OTAN.
Les dirigeants de l’organisation atlantique se réunissent à
partir de ce mercredi à Bucarest. Un sommet notamment centré
sur deux questions délicates : l’Afghanistan et
l’élargissement de l’Alliance.
Mutations et nouveaux défis
C’est ce mercredi que s’ouvre à Bucarest le sommet des chefs
d’Etat et de gouvernements de 26 pays membres de
l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), avec
la participation de représentants des principales
institutions internationales. Cette fois-ci, la rencontre
s’annonce difficile vu les sujets hautement sensibles qui
doivent y être discutés : les interventions de l’Otan au
Kosovo et en Afghanistan, l’élargissement de l’Alliance,
l’aide de l’Otan aux missions de l’Union africaine, les
relations Otan-Russie, Otan-Ukraine, le dialogue
méditerranéen, le partenariat stratégique Otan-UE, les
relations avec d’autres organisations internationales ainsi
que les moyens de répondre aux défis nouveaux en matière de
sécurité.
Concernant l’Afghanistan, les dirigeants de l’Otan se
verront obligés de justifier le maintien de leurs troupes
dans ce pays et de mettre une sourdine à leurs divergences
sur les renforts militaires indispensables face à la
combativité des Talibans. Les 26 alliés doivent adopter une
« déclaration » édictant les objectifs de l’Alliance pour
les cinq prochaines années dans ce pays, alors qu’une
trentaine de soldats de la Force internationale d’assistance
à la sécurité (Isaf) sont déjà morts en 2008.
L’Isaf est aujourd’hui forte de 47 000 hommes de 39 pays, et
devrait rapidement passer à 50 000, grâce aux renforts
promis par 11 pays. Les chefs militaires les jugent
cependant encore insuffisants devant l’insécurité que font
régner les Talibans par leurs coups de main et leurs
attentats, même s’ils ne sont pas en mesure de remporter des
victoires significatives.
Selon un diplomate, cette déclaration n’est pas un document
convenu de plus mais « réaffirmera l’engagement » à moyen
terme de tous les alliés, rappelant pourquoi ils sont
présents en Afghanistan, sous mandat de l’Onu. Les
dirigeants alliés devraient souligner selon ce diplomate
l’importance d’« une coordination améliorée entre l’Onu,
l’Union européenne et l’Otan », démontrant sous le nom d’«
approche globale » un soutien unanime international à la
reconstruction de l’Afghanistan. Une priorité illustrée par
la réunion spéciale sur l’Afghanistan qu’auront, en marge du
sommet, les dirigeants alliés avec ceux des 13 pays non
membres de l’Otan contribuant à l’Isaf plus le Japon, le
secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, et son nouveau
représentant à Kaboul, Kai Eide.
La question de l’élargissement se verra, elle aussi,
accorder une attention prioritaire puisque des invitations à
l’adhésion seront probablement lancées lors du sommet. Ce
domaine d’intérêt montre qu’un nombre croissant de pays
euro-atlantiques considèrent l’alliance comme une
plate-forme essentielle où le consensus politique sur les
questions transatlantiques en matière de politique et de
sécurité peut être traduit en actions concrètes.
Cependant, il existe des différends sur la candidature de la
Géorgie et de l’Ukraine, à laquelle Moscou s’oppose. Ces
deux ex-Républiques soviétiques espèrent au grand dam de
Moscou être invitées à l’occasion du sommet de l’Alliance à
Bucarest à rejoindre le plan d’action en vue de l’adhésion,
dernière étape avant l’adhésion. Cette expansion de l’Otan
dans l’ancienne sphère d’influence de la Russie, associée au
projet de bouclier officiellement orienté contre l’Iran, est
perçue par Moscou comme un encerclement progressif et une
trahison de garanties données par l’Occident après la chute
de l’URSS.
La France, qui comme Berlin n’est pas favorable à un
rapprochement de l’alliance avec Kiev et Tbilissi tant que
la situation politique dans ces deux pays ne sera pas
stabilisée, plaide pour un compromis, afin d’éviter que la
Russie estime avoir gagné un « droit de regard » sur
l’élargissement de l’Otan. L’élargissement à la Croatie et à
l’Albanie est en revanche pratiquement acquis. Ces deux pays
devraient recevoir l’invitation tant attendue, depuis 1999
pour Tirana et 2002 pour Zaghreb. Un troisième pays des
Balkans pourtant jugé apte lui aussi à adhérer, la
Macédoine, paraissait sans grandes chances d’y être invité
en raison d’un veto grec. L’ancienne République yougoslave
n’a toujours pas réglé sa vieille dispute avec Athènes, qui
bloque depuis 1991 la reconnaissance internationale de la
Macédoine sous ce nom.
L’aptitude à faire face aux menaces sécuritaires d’une
manière efficace et uniforme sera également à l’ordre du
jour. Les participants se pencheront ainsi sur les questions
de sécurité énergétique, de cyberdéfense et de défense
antimissile.
L’inconnue demeure donc la position de la Russie. Le
président russe Vladimir Poutine, invité-surprise du sommet
de l’Otan, pourrait jouer le trouble-fête, comme il sait si
bien le faire, mais aussi opter pour une « réconciliation »
avec l’Occident avant son départ du Kremlin. La Roumanie,
hôte de cet important sommet, juge que le partenariat
Otan-Russie demeure un élément stratégique pour le
renforcement de la sécurité euro-atlantique. Vendredi
prochain, c’est-à-dire au dernier jour du sommet, M. Poutine
fera son apparition pour la première fois à l’occasion d’une
réunion spéciale Russie-Otan alors que les différends se
sont accumulés ces dernières années.
L’on s’attend notamment à ce que la Russie permette à l’Otan
d’établir une voie terrestre de transport en direction du
nord de l’Afghanistan, ce qui lancerait une coopération sans
précédent. D’autres avancées sont possibles lors de
discussions avec le président américain George Bush à
Bucarest puis immédiatement après à Sotchi, dans le sud de
la Russie. Le président américain, George W. Bush, soucieux
de redorer son image avant de quitter le pouvoir, s’est même
déclaré « optimiste » quant aux possibilités de venir à bout
des réticences de Moscou face au projet américain
d’installation d’éléments de son bouclier antimissile en
Pologne et en République tchèque.
Autant de sujets qui donnent à ce sommet une dimension
exceptionnelle.
Aïcha
Abdel-Ghaffar