Jordanie.
Afin de faire face à la hausse des prix, le gouvernement a
augmenté les salaires des employés du secteur public. Sans
atténuer le mécontentement social.
Horizon bouché
2008
a marqué la fin des subventions sur l’essence ainsi que sur
plusieurs autres produits de première nécessité. Depuis, la
cherté de vie est vivement discutée dans les rues de Amman.
Les chauffeurs de taxis n’hésitent pas à faire part de leur
malaise aux clients : « Comment faire pour survivre ? »,
lance ainsi Nabil Abdallah, en énumérant les augmentations :
le prix de l’essence a augmenté de 20 %, et l’électricité
est plus chère d’au moins 22 %. Une litre de lait vaut
maintenant un dinar (1,5 USD), alors qu’elle coûtait 55 fils
(0,75 USD) il y a quelques mois. « Toutes ces augmentations
ont eu lieu ces trois derniers mois », se lamente Nabil. Et
d’ajouter : « 20 litres d’essence coûtent désormais 11,7
dinars (17,55 USD) contre 8,6 dinars (12,9 USD) en janvier
dernier. En plus, je travaille moins qu’avant puisque les
gens prennent désormais les transports publics pour réduire
leurs dépenses ». Abdallah, comme tous les Jordaniens,
peinent donc de plus en plus à joindre les deux bouts.
Les prix des produits alimentaires ont augmenté, de manière
générale, de 33 % au cours des 4 dernières années, quant au
prix de l’essence, il a enregistré une hausse de 160 % au
cours de la même période.
En 1999, la Jordanie a entamé sa libéralisation économique.
Un long chemin dont le dernier épisode a été l’arrêt des
subventions sur l’essence ainsi que sur plusieurs produits
de première nécessité en début d’année. Pire, la hausse des
prix mondiaux du pétrole brut a fait basculer les comptes de
cette petite économie, pauvre en ressources pétrolières —
ironiquement entourée par les plus grands pétroliers du
monde. Elle se trouve aujourd’hui incapable de contrer la
facture sociale .
Afin d’atténuer la situation, le cabinet ministériel a
récemment décidé de reporter la suppression des subventions
sur le gaz naturel. De même, le gouvernement a dû augmenter
en février dernier les salaires des employés du secteur
public de 30 à 50 dinars par mois (de 45 à 75 USD). Mais
l’augmentation de ces salaires compense-t-elle la hausse des
prix ? « Il s’agit d’une tentative de l’Etat pour alléger le
fardeau de la hausse des prix. 330 millions de dinars ont
été consacrés à ce but. Mais il semble que cela n’est pas
suffisant. Le pouvoir d’achat a diminué au-delà de cette
augmentation », ajoute Youssef Mansour, professeur à
l’Université de Amman. Il craint que l’augmentation des prix
ait des répercussions sur le taux de pauvreté qui atteint
actuellement 14 %. « Beaucoup de familles vont tomber
au-dessous du seuil de pauvreté. Il est prévu que le taux de
la pauvreté atteigne près de 50 % de la population », a
commenté Youssef.
De leur côté, les salariés du secteur public réclament une
augmentation supplémentaire. « Même après cette
augmentation, on satisfait à peine nos besoins de base »,
commente Nasser Saleh, employé du secteur public. Dans le
privé, la situation n’est pas meilleure : Maha Saleh, compte
parmi les nombreux employés de société privée n’ayant pas vu
d’augmentation de salaires. « Le gouvernement n’a pas le
pouvoir d’obliger le secteur privé à augmenter les salaires,
mais les organisations de la société civile doivent pousser
dans cette direction », a expliqué Mohamad Obeidat,
président de l’Association de la protection des
consommateurs (CPS).
Promouvoir l’activité économique
Pour les responsables de l’Etat, tout se justifie. La levée
des subventions était indispensable pour alléger le budget
de l’Etat, dont le déficit atteint 800 millions de dollars.
Selon le bulletin mensuel de la Banque Centrale de Jordanie,
en février 2008, le niveau général des prix a été influencé
par la hausse des prix internationaux du pétrole et de
l’alimentation. En conséquence, le gouvernement s’est
retrouvé incapable de gérer la montée des pressions
financières et a décidé de mettre fin aux subventions sur
les carburants. Ce qui conduit à une augmentation de tous
les prix des produits de base. « L’augmentation des salaires
était basée sur un taux d’inflation de 9 % et non pas sur le
chiffre officiel de 2007, de 5,3 %. Il est vrai que la
hausse des prix est plus élevée, mais le problème est que la
Jordanie est un pays lourdement importateur. C’est pourquoi
nous sommes et serons exposés aux effets des prix
internationaux », a déclaré Aymane Al-Khalayla, directeur de
la recherche économique et politique au ministère des
Finances. Sans compter que l’Etat craint d’injecter de
l’argent dans l’économie. Ce qui de toutes les manières,
selon les responsables, ne résoudrait pas le problème car
cela nourrirait davantage l’inflation.
En fait, pour un pays, comme la Jordanie, privé des
ressources naturelles et importateur net, avec un déficit
commercial qui s’élève à la moitié de son PIB, la hausse des
prix du pétrole a été l’une des principales raisons de cette
brusque hausse des prix. Par ailleurs, le dinar jordanien
est lié au dollar américain. Et la dépréciation du billet
vert, a eu un impact négatif sur la monnaie du Royaume. «
Aujourd’hui, nous avons besoin de plus d’argent pour
importer les mêmes quantités d’Europe. Mais nous ne pouvons
pas renoncer à lier le dinar au dollar car cela affectera
notre compétitivité pour la simple raison que nos
exportations seront très coûteuses », souligne Al-Khalayla.
Et d’ajouter : « Notre plan pour le long terme est de
promouvoir l’activité économique et d’attirer davantage
d’investissements. Mais cela ne signifie pas que nous serons
alors en sécurité. Nous serons juste un peu moins
vulnérables », a ajouté Al-Khalayla.
Beaucoup de suggestions ont été faites pour résoudre ce
problème. Une réévaluation du taux de change du dinar
jordanien en est une. D’autres fonctionnaires de la CPS
comme Obeidat ont plaidé pour lier les salaires à
l’inflation. Par contre le discours des responsables
étatiques devient lui hétérogène : « Les citoyens doivent
revoir leurs priorités et rationaliser leurs achats »,
lancent-ils de plus en plus souvent. Il semble alors que les
jours à venir ne soulageront pas Abdallah, ni les autres
Jordaniens, qui devront se serrer encore plus la ceinture.
Ibtessam Zayed