Corée du Nord.
En procédant à de nouveaux tirs de missiles mer-mer,
Pyongyang accentue la pression sur les Etats-Unis ainsi que
sur sa voisine du sud.
Double message
Le
dossier nucléaire nord-coréen revient de nouveau sur le
devant de la scène cette semaine. Vendredi dernier,
Pyongyang a accentué la pression sur la Corée du Sud et les
Etats-Unis en procédant à de nouveaux tirs d’essai de
missiles mer-mer, tout en avertissant qu’elle pourrait
différer sa dénucléarisation si les Etats-Unis tardaient à
résoudre un litige sur le dossier nucléaire qui piétine
depuis plusieurs mois : « Si les Etats-Unis continuent
d’affirmer de façon insistante que ce qui n’existe pas
existe et qu’ils retardent le règlement de la question
nucléaire, cela aura de graves conséquences sur la
désactivation des installations atomiques », indique un
porte-parole du ministère nord-coréen des Affaires
étrangères. Selon les experts, cette démonstration de force
prouve le mécontentement nord-coréen des pressions exercées
par les Américains pour régler le problème nucléaire et des
accusations de liens de la Corée du Nord avec la Syrie.
C’est aussi un moyen sûr de faire pression sur les autres
pour réaliser ses objectifs.
En effet, ces tirs surviennent au moment où les pourparlers
entre négociateurs américains et nord-coréens sur la
dénucléarisation de la Corée du Nord s’enlisent, Washington
estimant que la liste des programmes nucléaires fournie par
Pyongyang est toujours incomplète. La dernière rencontre,
qui a eu lieu le 14 mars à Genève, n’a pas permis de faire
des progrès. La Maison Blanche a fort critiqué les nouveaux
tirs de missiles nord-coréens, les jugeant « non
constructifs ». « Les Etats-Unis pensent que la Corée du
Nord doit s’abstenir de tester des missiles », a déclaré
Gordon Johndroe, porte-parole de la Maison Blanche, ajoutant
que Pyongyang devait se concentrer sur la dénucléarisation
de la péninsule coréenne et achever comme convenu le
démantèlement. « Nous aimerions que les choses avancent le
plus vite possible », a réclamé de sa part la secrétaire d’Etat
américaine, Condoleezza Rice, sans avancer de date précise.
En août 2003, des discussions multilatérales entamées entre
les deux Corées, les Etats-Unis, la Chine, le Japon et la
Russie ont abouti le 13 février 2007 à l’engagement du nord
à renoncer à ses activités nucléaires contre une aide
énergétique à Pyongyang d’un million de tonnes
équivalent-pétrole vitale pour ce pays de 23 millions
d’habitants qui souffrent de graves pénuries. Mais
Pyongyang, déplorant ne pas avoir reçu la totalité de l’aide
énergétique promise, a laissé passer la date butoir sous
prétexte de vouloir fournir une liste complète de ses
programmes avant un démantèlement complet prévu courant
2008. Il est à noter que les derniers tirs nord-coréens
datent de juin 2007, en pleine visite des inspecteurs de
l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) en
Corée du Nord pour discuter des modalités de
dénucléarisation.
Tensions intercoréennes
Message bien clair aux Américains, ces nouveaux tirs
interviennent également dans un contexte de tension avec la
Corée du Sud, dont le président conservateur, Lee Myung-bak,
prône une ligne plus ferme à l’égard du régime communiste.
En effet, les relations entre Pyongyang et Séoul sont
devenues plus tendues depuis l’investiture d’un président
sud-coréen conservateur qui a promis de réexaminer les
projets de rapprochement appliqués par ses deux
prédécesseurs libéraux. M. Lee exige en retour de
l’assistance fournie par le sud des progrès en matière de
dénucléarisation et de respect des droits de l’homme. A la
veille d’élections législatives le 9 avril en Corée du Sud,
M. Lee entend montrer à son électorat de droite qu’il tient
ses engagements. En début de semaine, il avait rappelé que
la poursuite de l’assistance — hormis humanitaire — à la
RPDC (République Populaire De Corée), ainsi que l’expansion
de la zone de Kaesong dépendaient de progrès sur le dossier
nucléaire.
Bien que la signification des tirs d’essai de missiles
effectués vendredi par Pyongyang soit minimisée à Séoul, où
les experts estiment qu’il s’agit d’un « exercice de routine
», cette démonstration de force n’en témoigne pas moins d’un
regain de tension dans la péninsule coréenne.
Autre défi relevé par le régime stalinien cette semaine,
Pyongyang a expulsé onze des treize fonctionnaires
sud-coréens responsables de la zone industrielle de la ville
frontalière de Kaesong, symbole de la réconciliation
Nord-Sud, où sont implantées une quarantaine de sociétés du
Sud, employant 20 000 Nord-coréens. Selon les analystes,
l’expulsion de la RPDC des responsables sud-coréens du
complexe industriel Kaesong, qui est un programme de la
coopération économique intercoréenne, est évidemment une
réaction contre la ligne politique dure de M. Lee vis-à-vis
de Pyongyang. En réaction à cette expulsion, le président
sud-coréen a convoqué une réunion d’urgence pour le cabinet
des ministres dans le but de discuter de la situation. « La
situation est regrettable et cela mettra un obstacle au
développement des relations intercoréennes », a déploré
cette semaine le porte-parole présidentiel sud-coréen.
Analysant ces dernières évolutions, Mohammad Farahat, expert
politique, estime : « En matière nucléaire, le cas de
Pyongyang est complètement différent de celui de Téhéran.
Aux antipodes de Téhéran, le nucléaire n’est pas une fin en
soi pour le régime stalinien, mais surtout un moyen de faire
des chantages afin de collecter le plus de profits
possibles, surtout que c’est un pays pauvre, démuni et rongé
par la pauvreté de 23 millions d’habitants ».
Maha
Al-Cherbini