Expositions.
Farghali Abdel-Hafiz peint
des femmes dont il apprécie la force, la sérénité et la
tolérance. Des mythes vivants ou disparus qui mélangent
passé et présent.
Une féminité aux couleurs du pays
Ce
ne sont guère les formes séduisantes ou la plastique des
femmes qui l’intéressent en premier lieu, mais l’image que
ces Egyptiennes ont reflétée au fil du temps. Sans vouloir
être provocateur ni chercher à déclencher l’ire des
conservateurs en déclarant que le port du voile constitue «
un retour en arrière », comme l’a fait le ministre de la
Culture il y a quelque temps, le peintre trouve quand même
le moyen de le dire. Il est évident que pour Farghali
Abdel-Hafiz, le mythe de l’émancipation des femmes
égyptiennes a été disloqué. Les femmes y sont pour beaucoup.
Toujours avec de l’acrylique et du sable sur canevas,
l’artiste originaire de Daïrout (en Haute-Egypte) exploite
ces trois dimensions picturales pour interroger l’histoire
du pays. Cette fois-ci, il le fait à travers la thématique
des femmes, leur passé et présent.
On est bien loin de l’époque où les premiers Grecs à visiter
l’Egypte furent choqués par l’autonomie accordée aux femmes.
En peignant la ville d’Alexandrie, dans une exposition d’il
y a quelques années, l’artiste l’avait exprimé en montrant
une dame en noir couverte de la tête au pied tournant le dos
aux baigneurs. On voyait déjà que ce n’était plus son Egypte.
L’image affriolante de la chanteuse Ruby en mini jupe n’est
pas non plus pour Abdel-Hafiz la jolie incarnation de la
descendante des pharaons.
Ses
modèles de femmes, il les puise plutôt dans la vie de tous
les jours comme dans les bouquins d’Histoire. C’est un
hommage à Cléopâtre, à Néfertiti, à Hatchepsout, à Oum
Kolsoum (la diva de l’Orient) qu’il rend avec ses tableaux.
Mais jouxtant ces dernières, il y a aussi cette bonne femme
simple préparant le thé avec un petit sourire tendre sur les
lèvres illuminant son visage. Un peu plus loin, l’on
aperçoit l’épouse du pêcheur ramant à ses côtés au
quotidien. « Ce n’est pas la
femme-objet qui m’inspire. Certains artistes ont peint les
femmes qu’ils ont jugées belles, on dirait du bonbon au
caramel. Mahmoud Saïd et Mahmoud Mokhtar constituent une
exception, car ils étaient très égyptiens dans l’âme. Leurs
femmes portaient l’esprit du pays et allaient au-delà de
l’esthétisme du corps », indique Farghali Abdel-Hafiz lequel
a plongé depuis l’an dernier dans le monde des mythes
féminins pour en savoir plus.
La gloire et la chute de Cléopâtre le fascinent. « Cette
souveraine ptolémée était beaucoup plus qu’une reine
séduisante et avide de pouvoir. Elle était éprise de la
culture égyptienne et voulait la répandre partout », dit-il.
Néfertiti, avec son long visage, dégage une force
spirituelle, elle a instauré avec son époux Akhenaton le
culte du Dieu unique. Néfertari prêtait conseil à Ramsès II
et prenait la gestion des affaires lorsqu’il s’absentait ou
partait en guerre. Hoda Chaarawi est la première à avoir ôté
son voile et revendiqué ses droits au début du siècle passé.
Oum Kolsoum ralliait les Arabes par sa voix beaucoup plus
efficacement que les politiciens. C’est cette force
tranquille des femmes qui l’obsède, des femmes qu’il peint
souvent avec des clés de la vie (Ankh) dans la prunelle des
yeux.
Dalia
Chams