Ils
réclament plus de sécurité et menacent de faire grève. « Si
aujourd’hui, ces cambrioleurs osent voler les lots de rails
de réserve, quelle serait la situation s’ils arrachaient les
rails sur lesquels roulent les trains ? », s’interroge
Ismaïl Mohamad, conducteur.
Le secteur du transport maritime, lui aussi, fait face à ces
actes de vandalisme. L’organisme vient de perdre 42 % de 582
nouvelles plaques de signalisation phosphoriques plantées
tout au long de la route maritime d’Assouan à Alexandrie. La
perte de l’organisme est estimée à 11 millions de L.E. En
outre, l’Organisme des ponts et chaussées révèle qu’on vole
environ 300 signaux mensuellement. Ces signaux sont
fabriqués en fer et d’une matière phosphorique évaluée à 200
L.E. le mètre.
Les couvercles des égouts, les barrages des ponts, et même
les fils électriques n’ont pas été épargnés. Aboul-Ezz
Al-Hariri, ancien député, membre du parti du Rassemblement
et originaire du gouvernorat d’Alexandrie, affirme que 3 000
couvercles d’égouts ont disparu dans sa ville natale. «
C’est l’Etat qui est à la base de ce problème. Le fait qu’un
seul homme d’affaires du PND monopolise l’industrie du fer
en Egypte a fait que les prix augmentent. Sans compter la
hausse des prix incessants des denrées alimentaires à
l’encontre de l’augmentation du taux de chômage et de
pauvreté, les gens n’ont aucune autre solution que de voler
les fonds publics. Et c’est l’Etat qui paiera le prix »,
commente Al-Hariri.
Héba
Nasreddine