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 Semaine du 2 au 8 avril 2008, numéro 708

 

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Economie

Phosphate. L’entreprise publique Abou-Tartour, dont la construction dans les années 1990 a été décriée en raison de son coût exorbitant, est enfin bénéficiaire. Les chiffres dévoilés par le gouvernement laissent certains sceptiques. 

Abou-Tartour se fait une santé 

C’est une première. L’entreprise Phosphate Abou-Tartour dégage des profits. Une surprise pour ceux qui connaissent l’histoire de ce projet public pour l’extraction du phosphate. Entamé en 1994, il a, en effet, longuement été critiqué par les médias et au sein du Parlement. A l’époque, le gouvernement a été accusé de corruption et de gaspillage de fonds publics. Aujourd’hui, il déclare que le projet est bénéficiaire. De plus, le gouvernement a annoncé que des investisseurs étrangers, indiens, anglais et américains entre autres, montrent même un intérêt à injecter des capitaux dans l’entreprise Abou-Tartour. « Le projet ne sera pas privatisé, mais ces investisseurs ont proposé de créer des usines d’engrais ou d’acide phosphorique. Des projets qui créeront donc de la valeur ajoutée », annonce à Al-Ahram Hebdo un responsable au ministère du Pétrole qui a requis l’anonymat. Selon les chiffres dévoilés par le ministère du Pétrole, les profits dégagés du projet ont atteint 35 millions de L.E. en 2007 et devraient doubler en 2008. Alors que le projet a été déficitaire pendant de longues années. Mais ce résultat est-il dû aux modifications intervenues assez récemment dans la gestion de l’entreprise ?

Pour certains, le projet est bien mieux géré depuis qu’il est passé en 2004 de la tutelle du ministère de l’Industrie à celle du ministère du Pétrole en 2004. Mais cette nouvelle situation bénéficiaire d’Abou-Tartour serait aussi due à la hausse des prix internationaux du phosphate, lesquels ont quadruplé depuis 1994. Ce qui a permis d’écouler la production de l’année dernière, en plus d’une importante partie des stocks. En 2007, 450 000 tonnes ont été vendues, alors que la capacité de production annuelle du projet est d’environ 200 000 tonnes seulement. On ne peut pas donc tabler avec confiance sur la hausse des profits l’année prochaine. Les responsables, quant à eux, assurent que le projet est en bonne santé et se développera davantage. « Vous allez voir dans deux ou trois ans, ce projet confirmera son succès », assure la source du ministère.

 

Profits plutôt modestes

Cependant, les bons chiffres annoncés par le ministère du Pétrole ne convainquent pas tout le monde. Deux députés ont ainsi présenté, dimanche 23 mars, deux questions au Parlement sur le gaspillage des fonds publics à Abou-Tartour. Mais ces questions ont été retirées pour des raisons obscures et restent discutées, dans les couloirs du Parlement. Azab Moustapha, député des Frères musulmans, qui a présenté une de ces deux questions, estime que les profits affichés par Abou-Tartour sont factices. Pour lui, le ministère du Pétrole n’a procédé qu’à un jeu de chiffres. Et ce, en transférant les coûts de l’infrastructure à d’autres ministères. Ainsi, les dépenses liées au réseau d’électricité sont-elles intégrées au budget du ministère de l’Electricité, et celles imputées à la ligne de chemin de fer construite spécialement pour le projet apparaissent dans les comptes de l’Organisme des chemins de fer ... « C’est pourquoi les dépenses semblent avoir fléchi et que des profits sont apparus », explique Azab Moustapha. Il ajoute que ces profits de 35 millions restent plutôt modestes comparés aux milliards de livres dépensées pour la réalisation du projet. Selon les chiffres officiels, il aurait coûté 11 milliards de L.E. « Or un simple supermarché est capable de générer le quadruple de ces profits en un an », annonce Moustapha d’un ton sarcastique.

Au début des années 1990, le gouvernement parlait du projet Phosphate Abou-Tartour comme celui qui ferait de l’Egypte un des plus grands producteurs mondiaux. Les coûts, très élevés à cause de l’installation de l’infrastructure dans ce désert lointain et isolé de la Nouvelle-Vallée, à l’ouest du pays, ont été couverts par le financement public et l’endettement. Mais une fois le projet lancé, il s’est avéré que le taux d’impuretés dans le phosphate extrait à partir de cette zone est trop élevé. Il a donc fallu construire une usine pour le concentrer, ce qui a augmenté les coûts et rendu le prix du phosphate non concurrentiel. De plus, une partie des équipements se sont révélés incompatibles avec l’installation après leur achat. Ce qui avait mené à plusieurs suspensions des travaux. Au fil des années, le projet n’a fait que cumuler les pertes, dettes et leurs intérêts dus.

Marwa Hussein

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