Expositions.
A travers ses performances et ses peintures,
Racha Ragab
dégage un cachet très féminin, s’inspirant des œuvres
du maître, Mahmoud Saïd (1897-1964).
Alexandrines réincarnées
Un
beau mélange de musiques, tiré du CD Mozart l’Egyptien. Des
compositions de l’Alexandrin Sayed Darwich. Et des
improvisations de Hamza Alaeddine. C’est ce qui attire au
prime abord vers la salle Al-Hussein Fawzi, au centre
Al-Guézira des arts. Dans le couloir permettant d’accéder à
la salle, sont étalées des photos-portraits de la jeune
artiste Racha Ragab, habillée en Alexandrine traditionnelle.
Les postures aussi ne sont pas sans rappeler les toiles de
Mahmoud Saïd (1897-1964) : Les Alexandrines, Les filles aux
boucles de perle, Femme au mouchoir bleu et surtout Nabawiya.
Une performance de 12 minutes, animée par la jeune artiste
d’origine nubienne Racha Ragab, ressuscite l’intérieur d’une
maison alexandrine à Bahari habitée par les trois
modèles-muses de Saïd. On nous fait plonger avec le décor et
les lumières feutrées dans les années 1930. « Il s’agit de
portraits de femmes ayant marqué le monde féminin. Ce sont
leurs accessoires qui sont à la mode de nos jours : turban,
boucles d’oreille ... La seule différence, c’est
qu’autrefois on était plus romantique. Actuellement, les
femmes se ressemblent toutes », explique Racha Ragab,
ajoutant : « C’est mon mentor, le chorégraphe Walid Aouni,
qui m’a conseillé de ralentir le pas, pour refléter une plus
grande douceur et sensualité féminines. Il m’a appris à
prendre mon temps. Pour lui, une performance n’a rien à voir
avec le théâtre, le cinéma ou la danse moderne. Ce n’est pas
une histoire, mais un état, une vision. Elle ne doit pas
dépasser les 12 minutes pour écarter toute monotonie ».
Une musique légère fait place aux mouvements onctueux de
l’artiste. A un moment donné, on n’entend que le déversement
de l’eau dans la cuvette, on respire. La performance
s’achève sur Nabawiya, interprétée par Racha Ragab, qui avec
un geste de la main lâche son mouchoir et
son collier. C’est la fin d’un
monde. Parallèlement aux performances, l’artiste-peintre
convie les visiteurs à découvrir ses toiles assez féminines,
mêlant ancienneté et modernité.
S’inspirant toujours de Mahmoud Saïd, elle agence
spontanément des objets collés sur la large surface des
toiles. Ces objets esthétiques jouent le rôle «
d’accessoires féminins » à l’ancienne : pâtes, papiers dorés
ressemblant à des icônes. Ceux-ci rompent avec la
monochromie paisible des peintures, usant du jaune, rouge,
orange et bleu. L’interaction des couleurs et des
ornementations révèle une certaine audace paisible, propre à
l’artiste.
Névine
Lameï