Al-Ahram Hebdo, Economie | Horizon bouché
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 2 au 8 avril 2008, numéro 708

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Economie

Jordanie. Afin de faire face à la hausse des prix, le gouvernement a augmenté les salaires des employés du secteur public. Sans atténuer le mécontentement social. 

Horizon bouché 

2008 a marqué la fin des subventions sur l’essence ainsi que sur plusieurs autres produits de première nécessité. Depuis, la cherté de vie est vivement discutée dans les rues de Amman. Les chauffeurs de taxis n’hésitent pas à faire part de leur malaise aux clients : « Comment faire pour survivre ? », lance ainsi Nabil Abdallah, en énumérant les augmentations : le prix de l’essence a augmenté de 20 %, et l’électricité est plus chère d’au moins 22 %. Une litre de lait vaut maintenant un dinar (1,5 USD), alors qu’elle coûtait 55 fils (0,75 USD) il y a quelques mois. « Toutes ces augmentations ont eu lieu ces trois derniers mois », se lamente Nabil. Et d’ajouter : « 20 litres d’essence coûtent désormais 11,7 dinars (17,55 USD) contre 8,6 dinars (12,9 USD) en janvier dernier. En plus, je travaille moins qu’avant puisque les gens prennent désormais les transports publics pour réduire leurs dépenses ». Abdallah, comme tous les Jordaniens, peinent donc de plus en plus à  joindre les deux bouts. Les prix des produits alimentaires ont augmenté, de manière générale, de 33 % au cours des 4 dernières années, quant au prix de l’essence, il a enregistré une hausse de 160 % au cours de la même période.

En 1999, la Jordanie a entamé sa libéralisation économique. Un long chemin dont le dernier épisode a été l’arrêt des subventions sur l’essence ainsi que sur plusieurs produits de première nécessité en début d’année. Pire, la hausse des prix mondiaux du pétrole brut a fait basculer les comptes de cette petite économie, pauvre en ressources pétrolières — ironiquement entourée par les plus grands pétroliers du monde. Elle se trouve aujourd’hui incapable de contrer la facture sociale .

Afin d’atténuer la situation, le cabinet ministériel a récemment décidé de reporter la suppression des subventions sur le gaz naturel. De même, le gouvernement a dû augmenter en février dernier les salaires des employés du secteur public de 30 à 50 dinars par mois (de 45 à 75 USD). Mais l’augmentation de ces salaires compense-t-elle la hausse des prix ? « Il s’agit d’une tentative de l’Etat pour alléger le fardeau de la hausse des prix. 330 millions de dinars ont été consacrés à ce but. Mais il semble que cela n’est pas suffisant. Le pouvoir d’achat a diminué au-delà de cette augmentation », ajoute Youssef Mansour, professeur à l’Université de Amman. Il craint que l’augmentation des prix ait des répercussions sur le taux de pauvreté qui atteint actuellement 14 %. « Beaucoup de familles vont tomber au-dessous du seuil de pauvreté. Il est prévu que le taux de la pauvreté atteigne près de 50 % de la population », a commenté Youssef.

De leur côté, les salariés du secteur public réclament une augmentation supplémentaire. « Même après cette augmentation, on satisfait à peine nos besoins de base », commente Nasser Saleh, employé du secteur public. Dans le privé, la situation n’est pas meilleure : Maha Saleh, compte parmi les nombreux employés de société privée n’ayant pas vu d’augmentation de salaires. « Le gouvernement n’a pas le pouvoir d’obliger le secteur privé à augmenter les salaires, mais les organisations de la société civile doivent pousser dans cette direction », a expliqué Mohamad Obeidat, président de l’Association de la protection des consommateurs (CPS).

Promouvoir l’activité économique

Pour les responsables de l’Etat, tout se justifie. La levée des subventions était indispensable pour alléger le budget de l’Etat, dont le déficit atteint 800 millions de dollars. Selon le bulletin mensuel de la Banque Centrale de Jordanie, en février 2008, le niveau général des prix a été influencé par la hausse des prix internationaux du pétrole et de l’alimentation. En conséquence, le gouvernement s’est retrouvé incapable de gérer la montée des pressions financières et a décidé de mettre fin aux subventions sur les carburants. Ce qui conduit à une augmentation de tous les prix des produits de base. « L’augmentation des salaires était basée sur un taux d’inflation de 9 % et non pas sur le chiffre officiel de 2007, de 5,3 %. Il est vrai que la hausse des prix est plus élevée, mais le problème est que la Jordanie est un pays lourdement importateur. C’est pourquoi nous sommes et serons exposés aux effets des prix internationaux », a déclaré Aymane Al-Khalayla, directeur de la recherche économique et politique au ministère des Finances. Sans compter que l’Etat craint d’injecter de l’argent dans l’économie. Ce qui de toutes les manières, selon les responsables, ne résoudrait pas le problème car cela nourrirait davantage l’inflation.

En fait, pour un pays, comme la Jordanie, privé des ressources naturelles et importateur net, avec un déficit commercial qui s’élève à la moitié de son PIB, la hausse des prix du pétrole a été l’une des principales raisons de cette brusque hausse des prix. Par ailleurs, le dinar jordanien est lié au dollar américain. Et la dépréciation du billet vert, a eu un impact négatif sur la monnaie du Royaume. « Aujourd’hui, nous avons besoin de plus d’argent pour importer les mêmes quantités d’Europe. Mais nous ne pouvons pas renoncer à lier le dinar au dollar car cela affectera notre compétitivité pour la simple raison que nos exportations seront très coûteuses », souligne Al-Khalayla. Et d’ajouter : « Notre plan pour le long terme est de promouvoir l’activité économique et d’attirer davantage d’investissements. Mais cela ne signifie pas que nous serons alors en sécurité. Nous serons juste un peu moins vulnérables », a ajouté Al-Khalayla.

Beaucoup de suggestions ont été faites pour résoudre ce problème. Une réévaluation du taux de change du dinar jordanien en est une. D’autres fonctionnaires de la CPS comme Obeidat ont plaidé pour lier les salaires à l’inflation. Par contre le discours des responsables étatiques devient lui hétérogène : « Les citoyens doivent revoir leurs priorités et rationaliser leurs achats », lancent-ils de plus en plus souvent. Il semble alors que les jours à venir ne soulageront pas Abdallah, ni les autres Jordaniens, qui devront se serrer encore plus la ceinture.

Ibtessam Zayed

Retour au sommaire

 

Des chiffres inquiétants 

Les consommateurs jordaniens doivent faire face depuis plusieurs années à des hausses de prix régulières. Ces 4 dernières années, le taux d’inflation est ainsi passé de 1,6 à 5,4 %. Et il est prévu que ce dernier chiffre soit doublé à la fin 2008*Bien que le coût de la vie en Jordanie ait connu une augmentation sans précédent, le taux d’inflation officiel est de 5,3 % et devrait atteindre selon les prévisions 11 % en fin d’année. Ces chiffres ne reflètent malheureusement pas la situation sur le terrain. Les experts estiment que le taux d’inflation a grimpé bien au-delà de ces chiffres. « Le coût de la vie est calculé selon des données anciennes. Par exemple, l’essence représenterait 4,9 % du budget du consommateur, mais ces chiffres sont calculés selon des données de 4 ans. Alors qu’avec la levée des subventions, ce chiffre devient irréaliste. Si nous évaluons son poids réel, le taux d’inflation sera beaucoup plus élevé », souligne Youssef Mansour, professeur d’économie à l’Université de Jordanie. 

La Jordanie en chiffres 

Population      6 millions

PIB (mds $)      15 696

Taux de croissance     6,7 % (2006)

Taux de chômage       14,3 %

Exportations (mds $)   6,06

Importations (mds $)   14,39 (dont pétrole et produits pétroliers          2,7)

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.