Andalousie.
L’histoire et la culture andalouses étaient à l’honneur dans
le palais Taz dans le cadre d’un cycle de colloques
organisés en marge de l’exposition « Ibn Khaldoun entre
l’Andalousie et l’Egypte ». Apport majeur à la culture de
l’islam médiéval, cette région était aussi une étape
décisive de l’histoire de l’Occident.
Un patrimoine islamique stupéfiant
Al-Andalus
ou l’Andalousie, surnommée « l’Orient de l’Europe », est une
région particulièrement riche au niveau architectural. Dès
l’arrivée des musulmans, elle est très vite devenue un foyer
de rayonnement culturel et spirituel qui a attiré nombre de
savants et d’hommes pieux venus des plus lointaines
contrées. Les lieux de culte y sont par conséquent
multipliés : mosquées, zaouïas, marabouts … Mais la beauté
si singulière de la ville tient à l’évidence à l’art des
bâtisseurs, qui ont su imposer ici un style propre,
largement inspiré de l’architecture d’Al-Andalus — l’Espagne
sous domination musulmane — et qui laisse sa marque aussi
bien sur le plan de la casbah que des maisons particulières,
sur le décor des seuils que sur l’ornementation des
fontaines … Sa tour de garde rappelle les tours couvertes de
Grenade, tandis que dans les ruelles tortueuses, les façades
chaulées aux pieds colorés d’indigo nous transportent dans
les plus typiques villages de l’Andalousie profonde …
Les dix siècles de la présence musulmane en Espagne, de 711
à 1614, ont permis l’éclosion d’une civilisation dont
témoignent les plus belles constructions de l’architecture
andalouse. « Une grande partie de l’histoire de la
Méditerranée et de l’Occident européen est étroitement liée
à la culture artistique andalouse. Creuset de civilisation
où se sont mêlées influences opposées et complémentaires,
l’Andalousie a également su forger et exporter des
caractères qui lui sont propres. Avec l’arrivée de l’islam,
la région connut l’une de ses grandes périodes
d’épanouissement, devenant un lieu d’expérimentation, en
particulier au niveau architectural », explique Rafael Lopez
Guzman, professeur titulaire d’histoire de l’art islamique
et hispano-américain à l’Université de Grenade, il est aussi
l’auteur de nombreux ouvrages sur l’héritage islamique en
Espagne.
Le colloque tenu dans le charmant maqaad du palais du prince
Taz dans la rue Al-Soyoufiya au pied de la mosquée Ahmad Ibn
Toulon, qui avait pour titre « l’architecture et les
monuments andalous », a été animé, le 13 mars en cours, par
Dr Mohamad Hamza Ismaïl, professeur à la faculté de
l’archéologie de l’Université du Caire. En effet, ce
colloque a été présenté précédemment à l’Institut Cervantès
(le Centre culturel espagnol), au Caire. Dr Mohamad Hamza y
a présenté une description complète et illustrée des
principaux monuments et œuvres d’art, des pages thématiques
pour en savoir plus sur l’histoire et la culture, des plans
de villes et de monuments, une présentation des formes
typiques de l’architecture andalouse.
« Avec les musulmans, il est arrivé un nouvel âge pour
l’Andalousie. Ils ont amené la science, la littérature, la
philosophie. Ils ont construit des écoles et des
bibliothèques. Le califat de Cordoue était le plus avancé et
sophistiqué territoire de son époque. Ils ont créé en
Andalousie des trésors pour l’humanité où l’œuvre de l’homme
se confond avec la nature. Ils y bâtirent d’impressionnantes
mosquées, palais et forteresses, citons : la mosquée de
Cordoba (IXe - XIIe siècles) », estime Dr Hamza. Le
patrimoine artistique andalou témoigne d’un riche passé
millénaire. D’ailleurs, les monuments les plus significatifs
de la province sont le grand palais de l’Alhambra de
Grenade, la mosquée de Cordoue, la Giralda et la vieille
ville de Séville. La céramique et la poterie andalouses sont
très réputées, de même que les pièces artistiques en métal
et les bijoux, les chaussures ou les compléments en cuir, la
production textile artisanale, comme la confection de
couvertures, les broderies et les châles. En outre, les
artisans andalous sont passés maîtres dans la fabrication
des meubles, des objets en fibre végétale, des reliures, des
ouvrages en pierre et en marbre et des instruments musicaux,
entre autres.
Un triangle de beauté
Le
« triangle andalou » ou les trois villes fleurons
indissociables pour qui veut connaître la riche histoire de
l’Andalousie sont : Grenade, Cordoue et Séville. Mais il
serait injuste de négliger des villes telles que Cadix,
Ronda ou Huelva. Moins célèbres, elles ont un charme
indéniable et recèlent quelques trésors insoupçonnés.
L’Andalousie est située aujourd’hui à l’extrême sud de la
péninsule ibérique. Elle n’est qu’à une vingtaine de
kilomètres de l’Afrique ! Sa superficie, comparable à celle
du Portugal, en fait la plus grande province d’Espagne.
C’est également la plus peuplée avec environ 7 millions
d’habitants. « L’Andalousie est, sans doute, la région
d’Espagne la plus dépaysante en raison de ses étonnants
paysages et de ses richesses culturelles incroyables. La
région est bordée par la Méditerranée au sud et à l’Est et
par l’Océan atlantique à l’ouest. L’Andalousie est dotée de
paysages variés. Les vegas (plaines fertiles) alternent avec
des collines lunaires. On y trouve également des massifs
montagneux tels que la Sierra Morena et la Sierra Nevada »,
explique Dr Mohamad Hamza qui a aussi raconté le mouvement
incessant d’échanges et d’interpénétrations entre
l’Andalousie et les autres pays du monde islamique. « C’est
l’Andalousie qui s’est influencée au début de son histoire
par l’architecture islamique, surtout de l’Egypte qui était
à l’époque le cœur du monde islamique. L’architecture
andalouse s’est plus tard développée pour donner un
caractère tout particulier à l’art de cette région. Le
mouvement d’échange a d’autre part donné naissance, au
Maghreb extrême, à l’un des foyers les plus brillants de la
civilisation islamique. Cet échange a influencé aussi
l’architecture islamique dans plusieurs pays à l’époque,
citons surtout les pays du Maghreb et l’Egypte »,
ajoute-t-il.
Vers le Maghreb et le Machreq
Cette influence peut être nettement distinguée aujourd’hui
dans plusieurs monuments islamiques : citons la madrassa de
Yusuf à Marrakech, la madrassa Al-Attarine à Fès et le
palais Al-Badia considéré comme le plus beau palais de style
andalou construit hors de l’Andalousie. Ce dernier a été
transformé aujourd’hui en une prison. En Egypte, cette
influence paraît clairement dans la façade de la coupole de
l’imam Al-Chaféi, les fenêtres de la madrassa Al-Kaméliya,
le minaret d’Al-Hussein, quelques détails de la mosquée
d’Ahmad Ibn Toulon, le mihrab et le minaret de la madrassa
du sultan Qalaoun, la coupole de Sonqor Al-Saadi, et la
fenêtre de la mosquée Al-Moayyed Cheikh. Des pièces de
céramiques andalouses ainsi que les vestiges des fours où
elles étaient fabriquées, ont été aussi découvertes à
Foustat. Ces céramiques se trouvent maintenant dans les
dépôts du musée de l’art islamique (qui est en cours de
développement).
Ainsi, malgré les vicissitudes de l’histoire, la culture
andalouse est-elle parvenue à conserver un patrimoine
incroyablement riche et varié. Ce remarquable colloque nous
a révélé cet héritage exceptionnel, absolument unique dans
l’Occident européen.
Amira
Samir