Grèves. Un de nos
lecteurs s’exprime sur le phénomène qui prend de l’ampleur dans toutes les
catégories professionnelles d’Egypte et s’étonne qu’en réponse, seules des
sanctions sont promises.
Creuse liberté
Les
ouvriers des usines de tissage de Mahalla, les employés de l’Organisme des
impôts, les conducteurs de métro, les ingénieurs, les médecins et dernièrement
les professeurs d’université. Toutes ces catégories professionnelles ont choisi
la grève comme moyen de revendiquer leurs droits. En fait, ces dernières
années, cela est devenu courant d’apprendre qu’une catégorie
socio-profesionnelle s’est mise en grève. Les employés de l’Organisme des
impôts ont même choisi de vivre et de dormir dans la rue jusqu’à ce que le
gouvernement accepte d’améliorer leurs statuts financiers. Certainement, la
hausse des prix et les faibles salaires de ceux travaillant dans le secteur
public sont les facteurs qui ont poussé ces gens à laisser éclater leur fureur
et demander de meilleurs droits. Le discours général d’instauration de la
démocratie et de la liberté d’expression a aussi un grand rôle dans ces
affaires.
Les
ouvriers des usines de tissage à Mahalla ont fait pression sur le gouvernement
grâce à leur grand nombre et à leur bonne organisation. Le succès des ouvriers
de Mahalla en a encouragé d’autres à prendre le même chemin, mais
malheureusement sans recueillir les mêmes résultats. Dans la plupart des cas,
l’Etat n’a que deux moyens pour faire face aux grèves : faire des promesses
sans les tenir ou menacer les leaders de chaque mouvement. Avec les employés
des impôts, le gouvernement a été obligé de répondre à leurs demandes, mais on
voit qu’aujourd’hui il ne les exécute pas. Les médecins ont été menacés de
sanctions si jamais ils se mettaient en grève et le président de leur syndicat
a été menacé de perdre son siège au Parlement. Dans le monde entier, la grève
est un moyen légal pour revendiquer des droits. L’Etat doit donc laisser la
population s’exprimer et trouver des solutions à ses problèmes. Sinon, qu’il
abandonne ses annonces de liberté.
Ahmad Hassan,
Le Caire.
Normalisation ou subvention ?
J’ai
été choqué en lisant un article du journaliste Magdi Al-Gallad, rédacteur en
chef du quotidien indépendant Al-Masri Al-Yom, sur l’exportation du gaz
égyptien vers Israël. Le choc ne vient pas du fait que l’Egypte vend à Israël
du Gaz naturel car je sais bien que le principe de normalisation des relations
est appliqué par certains responsables et hommes d’affaires en Egypte, mais
c’est le fait de vendre le gaz naturel à Israël à des prix beaucoup moins
élevés que les prix mondiaux, et ceci pendant 15 ans sans augmentation. Donc je
me demande avec Magdi Al-Gallad : est-ce que ce pays a besoin d’une telle
réduction ou plutôt devrions-nous dire subvention ? Je sais qu’Israël dépense
des milliers pour acheter des armes avec lesquelles il tue les Palestiniens et
détruit leurs maisons. Il est vrai aussi que ce contrat a été signé par une
compagnie privée, mais l’un de ses actionnaires est la Compagnie nationale
égyptienne du pétrole et du gaz, qui possède 10 % du capital de la société. J’espère
que ces informations seront fausses ou qu’au moins elles ont été exagérées, et
je voudrais que les responsables des instances concernées par cette affaire
nous informent de leur authenticité ou non, et si elles sont vraies, j’aimerais
savoir ce qui les a poussés à commettre cette faute.
Sabri Ali,
Le Caire.
Que manque-t-il à Zamalek ?
En
vérité, tous les amateurs de foot se demandent quels sont les éléments de
victoire qui manquent actuellement à la Citadelle blanche ? En apparence, rien
ne manque et tout est là : le financement, l’histoire, les fidèles supporters
et les joueurs de talent. Mais avec un regard examinateur, on voit que quelque
chose ne va pas. Le problème n’est pas technique, le problème est dans les
joueurs eux-mêmes. Ces derniers forment une équipe, mais ils ne jouent plus en
équipe. Le moral et l’esprit d’équipe leur manquent tellement. Aussi, ils sont
devenus de plus en plus égoïstes, et vraiment certains d’entre eux ne méritent
ni de porter le maillot blanc ni les cris encourageants des supporters. De
plus, ils ont joué leurs derniers matchs avec une indolence étonnante, cachant
si mal leur nonchalance et leur insouciance, et récemment ils ont couronné le
parcours de leur club au Championnat égyptien par une défaite méritée contre
les Rouges (l’équipe Ahli), occupant par excellence la 5e place au classement,
tandis que les fans zamalkaouis insatisfaits dans les gradins du stade brûlent
de colère et de honte.
Maintenant
que toutes les voies sont préparées vers la Coupe d’Egypte, après que Zamalek
l’eut emporté sur Haras Al-Hodoud en demi-finales par deux buts à un lors d’un
match qui, malgré la victoire, était très médiocre de la part des Blancs. Tout
le monde sait que la coupe est le seul championnat qui est à la portée de
Zamalek à présent. Vraiment, notre confiance dans l’équipe a tellement baissé.
Oui, on a très peur de perdre encore ce titre, parce que ce serait sans doute
l’effondrement de nos espérances.
Enfin,
j’espère et je souhaite cordialement que tous ceux qui représentent cette
grande entité : joueurs, entraîneurs et conseil d’administration finissent vite
cette farce et qu’ils ne cherchent que l’intérêt commun de ce club sincèrement
et avec enthousiasme, pour qu’il puisse récupérer son prestige et sa position
très bientôt parmi les autres et afin de chasser le chagrin et la déception
régnant dans les cœurs des millions qui l’adorent en Egypte et dans tout le
monde arabe.
Notre
amour envers ce club ne cessera jamais, malgré ses échecs et ses longues
crises. Parfois, on me demande pourquoi j’aime Zamalek. Quelle question ! C’est
comme si on me demandait pourquoi je respire !
Saleh Karam Saleh,
Le Caire
L’école de droit français du Caire est
en deuil
L’Institut
de Droit des Affaires Internationales (IDAI) au sein de l’Université du Caire a
perdu le professeur Joël-Pascal Biays, son ancien coordonateur, parti dans la
soirée du 13 mars 2008 à l’âge de 55 ans. En dépit de sa relative discrétion
dans les débats agitant la presse juridique, peu d’universitaires auront fait
autant que lui pour le rayonnement du droit public français dans le monde
francophone.
Joël-Pascal
Biays, laisse ses bataillons d’anciens et actuels étudiants, parmi lesquels
plusieurs étaient devenus des amis. Ils ont été tous fiers d’avoir un tel
tribun à leur tête. Il a encouragé beaucoup d’entre nous. Nous aurons à cœur de
faire vivre son absence, que l’admiration et la gratitude ne pourront hélas
combler. Il avait de la sensibilité envers les autres et son exigence lui
donnait toujours confiance . Il nous disait toujours qu’il faut être conscient
de ce que l’on peut apporter et de ce que l’on peut partager. Aujourd’hui, nos
cœurs sont au paroxysme de ses larmes, mais ce Monsieur, qui est pour nous
comme un Père et une marque sacrée qui ne peut effacer son nom et son
patrimoine pédagogique, nous reste indélébile. Mais comment oublier ses
anecdotes et la manière dont il présentait les professeurs et surtout sa petite
expression : « entrez dans mon bureau sans frapper, faites comme si vous étiez
dans un moulin » ? Toujours disponible pour écouter les étudiants et les aider
à surmonter quantités de difficultés éducatives et sociales, personnellement,
je n’oublierai jamais vos emails quand au lieu de me dire que je suis votre
étudiant vous me disiez que je suis votre meilleur ami.
Au
cours des quatre années qu’il a passées au Caire, Joël-Pascal Biays a redonné à
« l’Ecole française de droit du Caire » une belle image. Il y fit venir les
meilleurs universitaires français, et prit lui-même en charge nombre
d’enseignements. Je l’ai surnommé le gros et grand baobab en droit public, car
il nous disait être un chevalier blanc du service public et grand défenseur du
droit public. Hélas, ce champion de droit public nous a dit adieux, paix à son
âme donc. Nous sommes à Dieu e à Lui nous retournerons. C’est pourquoi je vous
rends hommage de cette manière : Mon cher ami et professeur, vous étiez pour
moi un présent qui rassure, guérissant mes mauvaises notes d’un seul murmure. Votre
départ a l’âcre senteur du malheur. Ami, professeur de ma douleur, de ma peur,
vous serez pour moi toujours vivant et jamais je n’oublierai vos conseils, vos
belles histoires. Certainement, vous êtes pour moi le meilleur pédagogue que je
n’ai jamais eu.
Said Djae Omar,
Le Caire.