Al-Ahram Hebdo, Dossier | Un autre coup porté aux producteurs
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 2 au 8 avril 2008, numéro 708

 

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Dossier

Ciment. Le ministre du Commerce et de l’Industrie a interdit les exportations pendant 6 mois. Une mesure de plus en direction des multinationales et qui vise à faire baisser les prix sur le marché local. Explications.

Un autre coup porté aux producteurs

Cette fois, c’est un vrai bras de fer qui s’engage avec les multinationales du ciment qui dominent le marché égyptien. C’est ce qui ressort clairement de la série de décisions annoncées jeudi dernier par le ministre du Commerce et de l’Industrie, Rachid Mohamad Rachid.

La première interdit l’exportation du ciment au cours des six prochains mois, période où le marché de la construction locale est très actif. La décision est effective depuis le samedi 29 mars et jusqu’au 1er octobre 2008. La seconde concerne les usines aussi bien que les commerçants qui décideraient de cesser la production du ciment ainsi que du fer à béton, de réduire leurs ventes ou de s’abstenir de les vendre, sans l’autorisation du ministère. Toute infraction impliquera une amende variant entre 300 et 1 000 L.E., ou de la prison de un à cinq ans. La pénalité inclut également la possibilité de fermeture de l’usine ou le retrait de la licence de production. « On assiste à un vrai boom immobilier et nous devons fournir de plus grandes quantités de ciment au marché local. Nous avons essayé à maintes reprises, mais en vain, de régler le manque d’offres sur le marché », a confié Rachid à l’Hebdo. En réaction, les producteurs visés par la décision accusent le ministère de les empêcher d’honorer leurs engagements extérieurs. Mais Rachid rassure : il affirme qu’en ce qui concerne les contrats d’exportation déjà conclus, le ministère doit d’abord consulter ces contrats et les examiner avant de décider de leur sort.

Vaines mesures

Il s’agit de la troisième mesure en un an prise contre les producteurs de ciment. Le premier avertissement du gouvernement envers les producteurs du ciment a été donné en février 2007, quand le ministère du Commerce et de l’Industrie a imposé un droit de 65 L.E./tonne de ciment exporté, afin de limiter les exportations et satisfaire les besoins grandissants du marché égyptien. Six mois après, ce droit est passé à 85 L.E. « Il s’agissait d’une mesure douce. D’abord, parce que le droit n’était pas trop élevé et était facilement récupérable sur l’important prix de vente du ciment exporté. Mais surtout parce que la décision a épargné les exportations de clinker, la matière dont est tiré le ciment et qui représente presque les trois quarts des exportations des entreprises depuis l’Egypte. C’est ce qui explique pourquoi le message a été pris à la légère », affirme le ministère. Le deuxième message, un peu plus dur, n’a pas tardé. En septembre 2007, les 12 entreprises, productrices du ciment et opérant sur le marché, ont été accusées en justice d’avoir pris des mesures monopolistiques menant à une hausse des prix du ciment. Mais la loi se montrant encore trop indulgente avec les cartels, le montant maximum des amendes est presque insignifiant par rapport aux profits cumulés après exportation.

Le coup porté cette fois est plus puissant que les autres, mais pas pour tous. Omar Mehanna, PDG de Suez pour le ciment (Italcementi), détenteur du tiers du marché national, assure que cette décision n’aura pas un grand impact sur son entreprise. Surtout que son taux d’exportation est passé de 30 à 9 % entre 2006 et 2007 et ne devrait être que de 2 % en 2008. Pour lui, ce sont plutôt les multinationales, dont les exportations représentent une grande part du chiffre d’affaires, qui feront surtout les frais des nouvelles mesures gouvernementales. « Surtout que celles-ci exportent désormais à travers leurs propres filiales commerciales », explique à l’Hebdo un expert du marché ayant requis l’anonymat. Il y a pire puisque les multinationales ne pourront pas conserver leur production jusqu’à la levée de l’interdiction. « Le stockage du clinker — matière dont est tiré le ciment — prend une place énorme. On ne peut pas stocker la production pendant six mois, et la réduire serait pour des raisons techniques très coûteux », renchérit la même source. C’est pourquoi Mehanna regrette que les mesures adoptées par le gouvernement épargnent les commerçants. « Il existe deux acteurs sur le marché du ciment : les producteurs et les distributeurs. Ces derniers sont la cause principale de la hausse des prix. C’est à eux qu’il faut plutôt s’attaquer », lance-t-il. Pour sa part, Ali Moussa, président de la Chambre de commerce des matières de construction assure qu’en Egypte, « il fallait vraiment une telle décision. Plusieurs pays ont déjà interdit les exportations de certains produits pour satisfaire les besoins du marché local, ce qui a fait chuter les prix ».

La demande se multipliera

Les producteurs, attirés par la hausse des prix internationaux, ont toujours préféré viser les marchés extérieurs. Ils ont par ailleurs tenté d’aligner les prix locaux sur les prix internationaux. Résultat : le prix d’une tonne de ciment a atteint un record de 520 L.E. en mars 2008, et leurs profits sont quatre fois supérieurs à la moyenne mondiale. Neamatallah Choukri, analyste du marché chez Hussein Choukri Securities (HC), estime qu’à ce jour, les producteurs refusent de se plier aux règles. « Or, il est temps qu’ils le fassent. Car, sinon, le gouvernement pourrait intervenir dans le prix de vente des matières premières, vendues par l’Etat au même prix depuis les années 1960 », prévient-elle en reconnaissant que cette décision aura sans doute de mauvaises répercussions sur les différents producteurs de ciment, en fonction de leurs parts respectives d’exportation. « Cette décision est plutôt une sorte de sanction », dit-elle. Mais Ghada Refqi, analyste en chef auprès de la société de courtage CIBC, voit l’affaire d’un autre œil. « Plusieurs méga-projets immobiliers seront mis en œuvre cette année. En plus des projets d’infrastructure entamés par le gouvernement. La demande se multipliera et donc les prix augmenteront quand même. Les mois d’été représentent d’habitude 60 % de la consommation locale annuelle de ciment », explique-t-elle en soulignant l’essor du secteur de la construction ces deux dernières années. Il représente 20,2 % du PIB en 2007 contre 15,2 % en 2006. Alors qu’il s’alignait à 6 % en 2005.

Névine Kamel

 

 

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Le fer,
 trop dur à plier ?

La régulation du marché du fer à béton, dominé par le groupe Hadid Ezz, laisse à désirer. L’homme fort du PND, Ahmad Ezz, PDG du groupe du même nom, a été épargné, pour le moment de toute sanction du ministère de Commerce et de l’Industrie. Ce dernier, face au phénomène pris par la hausse des prix sur le fer, a décidé de ne soumettre à la justice que les commerçants qui refuseraient de vendre cette matière. La première victime a été Atriss, commerçant sanctionné après la découverte de 1 300 tonnes de fer à béton stockés dans ses entrepôts de Qattamiya. Atriss est perçu par plusieurs comme un bouc émissaire puisque le groupe Hadid Ezz, détenteur de plus de 60 % du marché n’a jamais été inquiété. D’une part, parce que les taxes sur les exportations ne le touchent pas : ses usines de production du fer à béton sont en effet situées dans la zone économique de Suez, territoire exclu de toutes les décisions s’imposant aux acteurs du marché local. De plus, Rachid n’a jamais interdit les exportations de fer à béton. Il se défend à l’Hebdo : « Contrairement au ciment, les matières premières du fer à béton sont importées. Elles connaissent une hausse énorme de leurs prix ».

 

 




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