Phosphate.
L’entreprise publique Abou-Tartour, dont la construction
dans les années 1990 a été décriée en raison de son coût
exorbitant, est enfin bénéficiaire. Les chiffres dévoilés
par le gouvernement laissent certains sceptiques.
Abou-Tartour se fait une santé
C’est une première. L’entreprise Phosphate Abou-Tartour
dégage des profits. Une surprise pour ceux qui connaissent
l’histoire de ce projet public pour l’extraction du
phosphate. Entamé en 1994, il a, en effet, longuement été
critiqué par les médias et au sein du Parlement. A l’époque,
le gouvernement a été accusé de corruption et de gaspillage
de fonds publics. Aujourd’hui, il déclare que le projet est
bénéficiaire. De plus, le gouvernement a annoncé que des
investisseurs étrangers, indiens, anglais et américains
entre autres, montrent même un intérêt à injecter des
capitaux dans l’entreprise Abou-Tartour. « Le projet ne sera
pas privatisé, mais ces investisseurs ont proposé de créer
des usines d’engrais ou d’acide phosphorique. Des projets
qui créeront donc de la valeur ajoutée », annonce à Al-Ahram
Hebdo un responsable au ministère du Pétrole qui a requis
l’anonymat. Selon les chiffres dévoilés par le ministère du
Pétrole, les profits dégagés du projet ont atteint 35
millions de L.E. en 2007 et devraient doubler en 2008. Alors
que le projet a été déficitaire pendant de longues années.
Mais ce résultat est-il dû aux modifications intervenues
assez récemment dans la gestion de l’entreprise ?
Pour
certains, le projet est bien mieux géré depuis qu’il est
passé en 2004 de la tutelle du ministère de l’Industrie à
celle du ministère du Pétrole en 2004. Mais cette nouvelle
situation bénéficiaire d’Abou-Tartour serait aussi due à la
hausse des prix internationaux du phosphate, lesquels ont
quadruplé depuis 1994. Ce qui a permis d’écouler la
production de l’année dernière, en plus d’une importante
partie des stocks. En 2007, 450 000 tonnes ont été vendues,
alors que la capacité de production annuelle du projet est
d’environ 200 000 tonnes seulement. On ne peut pas donc
tabler avec confiance sur la hausse des profits l’année
prochaine. Les responsables, quant à eux, assurent que le
projet est en bonne santé et se développera davantage. «
Vous allez voir dans deux ou trois ans, ce projet confirmera
son succès », assure la source du ministère.
Profits
plutôt modestes
Cependant, les bons chiffres annoncés par le ministère du
Pétrole ne convainquent pas tout le monde. Deux députés ont
ainsi présenté, dimanche 23 mars, deux questions au
Parlement sur le gaspillage des fonds publics à Abou-Tartour.
Mais ces questions ont été retirées pour des raisons
obscures et restent discutées, dans les couloirs du
Parlement.
Azab
Moustapha, député des Frères musulmans, qui a présenté une
de ces deux questions, estime que les profits affichés par
Abou-Tartour sont factices. Pour lui, le ministère du
Pétrole n’a procédé qu’à un jeu de chiffres. Et ce, en
transférant les coûts de l’infrastructure à d’autres
ministères. Ainsi, les dépenses liées au réseau
d’électricité sont-elles intégrées au budget du ministère de
l’Electricité, et celles imputées à la ligne de chemin de
fer construite spécialement pour le projet apparaissent dans
les comptes de l’Organisme des chemins de fer ... « C’est
pourquoi les dépenses semblent avoir fléchi et que des
profits sont apparus », explique Azab Moustapha. Il ajoute
que ces profits de 35 millions restent plutôt modestes
comparés aux milliards de livres dépensées pour la
réalisation du projet. Selon les chiffres officiels, il
aurait coûté 11 milliards de L.E. « Or un simple supermarché
est capable de générer le quadruple de ces profits en un an
», annonce Moustapha d’un ton sarcastique.
Au début
des années 1990, le gouvernement parlait du projet Phosphate
Abou-Tartour comme celui qui ferait de l’Egypte un des plus
grands producteurs mondiaux. Les coûts, très élevés à cause
de l’installation de l’infrastructure dans ce désert
lointain et isolé de la Nouvelle-Vallée, à l’ouest du pays,
ont été couverts par le financement public et l’endettement.
Mais une fois le projet lancé, il s’est avéré que le taux
d’impuretés dans le phosphate extrait à partir de cette zone
est trop élevé. Il a donc fallu construire une usine pour le
concentrer, ce qui a augmenté les coûts et rendu le prix du
phosphate non concurrentiel. De plus, une partie des
équipements se sont révélés incompatibles avec
l’installation après leur achat. Ce qui avait mené à
plusieurs suspensions des travaux. Au fil des années, le
projet n’a fait que cumuler les pertes, dettes et leurs
intérêts dus.
Marwa
Hussein