Expositions.
Six Egyptiens et Syriens exposent sous le titre « Hors
cercle » à Damas, capitale de la culture arabe 2008.
Briser les carcans
Découvrir
l’autre, aller à sa recherche est aussi une manière de se
redécouvrir. Chacun des six plasticiens, prenant part à
cette exposition collective, tente de mettre en lumière ses
particularités, mais aussi ce qu’il a en commun avec
l’autre. L’interaction entre le Même et l’Autre permet aux
deux côtés de s’exprimer et d’exister. Sculptures,
peintures, vidéos, les styles et les disciplines se
confondent dans « Hors cercle », regroupant d’Egypte Asmaa
Al-Nawawy (peinture), Hayssam Nawwar (dessin), Ahmad
Abdel-Fattah (sculpture) et de la Syrie Nesrine Al-Bokhary
(sculpture), Chahine Abdallah (peinture) et Ziyad Halabi
(vidéo).
Ce projet, organisé par trois jeunes animateurs culturels (à
savoir Elham Khattab, Mohamad Abdel-Dayem et Abir Al-Bokhary),
vise à mener un vrai dialogue entre les participants, allant
au-delà de l’événement lui-même. Sur ce, un atelier de dix
jours a précédé l’exposition. « Hors cercle signifie rompre
avec notre entourage. En visitant la Syrie le mois dernier,
j’ai remarqué que dans ce pays, il y a pas mal d’artistes et
de jeunes talents que l’on ignore. Les nouvelles générations
d’artistes égyptiens ne sont pas bien représentées là-bas.
La Syrie, un pays plus proche de la Palestine ou de l’Iraq
en crise, fait que ces artistes ont une approche différente,
une autre manière de voir. Cette initiative aspire en
premier lieu à faire sortir les artistes de leurs cercles
habituels pour découvrir autre chose », explique Elham
Khattab.
Tenue au palais de la culture Bureau Anbar, dans l’ancienne
ville, l’exposition montre 45 œuvres, outre les créations
résultant de l’atelier. Les tableaux d’Asmaa Al-Nawawy se
caractérisent par une touche féminine, celle de la jeune
fille égyptienne moderne : les traits du visage, la forme du
corps, les détails vestimentaires … En gros, elle dégage une
couleur très locale.
Les sculptures abstraites d’Ahmad Abdallah reflètent un
rapport d’équilibre, de communication, de conflit,
d’harmonie. Un rapport de va-et-vient entre soi-même et les
autres.
Quant à Hayssam Nawwar, ils présentent comme d’habitude des
personnes égarées. Lithographies ou dessins à crayon, avec
un homme accroupi, un autre effrayé, etc. C’est la perte et
la dépression des jeunes dans le monde arabe qu’il cherche
sans doute à exprimer. Partant encore de cette idée, mais
sous un angle plus révolutionnaire, les sculptures de la
Syrienne Nesrine Al-Bokhary et les peintures d’Abdallah
Chahine mettent en avant des personnages aux traits mutilés.
Les sculptures en bronze paraissent alors sans détails. Chez
Chahine, l’absence du visage et de quelques parties du corps
accentue cet état d’âme.
Les œuvres de Ziyad Halabi mélangent les médias et les
matériaux, avec des collages, acryliques, photographies,
etc. Il suit la tendance de l’art conceptuel. En septembre
prochain, ce sont les artistes syriens qui viendront en
Egypte, à leur tour, afin de réaliser d’autres œuvres pour
une deuxième exposition prévue au Caire. Une manière
d’élargir le cercle ou de déserrer l’étau.
May Sélim